“Rien d’impossible à un homme qui veut travailler” (Brossard, Charpentiers – Les Voyageurs, Alexis Knaus)
Revendiquant son extraction normande, l’ensemble Les Voyageurs a voulu honorer sa terre d’attache en consacrant son premier enregistrement à Sébastien de Brossard, originaire de Dompierre. L’ambition de faire entendre les compositions de cet homme avant tout connu pour son Grand Dictionnaire de Musique est louable, autant que celle de mettre au jour un Miserere peu connu de Marc-Antoine Charpentier.
Wiener Blut ! (Caldara, La Concordia dei’Pianeti, La Cetra, Andrea Marcon – Archiv)
Capté en live à Dortmund, cette Azione Teatrale en un acte de Pietro Pariati, mise en musique par Antonio Caldara, sanctionne l’entrée du grand Vénitien dans l’immortalité. En effet avec cette recréation et première mondiale au disque, Archiv/Deutsche Grammophon prend un risque splendide et fait par la même occasion un joli pied de nez à l’innommable lieu commun de la crise du disque classique.
Flamboyance napolitaine (Franco Fagioli, Alessandro De Marchi, Academia Montis Regalis – Naïve )
Après son inoubliable prestation dans l’Artaserse de Vinci, le contre-ténor Franco Fagioli nous propose une autre incursion dans le répertoire napolitain, à travers des airs de Porpora. A l’exception de la cantate Il ritiro, il s’agit d’extraits d’opéras du compositeur parténopéen, mal connus car rarement enregistrés en intégrale.
Un baroque dépaysant … (Patricia Petibon, “Nouveau Monde” – Deutsche Grammophon)
Après le concert donné en mai dernier à l’Opéra National de Lorraine (NANCY) par l’orchestre baroque de Mexico La Partenope, ce disque se révèle à son écoute tout autant dépaysant, exotique.
Patricia Petibon nous invite à un voyage riche en couleurs mêlant les chants traditionnels aux airs de compositeurs connus tels Rameau, Haendel, Purcell, et de moins connus tels De Nebra ou Le Bailly.
Caprices… de trublions (A due Cembali, Aline Zylberajch & Martin Gester – K617)
Il est de ces artistes qui s’essaient avec complaisance à une originalité exarcerbée dans les projets qu’ils proposent et dans ce domaine, Aline Zylberajch et Martin Gester, clavecinistes et trublions chevronnés de profession n’en sont pas à leur coup d’essai.
Plaisirs enchantés des Gaules (Lully, Amadis, Choeur de Chambre de Namur – Les Talens Lyriques, Aparte)
Après le succès de Phaéton (1683), Amadis marque une nouvelle étape de la fructueuse collaboration entre Lully et Quinault. Mais le contexte politique a fortement évolué en quelques mois, tandis que les deux compères renouvellent le genre de la tragédie lyrique en plusieurs de ses points fondamentaux. En France la Reine est morte en juillet 1683, et si dès octobre le Roi se remarie secrètement avec Madame de Montespan, il est tenu officiellement d’observer une période de deuil…
La magie de la technique …(Cantate Deo, Marco Beasley, Guido Morini, Accordone – Alpha)
Marco Beasley et Guido Morini marquent ici un événement « atypique », particulier sur le plan musical. Grâce à la technique dite du réenregistrement, le ténor Marco Beasley interprète seul les parties vocales, en principe chantées à deux voix distinctes. Cette technique a été notamment utilisée en musique classique par Aldo Ciccolini dans sa première intégrale des œuvres pour piano à 4 mains d’Erik Satie.
Le tunnel du temps (Le service funèbre de Jean-Philippe Rameau – Capriccio Stravagante, Sempé – Paradizo)
La date est inscrite sur la pochette du disque : 27 septembre 1764. Skip Sempé nous transporte littéralement vers ce jour sombre pour rendre hommage à Jean-Philippe Rameau. Quinze jours auparavant, le Dijonnais s’éteignait d’une fièvre putride à Paris.
Sautes d’humeur et originalité sonore (CPE Bach, Zylberajch, Piérot – L’Encelade)
En ce trois-centième anniversaire de la naissance du second fils de Johann Sebastian, la Muse se devait de revenir sur la généreuse parution du label l’Encelade. Plus qu’un aperçu, son riche programme convie le mélomane curieux à se muer en véritable explorateur.
