“Trompettes de la Renommée, vous êtes bien mal embouchées”
Les airs pour soprano et trompette de cette fin de Grand Siècle n’ont guère eu de bonheur au disque. Judith Nelson en avait fait l’amère expérience voici déjà plus d’une dizaine d’années (Harmonia Mundi). D’une écriture légère et virtuose, ces pièces font appel à un effectif réduit, où l’essentiel se ramène à un impressionnant dialogue entre la voix et le martial instrument.
“Autrefois, disoit-il, j’aimais faire du bruit; à présent je tâche de faire de la musique.”
C’est ainsi que Jean-Jacques Rousseau, chroniqueur avisé de son temps, rencontra Domènec Terradellas à son retour de Londres et le fit témoigner sur ses compositions. En effet, le musicien catalan connaissait un succès hors pair sur les scènes les plus prestigieuses d’Europe.
"Seigneur, vous entendez. Gardez de négliger Une amante en fureur qui cherche à se venger." (Racine, Andromaque, acte IV, scène 6)
Joyce DiDonato a l’air plus rêveuse que furieuse sur la jaquette du disque. Un brin pensive, les yeux timidement levés au ciel, la mezzo se prend la tête dans les mains, se demandant peut-être ce qu’elle a fait au cours des 75 minutes de ce premier récital d’airs italiens et anglais bien rempli.
Le miel de l’Abbaye…
Jamais autant une époque n’aura célébré l’art choral avec autant de flamboyance que le XVIIIe siècle. Il devient l’aboutissement ultime, d’un baroque cherchant toujours à s’élever en un mouvement perpétuel, là où la courbe se fait couleurs, nuances, pourpres et or. Les deux œuvres retenues dans cet enregistrement par Arsys Bourgogne en sont la démonstration.
L’épée et la pourpre (Musiques au temps de Richelieu, Simphonie du Marais, Hugo Reyne – Musiques à la Chabotterie)
Voici venir le quatrième volume de la collection Musique à la Chabotterie qui nous a jusqu’ici déjà offert deux premières mondiales (La Naissance d’Osiris de Rameau et le très bel Ulysse de Jean-Féry Rebel) et un touchant retour à la flûte à bec d’Hugo Reyne (Six concertos pour flûte à bec de Händel).
De la vigueur du jaune poussin…
C’est à l’occasion du mariage de Francesco Gonzague avec l’infante Marguerite de Savoie en 1608 que Marco da Gagliano composa une œuvre aujourd’hui emblématique de la réforme mélodramatique qui s’opéra dès 1576 chez les grands esprits italiens.
"L’Art de toucher le clavecin"
Pour son deuxième disque soliste, Violaine Cochard préfère nous toucher que nous surprendre : le premier était consacré à Couperin, le second… aussi ! Et c’est avec grand plaisir qu’on la retrouve dans ce répertoire qui lui convient si bien.
"Une œuvre dont la facilité ou la légèreté apparentes nous peuvent émerveiller comme nous émerveille la grâce" (Frédérick Haas)
Frédérick Haas aime le clavecin, et aime Couperin. Comme Gustav Leonhardt aime Bach. Comme il peut se faire des rencontres miraculeuses entre un instrument, un compositeur et un musicien. Car on peut presque parler de miracle en écoutant sans peine ces plus de deux heures de musique pour clavecin, instrument trop souvent jugé aride, sec, inexpressif et d’écoute douloureuse.
Des messes trop brèves
Le musicologue et grand biographe de Bach Philippe Spita n’avait que dédain pour les Quatre messes luthériennes du Cantor de Leipzig : Des fleurs merveilleusement écloses sont ici privées de leurs tiges et réunies en un bouquet fané a t-il écrit à leur sujet. Albert Schweitzer, quant à lui, les considéraient superficielles et dénuées de sens.
Venise en héritage
Il me faut passionner les gens pour la musique, tel est le credo d’Albrecht Mayer, qui a pris la direction du nouvel l’orchestre baroque New Seasons Ensemble (sur instruments d’époque), afin de livrer un récital de pièces choisies, écrites spécialement pour le hautbois ou le hautbois d’amour.
Le mystère des barricades (Couperin, Blandine Verlet – Aparté)
Voici le grand retour discographique de Blandine Verlet à Couperin après son intégrale controversée parue chez Astrée (1976-1980). Controversée, car à l’époque, le toucher bouillonnant de la claveciniste – qu’il est évidemment réducteur de qualifier de quelques épithètes qui ne sauraient embrasser la variété d’affects de l’intégrale – son recours à une ornementation généreuse, à des tempi souvent plus virtuoses que rêveurs…
“Il y a un temps pour tout, un temps de pleurer, un temps de rire, un temps à se lamenter et un temps de danser.” (L’Ecclesiaste)
“Lamenti” Francesco Cavalli (1602-1676) L’Egisto : “D’Hipparco e di Climene ospiti miei” (8) La Didone...
Un parfum d’épopée et de chevalerie
En 1727, Vivaldi, rentré à Venise un an auparavant, est à la tête du Teatro Sant’Angelo au poste de directeur d’opéra. Galvanisé par plus d’une décennie pendant laquelle le succès ne lui a presque jamais fault, le compositeur se plonge avec frénésie dans le travail, rêvant de conquérir enfin l’admiration, l’estime – et les salons – du cercle très fermé des grandes familles de la Serenissima.
“Entre la partition et les battements du cœur”
La belle préface d’Hélène Grimaud, bercé d’un mysticisme lumineux, éclaire la démarche de la non moins belle pianiste : Bach est ce compositeur qui unit, dans leur vérité, la tendresse plénière de la prière et l’écho solitaire du divin (…) On se tromperait à vouloir faire de Bach qu’un homme de son temps témoignant pour celui-ci – car Bach est toujours à venir.
“Eh bien ! Elle ne sera exécutée pour personne et j’en veux avoir l’étrenne”
Le Requiem de Jean Gilles est une œuvre qui connut un succès constant au cours du XVIIIème siècle, alors même que les styles musicaux évoluaient considérablement. Interprété pour la première fois à Toulouse en 1705 pour les propres funérailles du compositeur …
Tartinons…
Il y a certaines occasions où l’on voudrait se laisser convaincre et céder aux promesses de ce programme assez original que Chiara Banchini nous propose. Confortablement calée dans un fauteuil, l’opulent coffret entre les mains, on se prend à feuilleter les pages de l’épais livret, qui contient les œuvres poétiques desquelles Tartini s’est inspiré, ainsi qu’une belle iconographie picturale.
Toilettage réussi de concertos mille fois interprétés, dévoilement d’œuvres encore méconnues…
Après le décapant Harnoncourt (Teldec), les échevelés Italiens (les deux versions de Biondi ou Il Giardino Armonico), revoici les Quatre Saisons, encooore les Quatre Saisons… ? La violoniste Amandine Beyer, responsable de cette nouvelle relecture, concède elle-même que cette œuvre fut l’une des plus enregistrées de Vivaldi…
Lorsque j’entends ce prélude de Bach…
De cette nouvelle parution de la maison de disques Calliope, d’aucuns penseront qu’il s’agit d’un énième enregistrement des Suites pour luth de Bach. Certes, mais celui-ci mérite qu’on fasse plus que d’y prêter l’oreille, pour en apprécier tous les contours et les raffinements.
Douceur italienne dans les brumes londoniennes
Un choix de six concertos, composés par un Italien installé à Londres dès 1714, interprété par un ensemble britannique, et enregistré… sur des instruments d’époque, voilà qui allume une étincelle gourmande, intéressée et un peu nostalgique dans l’œil du mélomane baroqueux averti !
