Le mineur lui va si bien…
L’instrument est magnifique, l’interprétation ne l’est pas moins. Nous ne reviendrons pas en détail sur ce superbe Dulcken des années fourties (1740’s) dont l’histoire est contée en détail dans l’entretien que nous a accordé Violaine Cochard. Mais il faut tout de même en dire quelques mots, ne serait-ce parce que cet enregistrement trouve son point de départ dans l’envie de la musicienne d’immortaliser le timbre riche et brillant de l’instrument…
“J’ai pêché chaque jour et je ne me suis pas repenti, maintenant la peur de la mort me tourmente, car dans les enfers on ne peut plus arriver à la rédemption” – Troisième nocturne, septième répons
Comme c’est le cas de la plupart des grandes étapes ponctuant la vie de tous souverains, les obsèques d’un roi recouvraient au XVIIIème siècle une ampleur nationale. Le prince électeur de Saxe et roi de Pologne Auguste II mourut le 1er février 1733 ; Jan Dismas Zelenka était alors en charge du poste de maître de chapelle et de la direction de la musique des messes pour la cour catholique de Dresde.
Domine, quis sustinebit ?
Ce programme, dont nous tairons une jaquette d’un goût pyrotechniquement douteux, s’articule autour des fastes du grand motet versaillais, avec le fameux Te Deum H146 de Charpentier célébrant la Victoire de Steinkerque, et un De profundis de Delalande un brin moins célèbre.
Un enregistrement pour l’Homme et pour toujours
Il est des enregistrements que l’on attend depuis longtemps sans le savoir vraiment. Celui que nous offre, et le mot est exact, Amandine Beyer est bouleversant. Tout baroqueux connaît cette élève brillante de Chiara Bianchini, et tout amoureux de la musique va à présent aimer cette artiste rare.
“Remember me, but don’t remember my fate”
Danielle de Niese, la soprano qui danse, ce fut pour beaucoup la Cléopâtre de Glyndebourne, mélange détonnant de sensualité, d’innocence et de rouerie. Dans la même veine, la femme fatale récidiva dans un Couronnement de Poppée sous la baguette d’Emmanuelle Haïm (Decca).
"Qu’a laissé le savant Charpentier pour assurer sa mémoire ?"
Qu’a laissé le savant Charpentier pour assurer sa mémoire ? Medée, Saul et Jonathas. Il aurait mieux valu qu’il n’eût rien laissé. Le sévère jugement porté par Le Cerf de La Viéville (Comparaison de la musique italienne et de la musique française, 1704, Deuxième partie) sur la production dramatique de Charpentier reste-t-il d’actualité ?
“Romae salvus, patriae salvus, salvus Germanicus est !” Suétone – Vie des Douze Césars
Depuis quasiment un quinquennat le monde musical est sans cesse traversé par des rumeurs de crise. Si dans les salons, salles de concert et autres lieux de diffusion on nous dit, c’est la crise, on ne peut plus monter des raretés, un énième Giulio Cesare de Haendel ou bien les recréations absolues de Tosca ou Carmen trouvent souvent leur place sur les affiches.
“(…) je dirai que nous aimons leur musique à en mourir. Et nous espérons que tu l’aimeras, toi aussi, cher public.” (Manfredo Kremer)
A la manière des narrations chorales qui parsèment les long-métrages d’aujourd’hui, Manfredo Kremer a construit le programme de ce séjour vénitien autour de la figure de 3 protagonistes qui se croisèrent du côté de la Lagune vers 1677, et dont on ne sait s’ils se sont connus.
La surprise et l’amour des violes
Rameau pour deux violes ? L’idée vient d’un Allemand, Ludwig Christian Hesse, dont le père, Ernst Christian (1676–1762) avait étudié avec Marais et Forqueray. Quand les deux gambistes rivaux s’en aperçurent, Hesse père fut renvoyé à Darmstadt. La viole connut une heure de gloire en Prusse dans les années 1760 : le prince Frédéric Guillaume II en jouait, entretint une correspondance avec Forqueray fils, et eut Ludwig Christian Hesse pour professeur.
Rendez-nous les antiennes !
