“Ceux qui croient que l’amitié n’est point une passion ne la connaissent pas.” (Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon, in Mémoire et lettres de Madame de Maintenon (1756))

Jean-Sébastien BACH (1685-1750)
Sonates en Trio BWV 525 à 530 (transcription par Maud Caille)
Maud Caille, flûtes à bec (flûte de voix, flûte alto, flûte ténor)
Fabien Armengaud, clavecin Alain Anselm (1994) d’après les instruments nord-allemands du XVIIIème siècle
1 CD digipack, enr. du 14 au 18 juillet 2025 en l’église Saint Lambert des Bois (Essonne), L’Encelade, 76′.

Voici un disque comme on les aime. Et pourtant les parties qui auraient mériter sans réserve une Muse d’Or, reculent devant la somme de ces 76 minutes parfois un peu trop inégales, ou au contraire trop cohérentes, auxquelles nous regrettons de ne décerner que l’argent. Qui ne démérite pas, loin de là.
Mais revenons au commencement. Et au commencement il y a deux musiciens, amis de trente ans, qui jeunes étudiants, cherchaient à jouer ensemble du Bach. Pour flûte et clavecin. Alors certes l’on peut transcrire les superbes sonates pour violon et clavecin. mais transcrire alors la première sonate en trio pour orgue fut l’une des premières partitions qu’ils jouèrent. Et pour cette Madeleine de Proust, ce trente ans après, nos deux mousquetaires ont décidé de livrer cette lecture ample et nostalgique, très rêveuse, infiniment poétique, du corpus complet des six sonates en trio, habilement transcrites pour flûte à bec et clavecin.
Les organistes ou clavecinistes ont déjà dit tout le bien et la surprise qu’ils ont face à ses œuvres de la maturité, qui dénotent une incroyable fraîcheur, de même qu’un goût quasi galant, la dernière date de Leipzig vers 1727-30, les autres sont plus anciennes mais pas tant. Elles furent destinées à former Wilhelm Friedemann d’où peut-être cette vitalité spontanée débordante. Jeunesse et plénitude disait Marie-Claire Alain. On ne peut qu’y souscrire. Maud Caille et Fabien Armangaud s’y glissent avec une espièglerie tendre et lumineuse, un cantabile souple et complice, un bonheur quotidien. Ecoutez l’Allegro de la Première Sonate, presque joueur, Le Vivace acidulé et franc de la 2nde qui débouche sur un spleen nordique.
Parfois nos comparses sont cependant trop sages, ou complètement perdus dans leurs pensées (Andante de la 3ème sonate fatigué, très articulé, Adagio e dolce moins doux que didactique). La lecture est absolument personnelle, à la fois discrète et tempérée. On aimerait parfois un peu plus de relief, de contrastes, notamment dans les passages vifs, un peu plus de nervosité et de scansion entre les cellules (Vivace de la sonate IV) ; l’on comprend que ce n’est juste pas le tempérament et l’atmosphère de ce dialogue de retrouvailles. L’Andante si célèbre de la Sonate IV, rhétorique, sensuel, caressant, s’avère hypnotique, tout comme le Lente magique de la Sonate VI. A l’inverse le Largo de la Sonate V tombe un peu à plat.
Voilà donc un enregistrement personnel, d’une musicalité douce, plein d’amitié. Les musiciens se retrouvent et retrouvent un Bach familial et intime. Alors, certes, certains mouvements nous ont semblé bien sages et d’un classicisme (trop) apaisé. Et puis il y a les versions originales à l’orgue d’Olivier Vernet ou de Marie-Claire Alain qu’on ne saurait oublier.
Viet-Linh Nguyen
Technique : enregistrement très clair, manquant un peu de proximité et de chaleur.
Étiquettes : Armangaud Fabien, Caille Maud, Jean-Sébastien Bach, L'Encelade, Muse : argent Dernière modification: 22 juillet 2026
