Monteverdi aux anges ! (Monteverdi, Vespro della Beata Vergine, Cappella Mediterranea, Ambronay ed.)
Il est des œuvres qui demeurent des monuments, hiératiques, sublimes et dont le mystère ne se transperce qu’à travers le génie ou la ruse. Mais il est aussi des interprètes, des équipes d’exception qui peuvent aborder ces monuments par la délicatesse et l’humilité.
Les Preuses (Judith & Esther – Fioretti, Fuoco E Cenere, Bernfeld – Cordes & Ames)
Qui de mieux que l’insigne Christine de Pisan pour introduire ce récital. Cet extrait du « Ditié de Jehanne d’Arc » (1429) est le dernier opus de la femme de lettres, puisqu’elle mourut en 1430. Christine de Pisan fut une femme d’exception dans un temps de troubles et de peurs.
Keep calm (A Purcell Collection – Voces 8, Les Inventions – Signum)
Votre appréciation de cet enregistrement dépendra fortement de votre penchant pour les capes des Horse Guards et le thé Earl Grey. Car disons-le tout net, l’esthétique musicale du projet est discutable et ne nous a guère convaincus. Pourtant, l’intention était louable quoique brouillonne
Effluves (Leclair – Sonates en trio, Rosasolis – Musica Ficta)
L’on sait les affinités de RosaSolis avec les sonates de type corellien puisque leurs deux opus discographiques précédents étaient respectivement dédiés aux trop peu jouées sonates d’église du jeune Haendel (Musica Ficta) ou à celles de Corelli, Leclair (déjà) et Haendel (toujours). C’est donc au sein de leur terre de prédilection que les quatre brillants instrumentistes s’attardent pour l’Oeuvre IV des Sonates en trio de Leclair
Vous en avez Pamart ? (Te Deum et motets, Harmonia Sacra – Muse du Mois)
Muse du Mois (Juillet 2014). Les mélomanes connaissent surtout Yannick Lemaire en tant que fondateur du Festival Emba(o)quement immédiat, qui depuis 2007 fait connaître la riche vie musicale du Hainaut de la Renaissance au Baroque.
La belle folie (Haendel, Orlando – Mehta, B’Rock, Jacobs – Archiv)
Orlando constitue le dernier opéra de Haendel destiné au castrat Senesino, qui devait quitter la troupe dès juin 1733 suite à une dispute avec le compositeur, puis rejoindre la troupe de l’Opera of the Nobility créé l’année précédente. Le compositeur y renoue avec la tradition magique des débuts londoniens, qui anime notamment le Rinaldo.
« De la Mécanique des Doigts » (Intégrale Rameau – Baumont – Loreley)
Un certain vertige. Les Lumières semblent prises du vertige de l’esprit et du savoir mêlé à celui du plaisir des sens. Ainsi débute l’avant-propos du livret de cette intégrale, de la main même d’Olivier Baumont. On attendait dès lors l’artiste au tournant de cet abandon vertigineux. On s’apprêtait avec envie à une divine ivresse… la déconvenue n’en est que plus brutale.
Flamboyant (Vivaldi – Opera arias – Hammarström, Concerto de’ Cavalieri, Di Lisa – DHM)
C’est un enregistrement en forme de concert que nous propose le Concerto de’ Cavalieri dans son dernier enregistrement, dans lequel des pièces orchestrales encadrent des airs regroupés en deux parties. Ces derniers puisent à la fois dans de grands classiques du Prêtre Roux (les deux airs d’Orlando Furioso), d’autres moins connus (en particulier ceux du rare Teuzzone)…
Oiseau en plein vol (Sonate Concertate – Affetti Cantabili – Perc.pro)
Le Seicento voit fleurir dans les grandes cités du nord de la Péninsule de nombreux recueils de sonates à un, deux ou trois instruments concertants et basse, modèle bien vite repris par les auteurs de l’Empire germanique. Si le violon commence à assoir son hégémonie de virtuose, d’autres instruments, notamment à vent, peuvent prétendre au même répertoire, que leurs noms soient explicitement mentionnés ou non.
