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On les compte (Haydn, Les heures du jour, Il Giardino Armonico – Alpha)

Franz Joseph Haydn (1732- 1809)
Symphonie n°6 en ré majeur “Le Matin”
Symphonie n°7 en do majeur “Le Midi”
Symphonie n°8 en sol majeur “Le Soir”

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Sérénade en ré majeur “Serenata notturna”

Il Giardino Armonico,
Direction Giovanni Antonini

1 CD, Alpha, 78’36, 2021

Jérôme Sessini, de l’agence Magnum accompagne le disque de les photos de ce volume, hélas non légendés, peut-être pris au Mexique. Ombres et contrastes, lumière dorée d’une fin d’après-midi urbaine, quotidien touchant d’un étal de primeur, ombres au croisement de rues, près d’un lac, de bord de plage, solitude d’une fenêtre ou d’intérieurs à la Hopper… Le lecteur, perplexe, se demande pourquoi nous digressons. Allons-nous oser tout de go avouer notre gêne à chroniquer la suite des incursions haydniennes d’Il Giardino Armonico chez Alpha, pour la monumentale édition Haydn 2032 (visant à l’intégrale des 107 symphonies pour le tricentenaire de la naissance du compositeur), dont voici le 10ème volume, consacré aux Symphonies N°6, 7 et 8, dites respectivement Le Matin, Le Midi, Le Soir, oeuvres de jeunesse datant de vers 1761. Soyons bref, chirurgical, assassin : ce Haydn-là, relevé de la manière d’Il Giardino, d’une vitalité survitaminée, aux superbes timbres (traverso et bois notamment), est tour bonnement épuisant. Epuisant par l’omniprésence envahissante des cuivres, l’agitation des cordes, la battue hachée et frénétique, la recherche constante d’effets. Certes, ce Haydn juvénile n’est pas le plus profond, et même la quasi intégrale de Christopher Hogwood plus équilibrée (Decca), n’avait su pleinement rendre justice à ce qu’il faut de fraicheur, d’ invention mélodique souriante pour capter l’attention de l’auditeur et le retenir. Nous avons la même réserve avec les symphonies de jeunesse ou certains Divertimenti mozartien, pour être sincères. Mais la vision trépidante, hypercontrastée, très… baroque, d’une italianité virtuose (Adagio du Matin avec une échappée soliste très belle mais hélas rapidement retombant dans le décoratif), curiale et somme toute mignarde des 3 symphonies finit par lasser. Comme un tonic dont on abuserait. Quant à la fameuse Serenata Notturna de Mozart qui conclut le programme, elle enfonce douloureusement le clou avec sa Marche pompière, son Menuet tellement martial et carré qu’il en devient indansable, son Rondeau pressé, pressé, pressé et sans jus. Que retenir de tant de faste, et de ce déploiement pyrotechnique cyclothimique ? On se laissera séduire par la tempête finale de la Symphonie n°8 (Le Soir), très évocatrice, avec ses éclairs zébrant le ciel, son grondement de cordes, ses pépiements effarouchés, théâtrale et visuelle. Mais c’est trop peu pour nous retenir à toute heure du jour.

 

 

Viet-Linh Nguyen 

 

Technique : captation claire et analytique, manquant de chaleur.

Étiquettes : , , , , , Last modified: 27 juillet 2021
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