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Un bon tuyau : dépose du grand orgue de Notre-Dame de Paris

Grand jour que ce 9 décembre, non pour Saint Pierre Fourier ou Sainte Leocadie, mais parce que la dépose d’une grande part des tuyaux du grand orgue de Notre Dame de Paris, débutée le 3 août, est enfin achevée. 

“L’orgue est certes le plus grand, le plus audacieux, le plus magnifique de tous les instruments créés par le génie humain. Il est un orchestre entier, auquel une main habile peut tout demander, il peut tout exprimer.”
(Honoré de Balzac)

Grand orgue de Notre Dame – Source : Wikimedia Commons

Grand jour que ce 9 décembre, non pour Saint Pierre Fourier ou Sainte Leocadie, mais parce que la dépose d’une grande part des tuyaux du grand orgue de Notre Dame de Paris, débutée le 3 août, est enfin achevée. 

L’on avait tremblé, et soupiré de soulagement. Le tragique incendie de la cathédrale, d’autant plus désastreux qu’il était évitable tant les manques de budget, d’organisation, de responsabilités sont criants, avait épargné le grand orgue. L’instrument date de 1733, de même que son magnifique buffet sculpté, due à François Thierry. ll fut maintes fois rénové, par François-Henri Clicquot en 1783, puis restauré par Cavaillé-Coll en 1868 et  par Boisseau depuis 1960, de nouveau Boisseau avec la collaboration de Giroud, Emeriau et Synaptel en 1992, puis Cattieux et Quoirin en 2012 et 2014. Après de multiples ajouts et restaurations, il compte désormais pas moins de 115 jeux réels et une forêt de 7952 tuyaux. Sans surprise, ce roi des orgues est le plus grand de France.

De grands organistes y ont œuvré ; l’on relève dans les titulaires Louis-Claude Daquin (1755–1772), Armand-Louis Couperin (1755–1789) ou Claude Balbastre (1760-1793) resté courageusement en poste pendant que la cathédrale était transformée en Temple de la Raison.

Pourquoi déposer les tuyaux puisque l’orgue n’a pas souffert ? Disons plutôt qu’il s’en est presque sorti indemne mais que pour retrouver sa “voix” et être au rendez-vous d’un glorieux Te Deum en avril 2024 (nous suggérons sans surprise d’y associer les Arts Flo ou Le Poème Harmonique et d’interpréter celui de Lully, de Charpentier (le tonitruant H.147 de l’Eurovision), ou plus audacieux, Delalande, Blanchard, Madin, ou encore Giroust (mais ce dernier est connoté royaliste car joué au sacré de Louis XVI).  

Dépose du grand orgue de Notre-Dame © Christian Lutz / Etablissement public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris, décembre 2020

Si lors de l’incendie l’orgue n’a pas été atteint par les flammes et a reçu relativement peu d’eau au cours de l’intervention des pompiers, il a été recouvert de poussières de plomb qui se sont répandues sur l’ensemble de l’instrument. Certaines parties ont souffert des variations thermiques subies par la cathédrale depuis, notamment lors de la canicule de juillet 2019.

La dépose permettra un nettoyage approfondi et une restauration. 95 % des tuyaux ont été démontés. Ont été déposés :

  • les chamades, tuyaux horizontaux placés au pied des tuyaux de façade ;
  • les tuyaux intérieurs en métal, qui ont fait l’objet d’un nettoyage préalable avant d’être mis dans des caisses sur-mesure, spécialement construites pour l’occasion ;
  • les tuyaux en bois, qui ont également été nettoyés ;
  • les systèmes de transmission des commandes de notes et de jeux ;
  • les 19 sommiers, ces pièces sur lesquelles reposent la plupart des tuyaux et qui permettent de les alimenter en vent, ainsi que toutes leurs annexes.

Les seuls éléments restant sur place sont :

  • le buffet, qui date pour l’essentiel de 1733 ;
  • les tuyaux de façade, trop fragiles pour être transportés hors de la cathédrale ;
  • une trentaine de grands tuyaux de bois, qui seront nettoyés sur place ;
  • quatre grands soufflets, qui ne peuvent être sortis sans un démontage de la charpente du buffet.

© Patrick Zachmann / Magnum Photos

C’était une phase très délicate, pour nous tous une source de grand stress!”, avoue Christian Lutz, organologue, technicien-conseil auprès des monuments historiques, mandaté pour la maîtrise d’œuvre. Et il y a des surprises car un tuyau peut en cacher un autre : “Sur les 115 jeux que compte le grand orgue de Notre-Dame de Paris, 38 d’entre eux sont majoritairement composés de tuyaux d’Ancien Régime, pour la plupart de François-Henri Clicquot (1788), mais aussi de François Thierry (1733) et du XVIIème siècle, et l’on y trouve même 8 tuyaux très anciens, qui pourraient provenir de l’orgue gothique.”

Pas moins de 11 facteurs d’orgue associant l’atelier Quoirin de Saint-Didier (Vaucluse), Cattiaux Olivier Chevron successeur de Liourdres (Corrèze) et la Manufacture languedocienne de grandes orgues de Lodève (Hérault) ont été mobilisés pour la dépose. A présent, l’on attend un appel à marché public pour le nettoyage, la restauration et le remontage du grand orgue, et il faudra 6 mois pour l’accord et l’harmonisation, après un remontage progressif pour qu’il puisse de nouveau résonner sous les voûtes du vaisseau de pierre, au cœur de la Cité/cité . 

 

Sébastien Holzbauer

 

Étiquettes : , , , Last modified: 18 décembre 2020
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