"The pow’r of harmony too well they know" (John Dryden, An Ode on the Death of Mr. Purcell)
Il y a de la joie et de la frustration dans le métier de critique. De la joie, quand on a le privilège de faire partager ses découvertes, de transcrire les émotions par des mots, de puiser dans ses connaissances pour justifier et défendre ses choix, à la manière d’un avocat.
Puisque le ciel le veut ainsi
Après s’être penché sur la musique d’inspiration pastorale du XVIIIe siècle dans À l’ombre d’un ormeau (Alpha 115) et Le Berger poète (Alpha 148), Les Musiciens de Saint-Julien remontent encore le temps et nous plongent cette fois dans l’ambiance du début du baroque français, au tournant du XVIIe siècle.
“Allons, allons, accourez tous !” (Lully, Atys, La Simphonie du Marais, Hugo Reyne)
Atys. La tragédie en musique que, sans doute, les mélomanes connaissent le mieux. Peut-être la première qu’ils ont vraiment connue et appris à connaître, malgré le premier Alceste de Malgoire (1975), malgré Les Boréades de Gardiner (1983), deux productions qui ont contribué à faire connaître la première mouture de l’opéra français…
"Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé." (Blaise Pascal, Pensées)
Disons d’emblée que l’exercice auquel se livrent Natalie Dessay et Emmanuelle Haïm en nous proposant ce récital des airs de Cléopâtre s’avérait périlleux. En effet le flamboyant chef d’œuvre du Caro Sassone a déjà fait l’objet de plusieurs intégrales de grande qualité, et il comporte des airs redoutables même pour une soprano aguerrie.
“Que me dit ton silence après cette prière ? / Ta vertu tremble t-elle à se montrer entière” (T. Corneille, Darius, IV,1)
Abbado ne quitte plus le destin tragique de Pergolèse, et ce troisième opus s’avère sans nul doute le plus énergique et le plus convaincant d’une quête commencée avec le fameux Stabat Mater et poursuivie par l’intéressante Missa S. Emidio que nous avons eu le loisir de chroniquer précédemment. Et pourtant, cet opus n’a pas le bénéfice des feux d’un Giuliano Carmignola, d’une Sara Mingardo ou d’une Veronica Cangemi, ni le prestige que confère une œuvre de référence que chacun se doit de connaître et d’apprécier pour briller lors d’un dîner en ville. Alors, pourquoi la Muse étreint-elle tant cet enregistrement ?
Pergolèse entre seria et bouffe
Fauché à la fleur de l’âge par la maladie (probablement la tuberculose), Giovanni Battista Pergolesi n’eut guère de temps pour contribuer au répertoire lyrique baroque. Ses rares productions se distinguent toutefois par leur raffinement musical. Cette grande qualité intrinsèque est probablement à l’origine de la notoriété du compositeur, qui a résisté à l’oubli où étaient tombés les compositeurs baroques au XIXème siècle et au début du XXème. En 2010, la Fondation Pergolesi Spontini entreprit d’enregistrer l’ensemble des oeuvres parvenues jusqu’à nous du compositeur (soit quatre opere serie, deux intermezzi, et deux comédies)…
“Montre-toi plus humain que critique ; et ainsi tes plaisirs en seront plus grands” (D. Scarlatti, Préface des Essercizi per gravicembalo)
K119. Ce n’est pas encore le matricule de l’épopée dangereuse d’un sous-marin soviétique en perdition sous les pôles, mais une aventure tout aussi périlleuse dans les méandres scarlattiens. C’est sans compter l’énergie et la fantaisie de Bertrand Cuiller, qui se lance avec délectation dans l’écriture variée et imprévisible du compositeur, aidé en cela par le Bel Italien de Philippe Humeau, un clavecin coloré, résonnant, aux graves ventrus.
Une musique à se damner
Les motets de Giovanni Felice Sances, ressemblent à tout sauf à l’idée qu’un esprit contemporain pourrait se faire de la musique d’église. L’austérité, la gravité, ne sont pas de mise dans ses compositions. Car il y met en œuvre le principe essentiel de la Contre – Réforme : séduire le pêcheur corrompu en lui faisant entendre une musique céleste voluptueuse, lui apportant la félicité éternelle.
