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Déferlement pyrothnique (Fagioli, Arias for Caffarelli, Il Pomo d’Oro – Naïve)

Les onze Arias ici présentés recouvrent des œuvres créées entre 1726 et 1751 sur les principales scènes de la péninsule italienne, dont bien entendu les prestigieux San Bartolomeo et San Carlo de Naples, épicentre de la musique italienne de cette époque. Franco Fagioli a ainsi avec à propos convoqué des compositeurs de premier plan (Porpora, Pergolesi, Léo, Hasse…) et leurs confrères moins connus (Genaro Manna, Pasquale Cafaro…)…

Fagioli Cafferelli

Arias for Caffarelli

Johann Adolf Hasse : « Fra l’orror della tempesta » (Siroe), « Ebbi da te la vita » (Idem)
Leonardo Vinci
« In braccio a mille furie » (Semiramide riconosciuta)
Leonardo Leo
« Misero pargoletto » (Demofoonte)
Nicola Antonio Porpora
« Passagier che sulla sponda » (Semiramide riconosciuta)
Giovanni Battista Pergolesi
« Lieto così talvolta » (Adriano in Siria)
Leonardo Leo
« Sperai vicino il lido » (Demofoonte)
Pasquale Cafaro
« Rendimi più sereno » (L’Ipermestra)
Domenico Sarro
« Un cor che ben ama » (Valdemaro)
Gennaro Manna
« Cara ti lascio, addio » (Lucio Vero ossia il vologeso)
« Odo il suono di tromba guerriera » (Lucio Papiro dittatore)

Franco Fagioli, contre-ténor
Il Pomo d’Oro
Direction musicaleRiccardo Minasi
Enregistré à la Villa San Fermo, convento dei Pavoniani, Lonigo, 25 août – 3 septembre 2012, 1 CD Naïve V 5333 – 78’

Caffarelli (1710-1783) ne bénéficie pas auprès du grand public de l’aura médiatique que le film de Gérard Corbiau donna à Farinelli (1705-1782), l’autre grand castrat du milieu du XVIIIème siècle. Il serait impropre et fort contestable d’établir une hiérarchie entre les deux, de même que de parler de leur prétendue rivalité maladive, les deux maîtres ayant d’ailleurs partagé la même scène lors de plusieurs productions, comme au Teatro San Giovanni Grisostemo, à Venise en 1734. Il convient plutôt de parler de carrières parallèles au sein des scènes européennes, où leurs voix, que les témoignages nous révèlent fort différentes, font l’objet d’autant de commentaires élogieux et aiguisent l’inspiration des plus illustres compositeurs.

Les nombreux airs d’opéras composés spécifiquement pour Caffarelli ne pouvaient donc que susciter l’envie de Franco Fagioli, qu’il n’est plus nécessaire de présenter et dont l’agilité vocale dans le seria haendelien ou italien a souvent été relatée sur ces pages. (Mettre liens).

Les onze Arias ici présentés recouvrent des œuvres créées entre 1726 et 1751 sur les principales scènes de la péninsule italienne, dont bien entendu les prestigieux San Bartolomeo et San Carlo de Naples, épicentre de la musique italienne de cette époque. Franco Fagioli a ainsi avec à propos convoqué des compositeurs de premier plan (Porpora, Pergolesi, Léo, Hasse…) et leurs confrères moins connus (Genaro Manna, Pasquale Cafaro…) mais représentatifs de l’émulation entretenue dans le cercle, principalement napolitain, des compositeurs italiens d’opéras de cette époque.

C’est justement deux airs composés par ce dernier et tirés de son Siroé (crée à Bologne en 1733) qui ouvrent le disque. En sus de Haendel, la courte et intense vie du souverain sassanide, qui avait inspiré Métastase et le librettiste Nicola Francesco Haym (1678-1729), fut l’objet de nombreuses d’adaptations, dont des écoutes comparées seraient intéressantes. Mais tel n’est pas le présent sujet. Soulignons pour cette entrée en matière que la voix de Franco Fagioli explose de virtuosité, claire, cristalline, flirtant parfois avec la rupture dans sa recherche de l’émotion (particulièrement dans le Ebbi da te la vita), parfois un peu sur le fil du rasoir dans les aigus, perçants mais acides.

La vision de Riccardo Minasi, fidèle à sa bouillonnante féconde, est celle d’un déferlement pyrotechnique. Il Pomo d’Oro se révèle ébouriffant, impétueux, tempesta di mare… Cette force brute et jouissive, d’un optimisme remuant, appelle quelques réserves qui sont celles de son excessif enthousiasme : l’accompagnement apparaît souvent trop en verve, prompt à une démonstration de puissance (cuivres en particulier), à des tempi très pressés, dont l’urgence folle se fait au détriment du relief du son et de la fluidité du phrasé. Bien entendu, une telle rutilance, à l’énergie communicative, sied parfaitement au martial Odo il suono di tromba guerriera, tiré de Lucio Papiro dittatore de Gennaro Manna (1748), mais plus de respiration, de générosité dans les affects, aurait été apprécié, comme dans son opus des Arie Napolitane, plus abouti (Decca, 2015)

Mais revenons au programme, d’une variété extravertie, et qui offre quelques raretés : nous ne cacherons pas notre enthousiasme à l’écoute du Misero Pargoletto, issu du Demofoonte de Léo (1741) où Fagioli excelle dans la solennité et l’expression de la gravité des sentiments, liant avec légèreté et émotions les différents registres. Autre moment d’extase avec le lieto cosi talvolta, extrait d Adriano in Siria de Pergolèse (1734), où la voix de dessus implacablement maîtrisée est merveilleusement soutenue par un chaud hautbois obligé, dans un ensemble de la plus belle harmonie constituant peut être le moment le plus fort de cet enregistrement. Mais s’arrêter à cet éloge serait faire une impasse dommageable sur Un cor che ben ama du Valdemaro de Domenico Sarro (1726), dans lequel l’équilibre du dialogue trompette voix et la subtilité d’un clavecin présent mais discret devraient suffire à reconsidérer un compositeur que le grand public peine hélas à citer parmi les grands talents de son temps.

Un récital spectaculaire et théâtral, d’une italianité fière et assumée, auquel il manque un brin de poésie et le mystère de l’ombre.

                                                           Pierre-Damien HOUVILLE

Étiquettes : , , , , , , Last modified: 21 septembre 2020
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