Meslanges pour la Chapelle d’un Prince, Ensemble Correspondances, Daucé – Harmonia Mundi
Concurrent politique de Louis XIII dans son propre royaume, instigateur de nombreux complots, Gaston duc d’Orléans rivalisa également avec son frère dans le domaine des arts. Il sut notamment s’entourer de fameux compositeurs dont Etienne Moulinié, qui durant plus de trente ans le servit en tant que directeur de sa musique…
“On vient, voyez les jeux, augmentez leurs attraits” (Rameau, Les Indes Galantes – La Simphonie du Marais, Hugo Reyne – Musiques à la Chabotterie)
Premier des six opéra-ballets de Rameau, Les Indes galantes se composent d’un prologue et de quatre entrées – et non actes – dont celle « Les Sauvages » fut ajoutée l’année suivant la création. Ce ballet héroïque, sur livret de Louis Fuzelier, s’inscrit dans la veine exotique du XVIIIème siècle…
Phaéton solaire jusqu’à la chute (Lully, Phaéton, Les Talens lyriques, Aparté)
De nos jours, Phaéton, de même que les opéras de Lully, figure hélas trop rarement à l’affiche des scènes lyriques françaises. La version de concert donnée en 2012 salle Pleyel sous la conduite de Christophe Rousset avait suscité forces louanges. Aussi il est heureux que, trente ans après le premier enregistrement intégral réalisé par Marc Minkowski (nous y reviendrons plus loin), la captation de cette soirée permette à tous de juger de ses qualités, et à quelques privilégiées de s’en souvenir.
« Creuser l’ennui, cette friche, pour en faire jaillir cette eau, la rêverie » (Schifanoia)
L’ennui apparaît souvent comme une des pires craintes du musicien, qu’il soit compositeur ou interprète. Schifanoia, c’est littéralement se soustraire à l’ennui ; c’est également le nom donné par Isabel Favilla et Inês d’Avena, diplômées de grands conservatoires européens, à leur duo, choisissant ainsi de défendre la cause « des œuvres baroques écrites destinées aux amateurs de musique pour passer le temps.
« Par Dieu ! Dame ! bien peu nous jouissons d’amour !…» (Trobar et Joglar, Alla Francesca, AgOgique)
Alors que notre société tend à faire que chaque personne soit spécialisée dans un domaine de pointe, celle du Moyen-âge encourageait la polyvalence. Loin de notre système cartésien et normatif, et bien avant l’âge d’or de l’Humanisme, les poètes pouvaient aussi être compositeurs, parfois même chanteurs et instrumentistes ; ils étaient à la fois artistes et artisans.
Viva el Maestro ! (El Maestro Farinelli, Concerto Köln, Archiv)
La surprise a son lot de mystère. Surtout maintenant où on a l’habitude d’entendre pléthore d’enregistrements à l’ère médiatique. Les stars et les novices s’accrochent à l’aura magnifique d’un nom ou d’un concept qui fait rêver. On peut penser que la musique classique est passée, désormais, dans les mains habiles des experts des relations publiques. Un projet est habillé comme un mannequin et exposé comme une voiture de luxe, quand il est soutenu par les bons accessoires et déféré devant les bons agents de diffusion.
Un canevas de drames et de douleurs…(Michi dell’Arpa, E che vuoi più, La Gioannina & Françoise Masset – AgOgique)
Les fils d’amour, de joie, de tristesse, de douleur constituent bien là, la trame du CD. La Gioannina, ensemble fondé en 2012 par Nanja Breedijk (Harpe triple) et Rémi Cassaigne (Luth, Théorbe et Guitare), explore avec brio ce répertoire baroque de «l’amour souffrant » d’un illustre inconnu : Orazio Michi dell’Arpa (v. 1595-1641).
La poésie de la Musique (Bach, Clavier bien tempéré – Weiss – Satirino)
Cette nouvelle édition sous forme de coffret-livret de Das Wohltemperierte Klavier –Le Clavier bien tempéré de Johann Sebastian Bach, interprétée par Kenneth Weiss mérite de loin une écoute attentive. Les deux livres du Clavier bien tempéré, élaborés entre 1722 et 1744, contiennent chacun 24 préludes et fugues écrits dans les 12 demi-tons de la gamme chromatique soit 24 modes majeurs et mineurs.
« O mon âme… » (Certon, Requiem – Vox Cantoris, Candeau – Psalmus)
Pour la seconde fois, les chantres de Jean-Christophe Candeau s’intéressent au compositeur Pierre Certon qui fut maître de chœur puis chapelain perpétuel à la Sainte Chapelle, sous le règne de Louis XII. Probablement élève de Clément Janequin, on lui doit de nombreuses et fameuses chansons polyphoniques, publiées à partir de 1533, ainsi qu’une vaste production d’œuvres sacrées.
15 mois ! (Bach, Intégrale des Cantates sacrées – Holland Boys’ Choir, Leusink – Brilliant Classics)
Muse Baroque, ce ne sont pas seulement que des nouveautés, et nous ne céderons pas au caprice du last newcomer en permanence, tweetant et retweetant en avant-première la critique de l’inédit non encore parvenu chez votre disquaire. Et pour illustrer notre discophilie rampante, quoi de mieux que de chroniquer cet achèvement – car c’en est un – à l’époque copieusement villipendé, d’un Bach de supermarché.
