A fancy hattar
Johan Helmich Roman (1694-1758)
Assaggi a violino solo
BeRi 350 Toccata
BeRi 317-1 Luminoso
BeRi 317-2 Allegro assai
BeRi 317-3 Dolce
BeRi 1-34 Vivace
BeRi 313-1 Andante
BeRi 313-2 Allegro
BeRi 313-3 Con tenerezza
BeRi 319 Ondeggiando
BeRi 324-1 Maestoso
BeRi 324-2 Larghetto
BeRi 324-3 Allegro assai
BeRi 320-1 Spirituoso
BeRi 320-2 Cantabile
BeRi 320-3 Presto
BeRi 311-1 Largo
BeRi 311-2 Vivace
BeRi 311-3 Piacevolmente
BeRi 311-4 Allegro
BeRi 312-1 Spirituoso
BeRi 312-2 Adagio
BeRi 312-3 Allegro
BeRi 312-4 Presto
BeRi 312-5 Allegro spirituoso
(en l’absence d’indications de la part de Roman, les intitulés des mouvements sont proposés par l’interprète)
Anaëlle Blanc-Verdin, violon
1 CD digipack, 2025, Seulétoile, 73’
Pour ce premier enregistrement soliste, la violoniste Anaëlle Blanc-Verdin aurait pu choisir des chemins plus balisés, nous gratifier d’une énième version des Partitas de Jean-Sébastien Bach ou de quelques pièces vivaldiennes. Que nenni ! L’expérimentée musicienne, souvent mentionnée au détour de ces pages pour ses collaborations avec des ensembles tels que Les Surprises, les Talens Lyriques, Les Musiciens de Saint-Julien ou encore l’Ensemble Correspondances de Sébastien Daucé, préfère s’aventurer vers les contrées moins fréquentées de ces Assaggi du compositeur Johan Helmich Roman (1694-1758)[1].
Pardon ? Oui, Johan Helmich Roman, compositeur suédois n’ayant que rarement l’honneur de voir ses œuvres mises sur le devant de la scène, malgré un frémissement ces dernières années tendant à le sortir de l’oubli dans lequel il est plongé sous nos latitudes, contrastant avec son statut de père fondateur de la musique classique suédoise. Nous remémorerons ainsi à nos lecteurs un très beau bis de fin de concert de Fabio Biondi constitué par l’un de ces Assaggi lors de son récital des Sonates et Partitas de Bach au Théâtre des Abbesses en janvier 2023. Johan Helmich Roman que Fabio Biondi fut parmi les premiers à remettre dans la lumière, particulièrement pour ses œuvres pour violon, suivi depuis par Sue-Ying Koang (Calliope, 2024) et Alison Luthmers (Rubicon, 2025).
Il ne faut pas longtemps à l’écoute de ce disque pour comprendre tout l’intérêt que peut susciter auprès d’une violoniste aguerrie l’œuvre de Johan Helmich Roman. Contemporain de Jean-Sébastien Bach (1685-1750), Roman emprunte un autre chemin, puise à d’autres inspirations et succombe à des influences nettement plus italiennes pour la composition de ces formellement très libres Assaggi. Souvent ramené à sa proximité musicale avec Haendel (1685-1759) – compositeur qu’il fréquenta lors d’un long séjour londonien dans les années 1715 à 1721 – très influencé par ce dernier pour sa Drottningholmsmusicken composée pour le mariage du Prince Adolphe Frédéric avec Louise-Ulrique de Prusse, Roman fait preuve dans ces pièces pour violon seul d’autant de verve mais de moins de pompe mais de plus de délicatesse. Car si à Londres il connu Haendel, il y fréquenta aussi des italiens exilés en terres anglaises, Francesco Geminiani (1687-1762), le spécialiste du violoncelle Giovanni Battista Bononcini (1670-1747) ou encore Attilio Ariosti (1666-1729). Si ces derniers contribuèrent aux années de formation du jeune Roman, la composition de ces Assaggi, un peu plus de vingt pièces au total, apparaît un peu plus tardive, datant probablement des alentours de 1735-1740, période durant laquelle Johan Helmich Roman a l’occasion de voyager dans plusieurs pays européens, notamment en France et en Italie, fréquentant Girolamo Nicolo Laurenti (1678-1751), virtuose violoniste auteur de Ricercari pour violon seul, ou encore Giuseppe Tartini (1692-1770), autre maître incontestable de l’instrument.
