“Vivre par la musique une heure, en jouant corps et âme, traversées par une rafale, immergées dans l’orchestre en action dont nous sommes des éléments, prises à la fois dans l’exécution et l’écoute de ce déferlement et de ces silences. Vivre en une heure tout ce qui peut arriver à un être humain.”
(Tiziano Scarpa, Stabat Mater, Prix Strega 2009)

Vivaldi et moi – Moana films / Diaphana Distribution, cliché officiel de promotion du film
La filmographie relative aux grands compositeurs baroques est assez consternante. Pour Lully (1632-1687), Le Roi danse est caricatural au possible, avec une battue de Reinhard Goebel absolutiste. De même, Farinelli du même réalisateur Gérard Corbiau, certes mélomane mais peu inspiré, est sauvé par la superbe bande-son de Rousset, doté d’un unique clone numérique fusionnant voix de contre-ténor et de soprano colorature pour recréer le timbre disparu des castrats (avec l’aide de l’IRCAM, un troublant mixage des voix de Derek Lee Ragin et Ewa Malas-Godlewska). Du côté de Johann Sebastian Bach, on sera dans l’expérimental avec la Chronique d’Anna Magdalena Bach de Straub et Huillet, avec notamment Gustav Leonhardt en Bach lui-même ou encore Nikolaus Harnoncourt en Prince d’Anhalt-Köthen. Figure d’exception, Tous les matins du monde d’Alain Corneau : poétique, narratif, littéraire, musical, d’une inégalable puissance et suggestivité, d’une grande économie de moyens également, preuve que ce ne sont pas les budgets, les effectifs et le spectaculaire qui font forcément merveille pour cet hommage à Monsieur de Sainte-Colombe et à l’ombre si chère à Quignard.
Combien de médiocres tentatives du côté d’Antonio Vivaldi (1678-1741) ! Deux navets : celui de Jean-Louis Guillermou, Vivaldi, un prince à Venise, en dépit de Michel Serrault et de Michel Galabru, et un téléfilm italien de 2009, tourné en anglais on ne sait où, car l’on n’y trouve absolument pas le parfum de la Lagune : Vivaldi, the Red Priest.
Alors, lorsque soudain, l’on aperçoit dans les rues les affiches de Vivaldi et moi, bien mauvais titre français pour Primavera, lui-même déjà un ersatz du titre original Stabat Mater, puisqu’il s’agit de l’adaptation du roman de Tiziano Scarpa publié en 2008 et que nous avions relaté sur nos pages. Vivaldi et moi, réalisé par Damiano Michieletto, metteur en scène d’opéra familier de la Fenice ou encore de la Scala, de Salzbourg, du TCE… on en attend beaucoup, d’autant que la bande-annonce laisse entrevoir une mise en scène à la photographie particulièrement soignée.
Évidemment, c’est davantage « moi » que Vivaldi. Si le film est fidèle au roman, l’on y verra avant tout la trajectoire de Cecilia, interprétée par Tecla Insolia : son choc musical avec l’arrivée de Vivaldi qui la choisit comme premier violon, sa terrible destinée d’orpheline, ses désirs refoulés, la contrainte, le combat entre la liberté, la musique, et le monde et ce qu’il a à lui offrir, notamment le mariage.

Vivaldi et moi – Moana films / Diaphana Distribution, cliché officiel de promotion du film
L’on regrettera tout de même, bien que la bande-annonce de qualité ne montre pas d’anachronisme au niveau des instruments (notamment l’absence de mentonnière), que la musique originale soit interprétée par l’Orchestre et le Chœur de la Fenice sous la direction de Carlo Boccadoro, avec comme violon soliste David Romano. Tout cela sans instruments d’époque, alors même que Fabio Biondi et son Europa Galante sont là, que Carmignola, l’Accademia Bizantina, Il Pomo d’Oro et tant d’autres ensembles italiens seraient si parfaitement ravis de se couler dans les notes vivaldiennes ! Sans compter L’Arte dell’Arco à qui l’on doit une inégale mais monumentale intégrale des concerti pour violon de Tartini.
Vivaldi, ce sera Michele Riondino. L’on sent que son portrait sera celui d’un homme souffreteux et torturé, point très aimable. L’acteur est principalement célèbre Outre-Alpes pour son rôle dans la série policière du Commissaire Montalbano.
Ce long métrage sortira le 29 avril prochain. Déjà, sous l’affiche, l’on distingue les rassurants macarons de Diapason et de France Musique. Les échos suite à la projection au festival de Toronto sont prometteurs et l’on a hâte de se plonger dans cette Venise des années 1716. Nous vous en dirons plus après visionnage…
Viet-Linh Nguyen
En savoir plus :
- Site officiel du film : https://diaphana.fr/film/vivaldi-et-moi
- Dossier de presse : VIVALDI ET MOI_DP-1
