MMXIV
Pour discrète qu’elle se soit faite des deux derniers mois, la Muse n’en est pas moins là, et la voici donc qui sort de la paisible retraite de son bosquet pour vous souhaiter à tous mélomanes et baroqueux, fidèles historiques ou nouveaux lecteurs égarés, simples curieux ou musiciens, une année 2014 désespérément et excessivement baroque…
Anagramme de Bach
Saviez-vous que Jean-Sébastien Bach, compositeur à la cour de Sa Majesté le Roi de Pologne et Prince-Electeur de Saxe, maître de chapelle de Son Altesse le Prince d’Anhalt-Cöthen et cantor de l’école de Saint Thomas de Leipzig est l’anagramme de …
Infortunée monarque…
Certes, l’Autrichienne avait pour tort de briser l’auguste perspective de la Grande Galerie en privatisant le Salon de la Paix, ou de se réfugier jouer du Beaumarchais (interdit
Tempus fugit
Vous vous êtes certainement étonnés, voire inquiétés, fidèles amis, mélomanes, baroqueux et lecteurs (ces quatre catégories se rapportant souvent aux mêmes personnes), du ralentissement du rythme de publication depuis ces deux derniers mois. Nous aurions pu laisser planer le doute, laisser nourrir l’imagination la plus féconde, encourager les plus folles rumeurs.
« La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. » Charles Baudelaire
Elle sera bientôt là. Car même les statues de pierre se débarrassent le moment venu de leurs antiques oripeaux, en dépit des efforts de l’Académie et des gardiens du Temple, ceux-là même qui vénèrent la tradition, abhorrent le changement, questionnent la notion même de progrès.
Le disque, cette femme fatale
Septembre. Opora. Chez les Grecs, il s’agissait de la saison de la maturité des fruits où le soleil après la canicule commençait à décroître, la saison de la fin de l’été. Les pessimistes nous décrivent l’opora du disque, sa longue agonie, la fin d’un âge d’or. Et pourtant, dans notre segment baroque bien particulier, où les risques de téléchargement illégal sont bien réduits, et où le passionné aisé ne rechigne pas à débourser quelques euros pour lire les notes de programme d’un musicologue germanique, le disque, contrairement à une idée reçu, le disque baroque donc se porte plutôt bien. Alors, oui, comme nous le déplorions dans notre spleen baroque de l’été, le secteur est en proie à un phénomène de concentration, derrière l’apparente multitudes de labels souvent regroupés au sein d’une seule entité.
Spleen baroque
A l’orée de l’été, alors que fleurissent les festivals dévolus au seul répertoire baroque, ou acceptant du moins avec grâce sa gracieuse incursion, il nous est venu à l’esprit, un jour de spleen sans doute, de jeter un pavé dé morosité dans la mare d’autosatisfaction générale qui caractérise notre paysage baroque hexagonal voire européen. En effet, ne considère-t-on pas le modèle baroque comme celui, triomphant et flexible, des orchestres classiques de demain ?
Le Turlusiphon a t-il existé ?
Il n’a pas échappé à nos lecteurs que la Scientific Review of Albanian Musicology a publié le mois dernier – dans son numéro-spécial n°321 commémorant le XXe anniversaire des élections de la Kuvendi Popullor de mars 1992 qui ont vu la victoire du Parti démocratique d’Albanie (PDA) – un article controversé démontrant scientifiquement l’existence du turlisiphon du Moyen-Age au XVIIIe siècle dû à la plume rigoureuse du Pr. Adem Zadeja. Il nous a donc paru essentiel d’en résumer la teneur.
Au coin d’un virginal
Alors que le film Bruegel, le Moulin et la Croix nous transporte sur le chemin du Calvaire, imaginons-nous un instant, en ce début d’année, au coin d’un virginal. L’expression est incorrecte, et l’on ne peut se lover contre l’instrument comme près d’une cheminée ou d’un poêle. Mais elle transmet ce sentiment de chaleureuse intimité, de relâchement serein, d’abandon heureux que nous vous souhaitons pour cette année bissextile, la 2765ème du calendrier julien…
Le chant de la terre
Ce chant naît de la contemplation d’un monde surexposé, irradié d’une lumière paillée renonçant à la douceur mordorée du soir. Il laisse paraître son émerveillement et sa déception au sein du crin des archets, du laiton des pavillons des cuivres, de la douceur du palais ou de l’anche des hautbois. Alors qu’en dehors du confort velouté du canapé bourgeois et de l’installation audiophile, ou à l’extérieur des rideaux cramoisis damassés des opulentes salles de concert, le monde s’égare, que les rebelles luttent, que les gouvernements s’interrogent sur leur pérennité, que les égos s’entrechoquent pour les candidatures, nous voici, intangibles amateurs du beau et de l’émotion, confinés dans la pétillance de notre bulle de champagne et de ses plaisirs.
