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Pénombres (Apoteosis, viola bastarda, Divina Mysteria, Jorgen – Vanitas)

“Bâtard est souvent meilleur fils que l’enfant légitime.” (Euripide)

Apoteosis – viola bastarda

Girolamo Diruta : Toccata Di Grado del Primo Tuono. Il Transilvano
Riccardo Rognoni : Ancor Che Col Partire. Modo Fácil Sobre Cipriano da Rore
Girolamo Frescobaldi : Canzona Quinta la Trombonccina
Riccardo Rognogni : Ancor Che Col Partire. Modo Difícil Sobre Cipriano da Rore
Bartolomé de Selma : Canzona Prima a Doi. Basso e Soprano
Andrés Alberto Gómes (1978) :  Toccata del Signor 
Francesco Rognoni : Susana Paseggiata. Modo Fácil Sobre Orlando Di Lasso
Francesco Maria Bassani : Toccata del Signor Oratio Bassani
Bartolomé de Selma : Susana Paseggiata
Claudio Merulo : Toccata
Anfonso Ferrabosco : Sound out My Voice. Sobre Palestrina
Gioseffo Guami : Toccata del Secondo Tuono. Il Transilvano
Francesco Maria Bassani : Toccata Per B Cuadro
Riccardo Rognogni : Vestiva I Colli. Modo Difícil Sobre Palestrina
Bartolomé de Selma : Vestiva I Colli Passegiatto a Doi

Divina Mysteria
Thor Jorgen, viole de gambe
Pavel Amilcar, violon
Andrés Alberto Gómes, orgue.

Enr. 2011-2012, Vanitas, 59’24.

Deux interprètes : un organiste sur un magnifique orgue castillan de 1787, et un gambiste sur deux violes de facture récente dont on n’en saura pas plus. Face à eux : les plus célèbres pièces de diminutions de la fin de la Renaissance, dont certaines firent l’objet d’un enregistrement mythique de Sophie Watillon (Ligia Digital récemment réédité par Diapason), une parution de Roberto Gini (non écoutée) ou encore la bande à Savall (DHM avec divers arrangements pour cornet, viole, clavecin, etc.).

Pour mémoire, la viola bastarda n’est pas à proprement parler un instrument, mais une viole de gambe à six cordes, située entre la viole ténor et la basse de viole ; l’expression désigne également plus largement un style musical pour viole. Par le biais de diminutions (sorte de variations improvisées), il prescrit d’ornementer non seulement une ligne mélodique mais toutes les voix les unes après les autres d’une partition, dans un style emprunté au luth et avec la viole accordée selon une méthode particulière pour accroître sa tessiture.

C’est ici l’humilité et la sobriété qui est le maître-mot, la virtuosité instrumentale refusant à se montrer, même dans les plus périlleuses diminutions. Il y a une franchise désarmante et concentrée dans cette interprétation en demi-teinte de Thor Jorgen. Son murmure discret et attentif est trop souvent submergé par l’orgue d’Andrés Alberto Gómes (Susana pasegiatta de B de Selma par exemple) ; les articulations gagneraient à plus de variété et de contrastes. Le violoniste Pavel Amilcar rejoint l’organiste pour deux des pièces (La canzone prima a doi et la pièce finale) mais sans inspiration : timbre un peu vert et jeu trop plat.   

C’est donc une Apothéose presque à contre-emploi : refusant l’excitation de la virtuosité, les délices de la mélodie ou l’excitation des diminutions. Certains y ont vu une approche scolaire du fait de la tenue respectueuse de l’ensemble, le refus de l’abandon. Nous pensons quant à nous  que Divina Mysteria aborde ce répertoire comme un motet mystique, avec une intensité souple et effacée, qui expose peu et laisse deviner un sourire nostalgique de Madone.

 

Amandine Blanchet 

 

Étiquettes : , , , , , , , , , Last modified: 20 janvier 2021
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