Les pédales sur terre et la tête dans les étoiles
Ach, Teufel, voici Bach au piano. On tempête, on s’émeut, on réclame l’orgue et le clavecin à cor et à cri. Mais le cor se bouche et le cri s’éteint devant l’interprétation profonde d’Edna Stern qui sait extraire de son piano anonyme (le facteur n’est pas précisé) un son d’une intense plénitude sonore qui n’a d’égale que la cohésion programmatique des pièces et l’enchaînement bien pensé des tonalités.
Mendelssohn serait content
Le livret évoquait l’intime dialogue musical entre soliste et ensemble dans ces concertos pour clavecin que l’Accademia Bizantina a gravé chez Decca. L’ensemble, qui se produisait il y a quelques jours en concert s’était avéré peu convaincant chez Bach et excellent chez Vivaldi.
Suites et fin
Nous avions déjà évoqué le mois dernier le génie indescriptible du Kantor, et combien il était difficile de l’appréhender pour le mieux faire apparaître, et ce mois-ci, force nous est de le constater à nouveau. Tout le monde s’est toujours emparé de ses suites pour violoncelle seul, des interprètes les plus baroques (Bylsma, Ter Linden, Cocset, Pandolfo…) aux plus modernes…
Gelobet sein
Pour les impatients qui ne pourront pas attendre la suite des gros coffrets d’ébène, Masaaki Suzuki poursuit avec constance et inspiration son intégrale des cantates de Bach. Cette nouvelle étape du périple bacchien est fidèle aux précédentes, nimbée d’une douceur tendre, d’une ferveur humble.
Bach sur papier Japon
Ceux qui achetaient un par un chacun des volumes de l’intégrale des cantates de Bach en cours depuis 1995 par le Bach Collegium Japan et son chef Masaaki Suzuki ont frisé la crise d’apoplexie devant l’édition spéciale de BIS parue en septembre et octobre 2009 : 4 gros coffrets de 10 CDs chacun (pas de SACD), avec l’intégralité des livrets originaux, offerts pour une somme plus que modique et recelant les 2/3 des cantates enregistrées par ordre chronologique par nos vaillants samurais.
“La Raison vous dit : Trois c’est trois et la Foi déclare que : Trois c’est un” (Flaubert)
Mars 2009. Bruno Cocset possède l’archet agile, assuré, infiniment conteur. Après des sonates de Barrière, Geminiani ou Vivaldi, après les 6 Suites pour violoncelle tous parus chez Alpha, revoilà l’artiste pour un enregistrement programmatique très personnel, cheminement intellectuel que Bruno Cocset décrit avec naturel et candeur dans le livret, autour de la Guerre de Trois.
L’Art de la fugue, un coup de Maître
L’Art de la fugue passe pour une œuvre difficile, réservée aux spécialistes, et même ennuyeuse, voire rébarbative. « Encore, aux instruments, pourquoi pas ? cela introduira du moins quelque variation, mais au seul clavier, Seigneur non ! » Moi-même, quand j’ai ouvert le paquet-surprise contenant ce disque, j’ai eu comme un mouvement de recul… et pourtant…
Entretien avec Bertrand Cuiller, claveciniste
Entretien avec Bertrand Cuiller, claveciniste. C’est un petit peu le jeu des sept familles des musiciens baroques. Après Jocelyne Cuiller avec laquelle nous avions pu échanger au sujet de cet étrange instrument qu’est le clavicorde, voici Bertrand, le fils, claveciniste lui-aussi que nous avons retrouvé à l’occasion de la sortie de son enregistrement des Concertos de clavecin de Bach en tant que soliste (Mirare), et comme continuiste attentif chez Reincken-Buxtehude avec La Rêveuse (Mirare) et chez Bach avec son ami Bruno Cocset (Alpha).
Un “Come Bach” réussi (Bach, Messe en si, Les Musiciens du Louvre, Minkowski – Naïve)
Février 2009. Le facile jeu de mot orne fièrement le fronton de l’interview accordée par le chef à Rémy Louis parmi les notes de programme de ce joli livre-disque sur papier vergé. Il est cependant inexact, puisqu’il s’agit non d’un retour mais d’une première rencontre au disque entre Bach et Marc Minkowski.
Des messes trop brèves
Le musicologue et grand biographe de Bach Philippe Spita n’avait que dédain pour les Quatre messes luthériennes du Cantor de Leipzig : Des fleurs merveilleusement écloses sont ici privées de leurs tiges et réunies en un bouquet fané a t-il écrit à leur sujet. Albert Schweitzer, quant à lui, les considéraient superficielles et dénuées de sens.
“Entre la partition et les battements du cœur”
La belle préface d’Hélène Grimaud, bercé d’un mysticisme lumineux, éclaire la démarche de la non moins belle pianiste : Bach est ce compositeur qui unit, dans leur vérité, la tendresse plénière de la prière et l’écho solitaire du divin (…) On se tromperait à vouloir faire de Bach qu’un homme de son temps témoignant pour celui-ci – car Bach est toujours à venir.
Lorsque j’entends ce prélude de Bach…
De cette nouvelle parution de la maison de disques Calliope, d’aucuns penseront qu’il s’agit d’un énième enregistrement des Suites pour luth de Bach. Certes, mais celui-ci mérite qu’on fasse plus que d’y prêter l’oreille, pour en apprécier tous les contours et les raffinements.
Morne plaine
Cet enregistrement inédit des Suites pour violoncelle de Bach a été publié à l’occasion des 250 ans de la mort de Bach, dans la collection Bach 2000 de Teldec. Exhumant une version d’Harnoncourt qui n’avait jamais été destinée à la commercialisation, la maison de disque mettait en avant une interprétation entre les visions classique et baroque.
Bach se fait tirer le portrait
A quoi ressemblait vraiment Jean-Sébastien Bach ? Pour les férus de haute technologie, et de séries policières américaines, la réponse est à Eisenach. Pour les autres, les traditionnels tableaux et les nombreuses controverses sur leur attribution suffiront. En effet, le 21 mars prochain, dans sa ville natale et pour les 323 ans de sa naissance, le musée d’Eisenach exposera un moulage en plâtre de la tête de l’auguste compositeur. Un simple moulage, me direz-vous ?
Janine ou l’archet qui brille
Il y a quelque chose de lumineux et de gai dans l’archet (moderne) et le violon de Janine Jensen. Une clarté et une précision paradoxalement mêlées de laisser-aller, comme si l’artiste s’apercevait avec surprise que sa lecture était conforme à ses pensées. Le timbre est transparent sans être totalement lisse, les articulations bien choisies.
Fuguons
Les lecteurs savent notre attachement aux œuvres intellectuelles de Bach, notamment le Clavier bien Tempéré, l’Offrande Musicale et l’Art de la Fugue. Ils savent notre maniaque attention dans la réalisation du contrepoint, la variété des affects, la richesse des timbres, points trop souvent délaissés au profit d’approches soit d’une pédanterie austère, soit d’une galante virtuosité.
Un long fleuve tranquille
Jean-Sébastien BACH (1685-1750) Le Clavier bien tempéré Livre 2 (Das Wohltemperierte Klavier) Zhu Xiao-Mei (piano) 2 Cds ,...
Raphaël : quatre consonnes, et trois voyelles
Hum… oui… bon… m’enfin. Tels sont les mots qui viennent à la bouche du critique bredouillant et perplexe face à ce disque à la jaquette sublime, où un homme en bonnet (ressemblant à un vieux mandarin en chignon) passe devant un paysage de nuages ocres.
