Rédigé par 23 h 46 min Actualités, Brèves

Explosion au Val-de-Grâce : un pavillon détruit

Cliché de l’explosion du 21 juin 2023 pris par un riverain Gregory de la Grange et posté sur Twitter. On y voit clairement les restes des deux baies cintrées, la grille et le mur-écran de l’avant-cour.

Une explosion d’origine non encore déterminée, quoique l’hypothèse d’une fuite de gaz soit à l’étude, a aujourd’hui soufflé « un immeuble de la rue Saint-Jacques, quartier du Val-de-Grâce » « dans le quartier latin », « à deux pas du Panthéon », à Paris, comme l’ont relaté nos confrères. On déplore hélas des victimes : à cette heure le premier bilan fait état de 37 personnes au moins qui auraient été blessées dans cette énorme conflagration.

Etonnamment, si la presse a lourdement insisté sur le fait que cet immeuble abritait entre autre la Paris American Academy, école privée de design et de mode, sise au 277 rue Saint-Jacques, bien peu ont relevé que le bâtiment en question, dont la façade s’est écroulée vers la rue, n’est pas n’importe lequel et fait partie d’un complexe patrimonial de premier ordre. Il s’agit du pavillon gauche de l’avant-cour de l’ancienne abbaye du Val-de-Grâce, ex-voto d’Anne d’Autriche, chef d’œuvre baroque de François Mansart, Jacques le Mercier et Pierre Le Muet, dont le cloître et l’église constituent un chef d’œuvre d’une fusion du baroque à la romaine et du style français de la Renaissance, désormais école et musée du service de santé des armées. Le site a été extensivement classé au titre des Monuments Historiques, et nous ignorions jusqu’ici que que ce pavillon n’était pas propriété de l’Etat au même titre que le reste de l’édifice. 

Vue perspective de la façade de l’abbaye royale du Val de Grace. Charpentier (graveur) d’après un dessin de François Mansart – Musée Carnavalet, Paris, Licence CC0. C’est le pavillon sur rue de gauche qui a été soufflé.

Rappelons que les deux pavillons à fronton sur rue encadrent l’avant-cour fermée d’une grille, devant laquelle Mansart avait projeté une place monumentale en hémicycle jamais réalisée (cf. gravure supra). Selon l’historien grand spécialiste du Val-de-Grâce Claude Mignot, l’avant-cour, était prévue dès 1645 mais non encore arrêtée définitivement puisque des dessins alternatifs subsistent. C’est seulement le 1er mai 1666 que les devis et marché qui inclut la grille, les deux pavillons sur rue, les murs écran de la cour, et les deux bâtiments encadrant l’église sont signés pour une somme de 126 000 livres, et les dessins remis à l’architecte vieillissant Pierre Le Muet. Quelques mois plus tard, les mêmes entrepreneurs Gabriel Le Duc et Antoine Broutel signent avec les religieuses les contrats relatifs au paiement de la construction des deux pavillons, le 28 août pour celui « du côté des Feuillantines » pour 12 000 livres et le 22 septembre pour celui « du côté du parloir » pour 15 000 livres.

Le pavillon en juin 2022 d’après Google Maps

Ainsi, comme le démontrent l’existence de ces stipulations, les deux pavillons, dès l’origine, étaient juridiquement distincts du reste des bâtiments l’Abbaye. Tout comme les immeubles de rapport qui bordent la rue Saint-Jacques, ils étaient construits, non pas sur les deniers des Bâtiments du Roi, mais sur ceux des religieuses, qui récupéraient ensuite les revenus liés à leur location. Peut-être est-ce là un début d’explication sur le fait que ce pavillon a continué d’être occupé jusqu’à aujourd’hui par des activités privées ; il pavillon donne accès à deux longues et paisibles cours rectangulaires, déjà visibles sur les plans d’époque, tel celui dit de Turgot. Il faudra le reconstruire à l’identique, et réutiliser autant que possible les matériau d’origine exploitable pour panser cette mâchoire éventrée [V-L.N.]

Plan de Louis Bretez (1743) dit de Turgot (détail). On comprend bien la configuration des deux pavillons et des murs-écran bordant l’avant-cour.

 

Étiquettes : , , Dernière modification: 31 août 2023
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