Une folle envie de découvrir
A la fin du XVIIe siècle, un orphelin d’une dizaine d’années chaparde des partitions…, non ce début n’est pas celui d’un roman de Dickens, mais une histoire véridique qui en dit long sur le tout jeune Jean-Sébastien Bach. Confié à son frère ainé à la mort de ses parents, le tout jeune garçon remarque un livre dans la bibliothèque de son frère contenant des œuvres de Froberger, Kerll ou Pachelbel.
10 voix
Nous avions chroniqué il y a quelques temps l’excellent enregistrement de ce Stabat Mater de Scarlatti à 10 voix par Vox Luminis (Ricercar) dont nous avions loué la clarté des lignes et le dolorisme inspiré. L’Ensemble Jacques Moderne nous offre de cette même œuvre une lecture un peu moins recueillie et avec des tempi légèrement plus vifs, où l’extrême transparence des pupitres irradie l’espace avec force et relief…
Ay, ay !
Derrière les sonorités du Sud de Matheo Romero se cache en réalité le Liégeois de naissance Matthieu Rosmarin, dont le nom fut ibérisé vers 1594 lors de sa promotion comme chantre adulte à la Capilla flamenca de Madrid créée dès 1516. Bien en cour et musicien de talent, Romero fur nommé directeur de la Chapelle par Philippe III.
“Das Leben ist ein Traum”
Haydn fut sans doute un grand passionné de théâtre. Outre ses opéras, quelque peu oubliés aujourd’hui, on ne peu manquer d’observer son sens de la dramaturgie dans Die Jahreszeiten et Die Schöpfung, et même dans les symphonies.
Enfin de retour !
Lorsque Joseph Haydn (1732-1809) reçoit, sans doute dans le second semestre de 1774, la commande d’un oratorio destiné à la Tonkünstler Societät (Société des musiciens), fondée en 1771 à Vienne par le très italianisé Florian Gassmann (1729-1774) afin de venir en aide aux veuves et aux orphelins des musiciens, il est au service de la famille Esterhazy depuis 13 ans…
Per l’Aquila, e per Mozart
C’est d’abord une aventure humaine (comme le dirait certaine chaîne culturelle) que conte Michel Stockhem dans les notes de programme, qui – avant les doctes considérations musicologiques – s’abandonne à l’anecdote d’un dîner de juillet 2009, quelques jours après que la terre eut engloutie une partie de l’Aquila…
Desprez où coule une rivière
Il était une fois… le timbre de L’Homme armé. Pour ceux qui ne craignent point son regard masqué par le mézail du bassinet, et la rutilance de l’acier, le combattant provient d’une chanson profane à la mélodie aussi entraînante que simple…
“El Españolito se lo pasaba divinamente con todo esto y bien que se aprovechó de la situación.”
Le petit Espagnol s’amusait divinement de tout cela et il profita bien de la situation. C’est dans des termes quelque peu cavaliers que le spirituel Lorenzo Da Ponte s’exprime des premières rencontres artistiques qu’il a eu avec Vicente Martín i Soler.
Ecrin de virtuosité pour Bach
Composées aux alentours de 1720, les sonates et partitas pour violon seul de Johann Sebastian Bach requièrent, comme la plupart des œuvres pour instrument solo, une grande virtuosité, poussant l’interprète à explorer et exploiter les moindres possibilités techniques que lui offre son instrument.
La Folle Journée revisitée
On ne présente plus Les Noces de Figaro du divin Mozart, chef d’œuvre musical transcrit de la pièce à succès de Beaumarchais par Lorenzo da Ponte. René Jacobs, à la tête du Concerto Köln, en a dirigé un excellente version il y a quelques années au Théâtre des Champs-Elysées, que BelAir nous propose maintenant en DVD.
Il n’en fait qu’au quintette (2)
L’on connait déjà l’habile savoir faire de l’Europa Galante (qui fêtera ses vingt ans l’an prochain) grâce notamment à ses interprétations sulfureuses mais terriblement sensuelles des Concerti de Vivaldi. L’orchestre de Fabio Biondi nous offre ici de découvrir les Quintettes à cordes d’un compositeur dont l’on ne rattache trop souvent le nom qu’à son seul Menuet du quintette à deux violoncelles en mi Majeur
Et flûte ! (CPE Bach, Concerti – Kossenko, Arte dei Suonatori – Alpha)
Ce deuxième et dernier volume des concertos pour flûte de C. P. E. Bach, attendu après un brillant premier, ne déçoit pas. Dès les premières mesures, le caractère enflammé, Strum und Drang, transparaît ; mais dès l’entrée du soliste on entend que le disque ne sera pas non plus uniforme.
