“J’avais un maître, les ombres l’ont emporté” (Etienne Richard, Professeur du Roy Soleil, Armangaud – L’Encelade)
Le pari de Fabien Armangaud a été de rassembler un ensemble de pièces de cet entre-deux du clavecin Grand Siècle, entre l’écrasante présence de Louis Couperin, et les effusions de son neveu François Couperin le Grand qu’une pièce tendre et affectueuse de Chabanceau de la Barre évoque irrésistiblement. Pléthore d’inconnus, et plaisir de la découverte, regroupée en suites en fonction des tonalités.
Rameau courtise et Dardanus iphise (Ensemble Pygmalion, Pichon – Phi)
A 56 ans, après avoir mûri longuement son versant de compositeur de tragédie lyrique (il a attendu ses cinquante ans pour composer Hyppolyte et Aricie en 1733), sait mettre en œuvre ses préceptes sur l’harmonie, mettant en valeur ses solistes dans des dialogues emprunts de tensions dramatiques auxquels viennent faire écho des chœurs puissants et quelques emballements orchestraux trop brefs, encore rehaussés de roulements de tambours promptes à faire vaciller les cœurs les plus accrochés.
A Madame… (Divertissement pour Adélaïde, Baumont, Chauvin – Aparté)
« Adélaïde vous êtes belle, mes yeux sont fixés sur la mouche, Adélaïde qui m’ensorcelle, mouche si près de la bouche ». Mélomane lecteur, ôtez-vous l’herculéenne mission de retrouver cette citation dans l’intégrale des œuvres de Saint-Simon, elle n’y figure pas ! J’entends d’ici les déçus trouvant qu’une telle abstraction poétique et une si riche versification auraient encore rehaussées la gloire des écrits du Duc et Pair de France.
Stradella, Il Trespolo tutore, Mare Nostrum, De Carlo – Arcana)
Antonio Alessandro Boncompagno Stradella (dit Alessandro Stradella)Il trespolo Tutorecomédie en 3 actes sur un livret de Giovanni...
Pénombres (Apoteosis, viola bastarda, Divina Mysteria, Jorgen – Vanitas)
“Bâtard est souvent meilleur fils que l’enfant légitime.” (Euripide) Apoteosis – viola bastarda Girolamo Diruta :...
L’appel de la forêt (Il Transilvano, Codex Caioni, Prisma – Ambronay)
Le jeune Ensemble Prisma, constitué d’un quatuor de musiciens des conservatoires de Brême et Hanovre, a conçu son second voyage comme un regard en miroir : puisant parmi les pièces compilées dans le Codex Caioni rassemblé par le moine humaniste Johannes Caioni (connu également sous son nom roumain, Ioan Caianu ou János Kájoni) où l’on trouve un assortiment de pièces instrumentales italiennes et allemandes (du Monteverdi, Marini, Schütz), mais aussi des danses et chants populaires.
Ecoutez donc, ô peuples (Bach, Soli Deo Gloria, Collegium Vocale Gent, Pierlot – Mirare)
Dieu seul la Gloire, à la gloire de Dieu, pour la seule gloire de Dieu… Soli Deo Gloria est une expression tirée de la Vulgate (1 Tim. 1, 17 et Jude 1, 25) et qui servit de signature ou d’apostille à Bach ou encore Haendel en fin de leurs partitions. On trouve ainsi des “SDG” sur de multiples partitions autographes de cantates de Bach, si bien que John Eliot Gardiner baptisa ainsi son label. Sous ce beau titre, Philippe Pierlot nous offre sa lecture de 2 cantates de Bach : la fameuse BWV21 “Ich hatte viel Bekümmernis”, et la BWV76 “Die Himmel erzählen die Ehre Gottes”.
AirB&B (“Fürchtet euch nicht”, Bassons & Bombardes, Syntagma Amici, Vox Luminis – Ricercar)
Musicalement, le voyage est enchanteur : fluidité de la ligne, couleurs chatoyantes, explosion de timbres entre grain boisé, cancanages, rusticité spontanée, éloquence chaleureuse, les bassons et bombardes justifient leur aura. Ampleur du son, générosité du propos : le geste est affirmé mais souple, la rondeur permanente avec un son en cloche très texturé. L’équipe complice de Syntagma Amici, à la cohésion familiale au sens propre comme figuré, déroule son discours avec naturel, et se joue gracieusement des ornements et diminutions.
Le pari d’Hidalgo ! (Música para el Rey Planeta, Recasens, La Grande Chapelle – Lauda)
Le présent disque rend donc un hommage aussi salvateur que mérité non seulement à Juan Hidalgo, mais à tout un pan de la musique espagnole, qui, sans doute du fait d’un centralisme assez exacerbé de la cour madrilène sera moins poreux aux influences extérieures, mais se diffusera également moins à travers l’Europe, bien moins que les musiques italiennes et allemandes où la petitesse des cours et les rivalités de leurs évergètes favorisent la circulations des compositeurs et des formes musicales.
