“Come Again”
John DOWLAND (1563 – 1626)
« Come again » – extrait du First Book of Songs or Ayres
« Semper Dowland, semper dolens » – extrait des Lachrimæ, or Seven Tears
« Behold a wonder here » – extrait du Third Book of Songs or Ayres
« A dream »
« Go crystal tears » – extrait du First Book of Songs or Ayres
« The Earl of Essex Galliard » – extrait des Lachrimæ, or Seven Tears
« Sorrow stay » – extrait du Second Book of Songs or Ayres
« Melancholy Galliard »
« Come away, come sweet love » – extrait du First Book of Songs or Ayres
« King of Denmark’s Galliard » – extrait des Lachrimæ, or Seven Tears
« Can she excuse my wrongs ? » – extrait du First Book of Songs or Ayres
« Lachrimæ antiquæ » – extrait des Lachrimæ, or Seven Tears
« In darkness let me dwell » – extrait de A Musical Banquet
« Fine knacks for ladies » – extrait du Second Book of Songs or Ayres
« A fancy »
« Come heavy sleep » – extrait du First Book of Songs or Ayres
« Captain Digori Piper Galliard » – extrait des Lachrimæ, or Seven Tears
« I saw my Lady weep » – extrait du Second Book of Songs or Ayres
« Mr John Langton’s Pavan » – extrait des Lachrimæ, or Seven Tears
« Time stands still » – extrait du Third Book of Songs or Ayres
« Mr George Whitehead his Almand » – extrait des Lachrimæ, or Seven Tears
« Shall I strive with words to move » – extrait de A Pilgrim’s Solace
« Flow, my tears » – extrait du Second Book of Songs or Ayres
« Fortune »
« Weep you no more sad fountains » – extrait du Third Book of Songs or Ayres
« Frog Galliard »
« Now, o now, I needs must part » – extrait du First Book of Songs or Ayres
Ensemble Jupiter :
Thomas Dunford, luth et direction
Mélissa Petit, soprano
Hugh Cutting, contre-ténor
Thomas Hobbs, ténor
Florian Störtz, basse
Myriam Rignol, viole de gambe
Clémence Schiltz, viole de gambe
Mathilde Vialle, viole de gambe
Étienne Floutier, viole de gambe
Nicholas Milne, viole de gambe
Salle des Concerts, Cité de la Musique, Paris, 9 octobre 2026
Lors de notre entretien, voici un an, Thomas Dunford nous avait confier mûrir quelque chose pour les 400 ans de la mort de Dowland. Dowland. Un mythe pour tous les luthistes. Plus que Weiss trop joli, le spleen agrémenté aussi d’espièglerie, de pavanes, de fantaisies de Dowland fascine. Ce fut son premier enregistrement solo chez Alpha. On lui doit aussi un très bel opus avec Iestyn Davies (Hyperion). Et puis c’est un compagnon régulier que ce Dowland.
Alors, pour les 400 ans, pour ce “Happy birthday, Mr. Dowland”, Thomas Dunford conçoit un concert un peu fou, un peu à contre-courant. Dowland et sa mélancolie intime, mais dans la vaste Salle des Concerts (et non l’Amphithéâtre des concerts des jours précédents). Dowland mais intégré dans une vaste fresque fluide, avec de subtiles transitions arpégées, avec les airs pour luths joués en ritournelle avant que les voix ou les violes ne s’en mêlent. Les strophes des airs sont souvent confiées à des tessitures différentes pour un effet de variété. Ce Dowland fluide, expressif, s’avère d’une souplesse inouïe. Un Dowland jouant moins sur les mots, la diction épurée, que sur le geste et les affects.
Et il y a le conditionnement. A plusieurs reprises, le chef et luthiste demande à baisser le lumière au minimum. Lui-même joue pratiquement tout par cœur. Et c’est dans une pénombre évocatrice que l’art de la mélancolie éclôt.
Alors, oui, de Dowland là déconcertera les amateurs d’Alfred Deller, Nigel Rogers ou James Bowman. L’équilibre entre luth et voix, avec Thomas Dunford bondissant et vitaminé, quasi égal des chanteurs, bousculera des décennies d’interprétation plus miniaturistes. Sa vitalité constante, son sens de l’improvisation, sa virtuosité jubilatoire sont presque antithétiques à un Dowland souvent trop souvent réduit à un musicien catholique aigri et dépressif. Pourtant, il suffit de re-écouter les intégrales de Paul O’Dette (Harmonia Mundi) ou Nigel North (Naxos) pour s’apercevoir que les sept larmes de Dowland peuvent parfois être des larmes de joie.
Du côté des musiciens (dont on regrettera le placement trop en arrière et souvent masqués par les chanteurs), on saluera en particulier le dessus de viole de Myriam Rignol, et la taille de viole de Mathilde Vialle (“qui fait la taille de mon luth” comme le présente malicieusement Thomas Dunford en début de concert, après avoir comparé John Dowland à… John Lennon). Du côté des voix, mis à part le registre médian incertain et les problèmes de stabilité de Florian Stöltz, le trio constitué par Mélissa Petit, Hugh Cutting et Thomas Hobbs s’avère d’une homogeneité et d’une liberté admirables.
Les lecteurs voudront peut-être que nous citions davantage de pièces. Nos notes gribouillées dans le noir sont quasi-illisibles, mais “A dream” au luth est d’une virtuosité souriante, le “Can she excuse my wrong” théâtral voire outré, “In darkness let me dwell” se finit en murmure. Merveilleux “I saw my lady weep” d’une grande délicatesse. Evidemment le “Flow my tears” arrive enfin, très attendu, mais assez sophistiqué. Enfin, “Now, o now, I need must part” fait la part belle au lyrisme mélodique. Et en guise de bis, la salle se joint aux chanteurs pour interpréter un air moderne à 4 voix, avant qu’à la manière d’un groupe de jazz les musiciens d’improvisent lors de saluts individuels. Une 3ème soirée très spéciale pour les 400 coups des 400 ans de Mr. Dowland.
Happy Birthday !
Viet-Linh Nguyen
Étiquettes : Cité de la musique, Cutting Hugh, Dunford Thomas, Floutier Étienne, Hobbs Thomas, John Dowland, Milne Nicholas, Petit Mélissa, Rignol Myriam, Schiltz Clémence, Störtz Florian, Vialle Mathilde Dernière modification: 12 octobre 2026