Padre del ciel (L’Aura mia sacra – La Main Harmonique, Bétous – Ligia)
La Main Harmonique est un ensemble vocal créé en 2008 sous l’égide du contre-ténor Frédéric Bétous. L’expression renvoie à une forme de notation vocale en usage à partir de la fin du Moyen Age, la main guidonienne. Guido d’Arezzo (moine bénédictin italien) propose de reporter les combinaisons sonores les plus courantes de son temps sur plusieurs points saillants de la main humaine.
Tamerlan à la cour du roi Guillaume (Haendel, Tamerlano – Cencic, Xabata, Pomo d’Oro – Naïve)
La rivalité des deux conquérants Tamerlan et Bajazet avait inspiré les auteurs de théâtre européens dès le XVIIème siècle. Après le Bajazet de Racine (1672, centré sur un personnage portant ce nom, mais dans une aventure contemporaine sans Tamerlan), l’auteur dramatique français Jacques Pradon écrivit en 1675 un Tamerlan ou la Mort de Bajazet.
Plaisir à l’état pur ! (Fontana, Sonates – Daniel Cuiller – Mirare)
Récréer en interprétant, montrer plus que démontrer, laisser parler la musique, le sujet de cet enregistrement est bien là. Daniel Cuiller à la tête de son ensemble Stradivaria, conduit avec maestria les Sonates a violino ed altri strumenti… de Giovanni Battista Fontana.
The musical Priest (Feileacan, Toss the Feathers)
Toss the feathers, c’est avant tout le nom d’un vieil air de cette verte Erin, de celle immortelle ou recréée, rêvée et fantasmée dans sa difficile lutte contre la domination anglaise qui débuta un beau jour de 1066 lorsqu’un certain Strongbow mit le pied sur l’île.
Cougar land (CPE Bach -Sonates – E. Guigues, A. Isoir – AgOgique)
Emmanuelle Guigues nous avait surpris dans un beau Portrait d’Iris couperinien (Paraty) et c’est avec plaisir que nous la retrouvons pour ces trois sonates très tardives pour viole de gambe composées par CPE Bach entre 1745 et 1759 à une époque où l’instrument était désormais bien archaïque.
Attaingnant – Tant que je vivray – Dunford, Eichelberger, Gallon – L’Encelade
Pierre ATTAINGNANT (ca. 1494 – ca. 1552) “Auprès de vous” Musique pour clavier sous le règne de François Ier Pierre...
Aux sources (Monteverdi, L’Orfeo, Taverner Consort, Parrott – Avie)
C’est un Orfeo remarquablement subtil, raffiné et érudit qu’Andrew Parrott nous convie. Un Orfeo homogène et doux, pastel et lumineux, nimbé de l’éclat de la Renaissance. Si l’on veut situer cette approche à l’emporte-pièce, on la dira totalement opposée aux visions musclées et opératiques à la Haïm (Virgin), ou à la luxuriance triomphante d’un Harnoncourt ou d’un Jacobs.
Le passé d’une illusion
Dans un renversement des valeurs, on avouera de manière iconoclaste que héros de cet enregistrement n’est pas l’interprète, mais l’instrument. Un instrument hybride et ambigu, hermaphrodite, indéfini. On écoute le Prélude en do mineur, qui tient terriblement du luth ou de la guitare avant que le prélude de la suite en do mineur n’apporte une sorte de théorbe un peu atrophié, aux graves bougons.
Un oratorio politique
Nous l’attendions depuis un moment, ce Carlo, donné en concert en décembre 2009 en Norvège, mais surtout dès 2003 dans le cadre du Festival Scarlatti de Palerme avec Europa Galante cette fois-ci et ce malgré des difficultés financières. Nous l’attendions depuis un moment et encore plus depuis que Fabio Biondi avait mentionné cette parution dans un entretien qu’il nous avait accordé.
Beauté des repons (Gesualdo, Responsoria 1611, Herreweghe – Phi)
Certes la musique de Gesualdo bénéficie de l’admiration singulière de Stravinsky, mais reste assez mal connue et sa discographie n’est pas pléthorique, loin de là. Cet enregistrement est à marquer d’une pierre blanche tant cette intégrale des repons des ténèbres pour la semaine Sainte rend hommage au compositeur.