La surprise est de taille : l’intégralité des Vêpres à la Vierge de Monteverdi contenues, contraintes, comprimées, retenues dans un CD simple. On se frotte les yeux en se demandant d’abord si la technologie du CD n’a pas fait un bond pour l’humanité ou si Christina Pluhar ne s’est pas laissé aller à des coupes franches par rapport à l’édition de Venise, dédiée à Paul V en 1610…
Silencieuse, la nuit avait étendu ses ailes ouvertes (Brossard, La Rêveuse – Mirare)
Brossard n’est pas seulement un papi qu’emportent les enfants à l’heure du goûter, ou l’auteur du fameux Dictionnaire de Musique paru en 1701, ce que prouve de manière éclatante cet enregistrement majeur, qui compte parmi les plus réussis de La Rêveuse, et enrichit avec à-propos la discographie somme toute anémiée consacrée à ce grand compositeur.
Intus et in cute (Perse, Satire III, v. 30)
Sous la reproduction d’un petit tableau assez fade de Ludolf de Jongh, et le titre un peu mystérieux de Mr Tomkins his Lessons of Worthe (Leçons de Valeur de monsieur Tomkins), se cache en réalité un petit trésor anthologique du répertoire anglais pour clavecin de la première moitié du XVIIe siècle.
Senimiento Latino
Dans toute culture s’exprime le pathos et l’extase. Les sentiments extrêmes qui inspirent souvent des nuances artistiques n’existent parfois que dans une seule langue, qui lui accorde ses spécificités et son charme. Contrairement à ce qu’il est d’usage de penser, la culture hispanique n’est pas uniquement solaire, fougueuse, et en liesse ; elle comporte aussi beaucoup de mélancolie, de tristesse et de regret.
“Deux oisillons chantaient à l’enfant-soleil…”
L’hagiographie nous apprend que la dépouille de Saint-Jacques – premier apôtre martyr – fut ensevelie dans les terres de Galice, après que ses compagnons fuyant la Palestine avaient été guidés par un ange jusqu’en ce champ de l’étoile (campus stellae).
Des personnages qui devisent avec connivence
Natif de Florence, Brescianello accomplit la majeure partie de sa carrière au sein des états germaniques, de l’électorat de Bavière à la cour des Würtenberg de Stuttgart où il s’éteignit en 1758. Il fut engagé d’abord comme violoniste puis assura les charges de maître des concerts de la chambre ainsi que celle de maître de chapelle, lors de ses déplacements successifs.
De l’opéra au clavecin, étonnantes transpositions baroques
Nous avions eu l’occasion de rendre compte, il y a quelques mois, du jeu virtuose de Catherine Zimmer au sein de l’ensemble Salamandre dans une petite église du sud de la Corse. La plupart des pièces jouées étaient reprises d’un enregistrement récemment paru sous le label Encelade…
“Une chambre à soie”
Malgré l’acharnement d’éminents historiens sur la question, accompagnés dans leur tâche par nos plus grands ingénieurs en génie civil, nous ne sommes toujours pas en mesure de déterminer avec certitude si la chambre musicale d’Albert le Magnifique était bien isolée ou non.
Qu’elle est belle, la ville solitaire ! (Boesset, L’Archange & le Lys – Ensemble Correspondance, Daucé – ZZT)
Sous le règne de Louis XIII, qui plaça le royaume sous la protection mariale, les couvents du Royaume de France connurent des conditions particulièrement favorables au développement de leurs activités musicales. C’est ainsi que l’abbaye royale de Montmartre, fondée au XIIe siècle, vit ses religieuses bénéficier durant une dizaine d’années de l’enseignement d’Antoine Boesset…
De l’intérêt d’un retour aux sources
Instrument aujourd’hui encore confidentiel, le basson baroque, tel qu’on le connait dans sa forme en quatre parties, fut conçu en France au cours de la seconde moitié du XVIIème siècle. Les pays voisins s’en emparèrent bien vite, c’est ainsi que jusqu’à la fin du siècle suivant, le basson français cohabita avec ses prédécesseurs monoblocs issus de la Renaissance, appelés dulzian en Allemagne et fagotto en Italie.
“Shall I weepe or shall I singe?”
Oxford, Christ Church Library, MS. Mus. 87. Derrière cette énigmatique cote se cache le manuscrit de la fille du Maire d’Oxford, compilation de chants tant profanes que sacrés et de pièces pour luth soigneusement notées par une main inconnue n’hésitant pas à préciser les ornementations.
