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“Opération Vivaldi, 4ème saison” : guerre et musique, des liaisons dangereuses

versailles salon guerre
versailles salon guerre

Louis XIV traversant le Rhin, Salon de la Guerre, relief en plâtre d’Antoine Coysevox © Muse baroque, 2026

Avant-hier, à la stupeur russe, une opération audacieuse a été conduite par le 3ᵉ corps d’armée ukrainien dans le secteur stratégique de Donetsk. Quelle ne fut pas notre surprise en découvrant que cette opération était la “quatrième saison” d’un vaste plan dénommé “Vivaldi” ! Cette contre-offensive en cours est prévue depuis mai, en quatre étape, en vue de repousser l’envahisseur russe des deux villes au nord de cette zone : Sloviansk et Kramatorsk que le Kremlin veut prendre à tout prix. Et c’est précisément pour éloigner le front de ces deux villes que trois premières “saisons” ont déjà permis de reprendre plus de 170 km carrés de territoire. Espérons que la vivacité, la fougue et la précision vivaldiennes seront fructueux.
Voilà l’occasion pour nous de nous pencher sur d’autres noms d’oiseaux, ou plutôt de compositeurs ou de mouvements musicaux, relativement répandus dans les bruissements d’états-majors qui aiment à souligner la recherche d’une synchronisation parfaite sur le théâtre des opérations, tout comme sur les portées des partitions, surtout sous la Guerre Froide au sein des forces de l’OTAN :
Johann Sebastian Bach

Elias Gottlob Haussmann (1695–1774), Portrait de Johann Sebastian Bach, huile sur toile, 1748 (seconde version du portrait de 1746), huile sur toile, Bach-Archiv Leipzig – cliché Wikimedia Commons

  • Les exercices Bach
    Durant la Guerre Froide et au sein des réseaux de transmission tactiques modernes, le nom de Bach a fréquemment été attribué à des sous-réseaux logistiques et des exercices de cryptographie. Ainsi le Royal Corps of Signals britannique utilisait le nom de Bach (ou d’autres compositeurs) comme indicatif de sous-réseau ou de scénario de chiffrement.
  • Protocole Concerto Grosso
    Le concerto grosso, forme majeure popularisée par Arcangelo Corelli et Georg Friedrich Handel, repose sur le dialogue entre un petit groupe de solistes (concertino) et le grand orchestre (ripieno). Dans la doctrine de défense collective alliée, ce nom désigne la coordination harmonisée entre plusieurs brigades ou corps d’armées de nations différentes manœuvrant de concert. Dans le cadre des transmissions de l’OTAN (comme le réseau de télécommunication paneuropéen Ace High ou les exercices du Royal Corps of Signals), le protocole « Concerto Grosso » simule exactement ce schéma de dialogue entre e Grosso le réseau de communication principal de l’OTAN à l’échelle européenne (le ripieno) et les solistes c’est-à-dire de petites unités de transmission mobiles isolées, chargées de s’infiltrer ou de s’installer sur des points hauts tactiques pour relayer les codes chiffrés vers le réseau général !

Détail issu de la célèbre série des Vues des ports de France peinte par Joseph Vernet (1714-1789) – cliché Muse Baroque, 2024 au Musée de la Marine

L’opération Vivaldi est d’autant plus exotique et obsolète en termes de nom de code qu’à l’heure actuelle les états-majors occidentaux n’utilisent malheureusement plus trop de noms de compositeurs, mais des générateurs de noms aléatoires ou des banques de mots strictes pour éviter de trahir la nature de la mission, ce qui est bien moins poétique. Au Royaume-Uni, les opérations réelles utilisent souvent un système de double mot à but purement technique (Operation Telic, Operation Shader). Toutefois, en France, les exercices interarmées portent encore des noms de constellations ou de mythologie (comme le grand exercice interarmées Orion). Enfin, aux Etats-Unis, certains noms sont choisis directement au plus haut niveau de l’État (Pentagone, Maison-Blanche) dans un but marketing et idéologique tels Just Cause (Panama, 1989), Desert Storm (Irak, 1991), ou Enduring Freedom (Afghanistan, 2001). C’est une autre musique… [M.B.]

 

 

 

 

 

 

Étiquettes : Dernière modification: 8 octobre 2026
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