Architecture : Coup de cœur pour… le pont romain de Vaison-la-Romaine
Nous le connaissons tous, ce vieil ami, englouti par la fureur des flots, brisé dans son envol, sa voûte décharnée offerte aux regards avides des caméras.
Cinéma : Double chemise pour Charles Ier
Après l’Extase et l’Agonie que nous vous suggérions précédemment, duel entre le Pape Jules II et Michel-Ange autour des échafaudages du plafond de la Sixtine, voici un affrontement autrement plus mortel, celui d’Oliver Cromwell et de Charles II.
Lecture : crépuscule sur le royaume très catholique
Alatriste… Entre 1993 et 2006, Arturo Pérez-Reverte publie les 6 tomes des Aventures du Capitaine Alatriste. Roman d’aventure, de cape et d’épée dans l’Espagne décadente de Philippe IV où plane l’ombre de l’Inquisition et la mainmise du tout-puissant ministre Gaspar de Guzmán, comte d’Olivares.
Lettres de Grignan
Tandis que notre rédaction, assoupie, se disperse par monts et par vaux en vue d’endurer les affres d’un repos bien mérité, que certains pratiquent une cure de silence cembalistique, que d’autres se livrent derrière des portes closes et dans de lointaines contrées à l’écoute de compositeurs maudits post-1759, que certains, enfin, dédaignent majestueusement l’invitations de festivals pour l’appel d’une chaise-longue ou d’un hamac (et nous serions le premier à ne point leur jeter la pierre), la Muse, frappée d’une pilosité palmaire que nos lecteurs vilipenderont à juste titre, prend ses quartiers d’été. Aussi, pour cet éditorial qui sent bon la lavande et le soleil, plutôt que de dresser comme à l’accoutumée une litanie suggestive de friandises festivalières baroques, nous exhumerons quelques écrits inédits et à l’attribution controversée, qui feront le lien avec notre Tribune vous invitant à découvrir les charmes de Grignan, en vantant la sévère antiquité de sa collégiale et la théâtralité des façades Renaissance de son castel.
Manifeste Baroqueux
Baroque, (musique) : Une musique baroque est celle dont l’harmonie est confuse, chargée de modulations & dissonances, le chant dur & peu naturel, l’intonation difficile, & le mouvement contraint. Il y a bien de l’apparence que ce terme vient du baroco des logiciens.
Architecture : Coup de cœur pour… le Château de Courances
Halte-là, va s’écrier immédiatement le lecteur soucieux de minutie historique, car si la bâtisse d’origine avait été construite au milieu du XVI° siècle, les remaniements opérés au XIX° siècle la rendent suspecte en terme d’authenticité. Mais laissez là votre méfiance, qui pourrait être justifiée dans bien des cas, mais pas à Courances…
Mobilier : “Louis XIV ? Pas encore, mon fils…”
Cette série de notes n’aura pas vocation à présenter tableau exhaustif des différentes formes stylistiques du mobilier domestique au XVII°siècle, mais plutôt de présenter un aperçu du décor dans lequel évoluaient les compositeurs que nous étudions, ainsi que leurs interprètes et auditeurs contemporains…
Cinéma : la tiare et le pinceau
1508, entre deux batailles, le Pape Jules II – qui a perdu sa barbe mais non sa superbe sous les traits césariens de Rex Harrisson qui retrouve une caractérisation impérieuse proche de l’ironie mordante de son conquérant antique de chez Mankiewicz – commissionne Michel-Ange afin de repeindre le plafond de la Sixtine.
Travaux en cours
Chers Amis et lecteurs, Vous êtes de plus en plus nombreux sur ces pages, et nous dépassons désormais les 45 000 visiteurs mensuels. Cette volumétrie, largement supérieure à la force de projection actuelle de notre glorieuse armée au Moyen-Orient, de même que les vœux formulés par les lecteurs fidèles nous conduisent à mettre en œuvre des réformes structurantes, tournées vers l’avenir sans renier le passé dont il est l’héritier. Car en effet, pourquoi une revue devrait-elle se limiter à la musique et aux arts baroques ? N’est-ce pas faire preuve de sectarisme austère, d’œillères d’acier, de confinement transi voire d’une malsaine nostalgie ?
Exposition : Coup de cœur pour… le cardinal
Les musées des Beaux-Arts d’Orléans et de Tours, et le musée municipal de Richelieu se sont associés pour présenter une exposition consacrée principalement aux décors et collections du cardinal de Richelieu (1585-1642), acquis et commandés pour l’ornement de son château familial à Richelieu en Touraine…
