Rédigé par 21 h 53 min Entretiens, Rencontres

« L’orchestre Les Passions ne s’arrête pas » : entretien avec Jean-Marc Andrieu, flûtiste, directeur musical des Passions, orchestre baroque de Montauban, à l’occasion des 40 ans de l’ensemble

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Jean Marc Andrieu

Jean Marc Andrieu © Fabienne Azéma

logo passionsNos lecteurs fidèles le connaissent déjà bien, de même que les amateurs de grands motets et de musique occitane. Nous le suivons depuis près de 20 ans, grâce à son superbe travail de fond sur la restitution de la version originelle du Requiem de Jean Gilles, celui-là même qui fut joué aux funérailles de Rameau et Louis XV, rien de moins. Discret mais infatigable défricheur (sa trilogie consacrée à Jean Gilles, ses enregistrements consacrés à Blanchard et Mondonville nous font regretter qu’il n’est pas pu graver davantage d’oeuvres de ce répertoire qui lui va comme un gant…), homme orchestre qui jongla on ne sait trop comment entre ses vies de flûtiste, directeur de conservatoire et directeur musical des Passions, orchestre baroque de Montauban, Jean-Marc Andrieu, avec sa générosité et son accent chantant va bientôt célébrer les bougies de son orchestre. Voilà l’occasion de retracer 40 ans des Passions, 40 ans de passion, lors d’un échange amical à bâtons rompus. 

Muse Baroque : Jean-Marc Andrieu, comment la musique est-elle entrée dans votre vie ? On vous connaît comme chef d’orchestre, mais dites-nous d’abord comment tout a commencé, et notamment pourquoi vous avez choisir d’étudier la flûte à bec.

Jean-Marc Andrieu : La flûte à bec, cela vient de ma mère qui l’enseignait au collège et au lycée où j’étais élève. Elle a fait ça très sérieusement, même si les professeurs de musique de l’époque n’étaient hélas pas formés pour cela, et grâce à elle, j’ai beaucoup aimé cet instrument. Je voulais aussi être professeur de sport ! Mais après le bac, je me suis remis à la musique et à travailler très sérieusement la flûte à bec. Je suis entré au Conservatoire à Toulouse, j’ai eu mon prix rapidement et j’ai été embauché comme moniteur au conservatoire en 1979-80, puis j’ai obtenu un poste au Conservatoire de Montauban après mon certificat d’aptitude (CA) en 1982.

En parallèle, j’ai chanté dans l’Ensemble Vocal de Toulouse d’Alix Bourbon. Il faut absolument que je la cite, car elle a été à l’origine d’un coup de foudre pour le chant choral. J’ai d’autres souvenirs marquants, comme l’interprétation des œuvres de Bach, la Messe en si notamment, avec Michel Corboz, en 1975-1976.

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Les Passions et Jean-Marc Andrieu dans les années 1990 © Les Passions

M.B. : Vous avez une formation très complète. Vous avez aussi étudié la musicologie, la direction de chœur, et vous avez franchi les frontières pour vous perfectionner…

J-M. A. : Oui, j’ai fait des études de musicologie à l’université, mais j’étais en même temps maître auxiliaire de musique pour financer mes études. Je me suis aperçu que c’était un métier qui ne me convenait pas, alors j’ai abandonné assez rapidement pour me consacrer à l’enseignement spécialisé au conservatoire. Pour la flûte à bec, je n’en savais pas assez. Je suis donc allé pendant deux ans, avec un statut de guest student, au conservatoire Sweelinck d’Amsterdam. J’ai énormément appris avec Marijke Miessen, Walter van Hauwe et j’ai pris des cours particuliers avec Pedro Memelsdorff. J’y allais une semaine par mois, pendant ce qu’on appelait les « blocs », pour suivre ces cours. C’était une période très intense, sans viser de diplôme, mais j’ai assisté à tous les cours.

M.B. : Et c’est en 1986 que les prémices de l’orchestre apparaissent. Comment est-ce né concrètement ?

J-M. A. : Après avoir obtenu mon CA de direction de chœur en 1986, j’ai monté un petit ensemble vocal à Toulouse qui s’appelait Musica Figurata. J’ai commencé par un programme a cappella puis les Messes Brèves de Bach et me voilà dans les couloirs du conservatoire à recruter des copains pour constituer un petit orchestre et accompagner le chœur. C’est ainsi que tout a démarré. On a un grand plaisir à aborder ce répertoire, et les violonistes, les instrumentistes à cordes y prennent tous goût. Ça leur plaît, ils ont envie de continuer l’expérience.

M.B. : À ce moment-là, on ne parle ni de l’Orchestre Baroque de Montauban, ni des Passions. Et vous ne jouiez pas encore sur instruments d’époque ?

J-M. A. : Non, on s’appelait alors l’Orchestre baroque de Toulouse, mais on n’était pas encore sur instruments baroques. On essayait de jouer dans les règles de l’art, mais avec des instruments modernes. On avait quand même une basse continue ! Philippe Humeau nous a prêté un magnifique clavecin pour le premier concert, et Anne-Lise Labusquière a été la première claveciniste de l’orchestre.

Puis en 1991, quand j’ai été nommé directeur du Conservatoire de Montauban, mon prédécesseur Hubert Maindive a proposé à la ville d’accueillir l’orchestre. C’est ainsi qu’en 1991 l’ensemble est devenu l’Orchestre Baroque de Montauban (OBM), en résidence dans la ville.

