Rédigé par 10 h 15 min CDs & DVDs, Critiques

Divisions on a ground (Lawes, Ayres, La Rêveuse – Mirare)

Depuis ses tout premiers enregistrements, la Rêveuse n’a cessé de nous enchanter. Avec infiniment de finesse, de recherche et d’élégance, l’ensemble propose à chaque fois de véritables bijoux, résultats d’un travail minutieux et scrupuleux, au plus proche de la musique vraie.

Henry LAWES (1595-1662)
Ayres

Have you e’er seen the morning sun ?
Slide soft you silver floods
Bid me but live, and I will live
Divisions on a ground
Prelude
I rise and grieve
Or you, or I, nature did wrong
Neither sights, nor tears, nor mourning
Almain/Corant 1/Corant 2 for two lutes
Wither are all her false oaths blown ?
I’m sick of love
No more shall meads be deck’d with flowers
Tregian’s ground
When thou, poor excommunicate
Sleep soft, you cold clay cinders
Out upon it, I have lov’d
Courant
Cloches de Mr Gaultier
Sweet stay awhile, why do you rise ?
O tell me love ! O tell me fate !
Division on John come kiss me now
Wert thou yet fairer than thou art
Why so pale and wan, fond lover ?

La Rêveuse :
Jeffrey Thompson, ténor
Bertrand Cuiller, clavecin
Florence Bolton, dessus et basse de viole
Benjamin Perrot, luth, théorbe et guitare baroque

69′, Mirare, 2012.

Depuis ses tout premiers enregistrements, la Rêveuse n’a cessé de nous enchanter. Avec infiniment de finesse, de recherche et d’élégance, l’ensemble propose à chaque fois de véritables bijoux, résultats d’un travail minutieux et scrupuleux, au plus proche de « la musique vraie ». C’est donc avec une once de déception que nous recevons ce nouvel opus, qui ne parvient malheureusement pas à nous convaincre autant que les précédents.  Après avoir exploré d’autres mondes, la Rêveuse revient à ces fondamentaux : la musique anglaise. Les quatre musiciens se sont plongés dans l’Angleterre mouvementée de Charles Ier, Cromwell et Charles II, pour y récolter de très jolis ayres du compositeur Henry Lawes et de quelques uns de ces contemporains.

Il faut reconnaître que, tout comme dans les précédents disques, un certain  charme agit sur l’auditeur. Comment ne pas être séduit pas ce continuo d’une précision à toute épreuve, d’une inventivité sans faille ? Leur savoir-faire se confirme et ne saurait en aucun cas être remis en cause ici. La prestation de Jeffrey Thompson laisse en revanche une impression ambiguë, un ressenti plus sceptique. Beaucoup de détails semblent en effet avoir été négligés. Les attaques de notes sont presque systématiquement trop basses, le vibrato pas toujours maîtrisé, les couleurs sont souvent laissées au hasard du moment, les fins de phrases manquent de soin. Ces éléments sont flagrants dans les pièces lentes notamment, telles que  »Slide soft you sliver floods »,  »I rise and grieve » ou  »Sleep soft, you cold clay cinders ». Les tempi plus rapides, en revanche, réussissent mieux au jeune ténor américain. La théâtralité de rigueur pour cette musique se transmet davantage et les « effets de voix » sont menés avec plus de précision. Deux airs comme  »Or you, or I, nature did wrong » et  »Neighter sighs, nor tears, nor mournings », sont tout à fait vivants, enlevés, et plein d’un humour bienvenu. On comprends d’ailleurs de façon général le ton employé tout au long du disque. Ces airs étaient certainement exécutés nonchalamment, au détour d’un chemin, d’une soirée conviviale, autour d’une table bien garnie. Ce ne sont en aucun cas des airs sérieux, mais plutôt ce qu’on appellerait, en France à la même époque, des « airs à boire ». Les tentatives du jeune chanteur semblent donc partir de bonnes intentions. Cela n’excuse néanmoins pas le mauvais goût ou la négligence. Du moins ceux-ci doivent être limités et toujours servir un objectif défini et nécessaire.

Les pièces instrumentales, intercalées au gré des farces et autres lamentations, ne laissent pour leur part aucune place au doute chez l’auditeur. Les trois instrumentistes explorent les grounds, variations et basses obstinées dans toutes leurs formes les plus extravagantes. Le toucher gracile et virtuose de Bertrand Cuiller donne à son clavecin une légèreté enivrante. C’est une véritable explosion de diminutions et d’improvisations jouissives ! Les violes de Florence Bolton et les cordes pincées de Benjamin Perrot s’en donnent à cœur joie également, prodiguant à l’ensemble du disque une variété fabuleuse. On sent chez ces musiciens qui se connaissent parfaitement, un bien-être, une aisance, une euphorie partagée, une plaisir communicatif.

On regrette donc infiniment d’être gêné pas le ténor qui ne se met pas toujours au même diapason. Il en résulte une suite de pièces inégales et parfois déséquilibrées, heureusement sauvées par des continuistes discrets mais fort agiles.

Charlotte Menant

Technique : excellente captation, avec de beaux timbres instrumentaux

Étiquettes : , , , , , , , Dernière modification: 7 décembre 2020
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