C’est bien au contact de ces maîtres italiens du violon que Johan Helmich Roman acquiert un goût prononcé des compositions pour violon. Pas simplement pour les pièces pour violon seul (nombre de musiciens des régions centrales de l’Europe s’y sont aussi essayés), mais pour cette forme très libre que sont les Assaggi (« essais »), brèves compositions le plus souvent dépourvues d’indications de tempi ou d’affects. Des pages non pas blanches, mais ouvertes à une appropriation personnelle de l’œuvre, comme une toile à garnir de couleurs dont on peut s’étonner qu’elles n’aient attiré pour l’heure plus de musiciens désireux d’y porter la marque de leur personnalité.
© Quentin Blanc/Seuletoile
Anaëlle Blanc-Verdin ne recule pas devant l’obstacle et embrasse cette suite de pièces avec la double volonté de nous les faire découvrir et d’y imprimer sa lecture toute personnelle. Une interprétation à même d’embrasser toutes les subtilités et la variation des nuances proposées par Roman, du très évocateur Largo BeRi 311-1 au beaucoup plus brillant et virtuose Vivace du BeRi 1-34. La violoniste déploie une palette de couleurs à même de mettre en relief toutes les subtilités d’une partition qui en l’absence d’indications autorise l’interprète à elle-même orner la ligne musicale dans un beau dialogue entre la composition du musicien et son regard par la violoniste. L’archet est ample, léger, les attaques le plus souvent affirmées et tout juste regrettera-t-on à notre goût une certaine tendance à souvent jouer un peu rapidement, à l’exemple de l’allegro du BeRi 311-4 reflétant une belle structure de composition mais qui n’aurait pas été desservi par un rythme plus apaisé, moins tendu. Nonobstant ces réserves d’approche sur certaines pièces, soulignons qu’Anaëlle Blanc-Verdin nous révèle un Johan Helmich Roman véritable virtuose du violon solo. Une initiale Toccata (BeRi 350) à la fois nerveuse, lumineuse et solaire appréhendée avec une belle affirmation mettant aussi bien en valeur les qualités de son violon, un anonyme du XVIIIème au grain un peu acide, quelque peu métallique, sans la profondeur boisée de certains autres instruments de l’époque.
Les compositions de Roman adoptent le plus souvent l’élégance altière, le porté subtilement démonstratif des formes musicales italiennes de la première moitié du dix-huitième siècle. L’Allegro assai du BeRi 317-2 oscillant entre une poésie évocatrice et une franchise conquérante constitue l’une des pièces les plus symptomatiques de la liberté de composition du musicien suédois, qui sait aussi alterner et juxtaposer les sentiments sur le Maestoso du BeRi 324-1, à la fois posé, souverain et fuguant rapidement vers des tonalités plus brillantes et démonstratives avant de s’apaiser en des notes exprimant toute la profondeur dont est capable l’instrument. Par sa liberté formelle, par ses variations subites d’affects, cette musique se montre d’une belle modernité.
Certes, certains de ces essais tombent un peu à plat et quelques pièces s’avèrent oubliables à défaut de décevantes. C’est le cas de l’Allegro du BeRi 313-2 ou dans un autre style de la douceur mélancolique du BeRi 317-3, trop classique pour être vraiment évocatrice. Mais dans cette très large palette de couleurs de l’instrument, nous apprécions au-delà de la facilité, de la noblesse et de l’élégance de jeu et de composition, quand sous l’archet de la violoniste, la musique se fait si enjôleuse et mutine. C’est le cas avec le Luminoso bien nommé du BeRi 317-1, guilleret et mutin. Le Spirituoso du Beri 320-1, vif, altier et pétillant comme un vin de Champagne s’impose par la variété et la complexité des sentiments exprimés, à la fois comme l’une des pièces maîtresses du compositeur et l’une des plus subtiles interprétations d’Anaëlle Blanc-Verdin. C’est aussi le cas, avec moins d’humour dans les intonations mais plus de profondeur dans les intentions sur l’Andante du BeRi 313-1 où l’instrument se pare d’un manteau de brume de Bohême, celui d’une sombre forêt nordique.
Voilà un disque audacieux dans son approche de pages encore trop méconnues et largement ouvertes à une interprétation personnelle. Anaëlle Blanc-Verdin en révéle les reliefs et les aspérités d’un archet vibrant, où la liberté de composition n’a d’égal que la profondeur des sentiments.
Pierre-Damien HOUVILLE
Technique : enregistrement clair, timbre du violon bien rendu.
[1] Soulignons aussi sa participation en qualité de musicienne et cofondatrice de l’ensemble Ozio Regio à un beau disque autour de Marco Uccellini (Seuletoile, 2022).
Étiquettes : Blanc-Verdin Anaëlle, Johan Helmich Roman, Seulétoile, violon Dernière modification: 4 octobre 2026