La trilogie berlinoise (The Berlin Album, Pramsohler, Ensemble Diderot – Audax)
Johannes Pramsohler et ses fidèles, à qui l’on doit l’exhumation méthodique de répertoires rares, ont décidé de s’aventurer sur des terres encore plus inconnues, vers l’Est et la lointaine Germanie, au royaume de Prusse. Poursuivant leur tour d’Europe de la sonate en trio après Dresde, Paris puis Londres, l’ensemble Diderot aborde Berlin ou plutôt Potsdam, et avance dans le siècle des Lumières par rapport à ses opus précédents.
Compositeur oublié ! (Morel, Fuoco e cenere – Paraty)
Jacques MOREL (vers 1680 – vers 1740)1er livre de pièces de Violle avec une chaconne en trio (1709) Ensemble Fuoco E Cenere : André...
Le Sapin de la Muse : notre sélection de disques pour Noël
Nous renouons avec nos anciennes traditions, avec ce rendez-vous annuel, notre sélection discographique des CDs et DVDs baroques à emballer sous le sapin. Pour effectuer un tel choix drastique, soyons transparents sur nos critères et contraintes avant de laisser libre court à nos envies.
Venez, venez, Haine implacable (Lully/Francoeur, Armide 1778, Le Concert Spirituel, Hervé Niquet – Alpha)
Il faut savoir être fidèle à soi-même. En dépit du livre-disque soigné et des excellents textes de présentation, cette version reliftée 1778 de Louis-Joseph Francœur, qui ne nous avait guère convaincu en concert au TCE ne nous a pas davantage touché au disque.
Ventre affamé n’a point d’oreilles (Les amours d’un rossignol, La Simphonie du Marais, Hugo Reyne)
En deux volumes et un DVD – dont nous nous consacrerons au seul premier qui retrace l’histoire du flageolet aux XVIIème et XVIIIe siècles, Hugo Reyne survole la destinée de cet instrument qui perdura jusqu’à la fin du XIXe siècle. L’on découvre ainsi les subtilités entre le flageolets français et son homologue anglais bien différent et qui survit jusqu’aujourd’hui sous la forme de la tin whistle irlandaise en métal.
Combiner les plaisirs (Bach, Telemann, Amarillis, Héloïse Gaillard et Violaine Cochard – Evidence)
Doit-on réviser ses classiques ou forcement succomber aux charmes souvent faussement enivrants de la nouveauté ? Faut-il revenir une fois encore à la subtile Barbara ou découvrir Aya Nakamura ? Laissons quelques parlementaires trancher cette dernière et épineuse question et rejoignons l’Ensemble Amarillis qui semble avoir tranché le nœud gordien.
Le duel des versions : Les Nations de François Couperin (Leonhardt, Savall, les Ombres, Reyne, Rousset)
Nous continuons avec nos tournois discographiques, cette fois-ci avec Les Nations de François Couperin. Le recueil en fut publié en 1726, mais les Sonades introductives autonomes étaient plus anciennes et sa Françoise n’est autre que La Pucelle de jeunesse composée trente ans plus tôt soi-disant dans un style corellien et alors présentée sous un nom d’emprunt !
Pétulances obsolètes (Polyphonies chorales à Venise, Tölzer Knabenchor, H-M. Linde – EMI)
On goûte l’incroyable kaléidoscope de couleurs, de textures, l’exotisme général des atmosphères : le cornet à bouquin pincé et acide d’Edward H. Tarr himself (le fondateur du rutilant Edward Tarr Brass Ensemble) s’essoufflent avec panache, les flûtes à bec médiévalisent à qui mieux mieux, de la bombarde, du trombone bedonnant, du dulcian rigolo, la battue, saccadée et peu subtile, ultra convaincue et jouissive, et les chœurs spatialisés du Tolzer qui s’époumonent parfois à la limite du cri.
Douceurs (Charpentier, Messe de Mr Mauroy, Le Concert Spirituel, Niquet – Glossa)
La réalisation est absolument splendide, et l’on y retrouve le Concert Spirituel et Hervé Niquet des grands jours. Inspiré, souple, intense et fluide, le chef sait imprimer grandeur et naturel aux masses chorales, sculpte les textures, joue sur les couleurs des timbres instrumentaux, fait jaillir les échappées solistes ça et là.
Vénitiennes variations (Echoes of the Grand Canal, Enemble Diderot, Pramsohler, Haller, Grisvard – Audax)
Il y a beaucoup de bien à dire de cet enregistrement et en premier lieu de la qualité de ses interprètes, d’un ensemble Diderot qui ne cesse disque après disque de nous ravir par la pertinence de ses choix interprétatifs et d’une Diana Haller qui confirme un peu plus avec ce disque qu’elle est l’une des plus elles voix contemporaines.