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Les Passions et Jean-Marc Andrieu dans les années 1990 © Les Passions

M.B. : Et c’est là que s’opère le grand basculement vers les instruments d’époque. Comment cela s’est-il passé ? Fut-ce un changement radical ?

J-M. A. : C’est à ce moment-là que nous décidons notamment de jouer sur des cordes en boyau et avec des archets baroques prêtés par Daniel Latour. Ce fut une décision prise d’un coup. Certains musiciens ont franchi le pas, se sont équipés, ont suivi des stages et se sont formés. Je pense surtout à Nirina Betoto qui a longtemps été premier violon et qui est une des fidèles dès le début. D’autres, qui n’ont pas osé franchir le cap, soit par manque de disponibilité, soit parce qu’ils n’avaient pas assez d’appétence pour l’instrument baroque, ont arrêté. C’est un investissement, pas seulement financier, mais aussi en termes de travail. Cela demande de changer de technique.

M.B. : Une fois l’orchestre installé à Montauban et « baroquisé », comment s’est-il développé ?

J-M. A. : l’OBM a eu toute une période de développement, a gagné en réputation… C’est vrai qu’à cette époque-là, nous étions un peu des pionniers dans le Grand Sud-Ouest, le seul ensemble baroque. Nous avons beaucoup contribué à accompagner des ensembles vocaux amateurs, de Bordeaux à Montpellier, qui étaient à la recherche d’un orchestre baroque. L’OBM accompagnait de nombreux concerts avec des chœurs, et était de plus en plus demandés. Le répertoire instrumental était centré sur Bach évidemment, mais aussi Haendel avec ses Concerti grossi, des Suites de Purcell, des concertos de Vivaldi bien sûr, et Telemann, avec le magnifique concerto pour flûte à bec et flûte traversière.

C’est aussi à ce moment-là, ayant beaucoup sympathisé avec Philippe Humeau, qu’il me sollicite pour enseigner au stage de musique baroque de Barbaste, dans le Lot-et-Garonne. C’était une académie internationale qui attirait des professeurs et des élèves du monde entier.

Jean Marc Andrieu

Jean-Marc Andrieu en session d’enregistrement © Jean-Jacques Ader

M.B. : Le travail avec les chœurs est central dans votre parcours. Une collaboration en particulier s’est tissée, avec Les Éléments de Joël Suhubiette, qui dure encore aujourd’hui.

J-M. A. : Joël Suhubiette est un ami de longue date. Nous chantions ensemble dans le chœur d’Alix Bourbon. Quand j’ai voulu enregistrer mon premier disque consacré à Jean Gilles, je lui ai tout naturellement demandé s’il acceptait de me « prêter » son chœur. Il a évidemment et généreusement dit oui. On a monté le Requiem et le motet Cantate et Jordanis Incolae. Notre première production discographique s’est donc faite avec Les Éléments. Joël raconte que lorsqu’il prête son chœur à un chef, il le fait d’abord travailler lui-même ; avec moi, il n’en avait pas besoin, car il savait que je pouvais très bien faire travailler le chœur moi-même. C’est une relation de confiance très particulière et flatteuse.

M.B. : Au fil des ans, l’orchestre prend une nouvelle dimension et un nouveau nom. Comment s’est faite cette transformation en « Les Passions » ?

J-M. A. : Il y a eu deux dates charnières. D’abord, en 2000, avec la Passion selon saint Matthieu de Bach, pour les 250 ans de sa mort, avec comme évangéliste Gilles Ragon, quel souvenir ! J’ai monté ce projet un peu fou, qui a été pour nous fondateur et qui m’a inspiré pour trouver le nom de l’orchestre. J’ai pensé à cette production, à la Halle-aux-Grains de Toulouse, que nous avons eu la chance d’enregistrer en concert. C’est cette œuvre qui a inspiré le nouveau nom « Les Passions » pour l’OBM.

2003 représente une autre date importante : c’est l’année où nous avons obtenu un conventionnement de la DRAC et du Ministère de la Culture. Cela nous a permis de nous structurer, de recruter un administrateur et de nous développer de manière plus pérenne.

Bach SMP andrieu

M.B. : Cette professionnalisation s’est opérée alors que vous dirigiez en même temps le conservatoire. C’était un véritable exercice d’équilibriste. Comment trouviez-vous le temps de tout gérer ?

J-M. A. : Franchement, je ne sais pas comment j’ai fait. Au début, c’était un peu artisanal. Puis nous avons eu besoin de nous structurer, d’avoir un chargé de production pour passer à un niveau plus professionnel. La Ville nous a aidés et a mis une des secrétaires du conservatoire à disposition pour la gestion de l’orchestre, mais les conditions étaient inadaptées, peu confortables.

Je me demande encore comment j’ai pu faire tout cela, je n’ai pas arrêté ! J’avais une convention où je devais consacrer deux tiers de mon temps à travailler pour le conservatoire, et un tiers pour l’orchestre. Donc je n’étais pas à temps plein sur l’orchestre, mais j’ai eu l’impression d’avoir deux temps pleins en même temps ! (sourires) J’aurais voulu être à la fois davantage disponible pour le conservatoire, et aussi pour l’orchestre !

Certes, c’était compliqué, mais il est vrai que j’ai beaucoup aimé mon métier de directeur de conservatoire également, cette double activité, pendant 30 ans.

Je dois également évoquer la saison musicale que nous avons organisée à la Chapelle Sainte-Anne à Toulouse entre 2003 et 2011, ce qui nous a permis de créer de beaux programmes et de fidéliser un public toulousain nombreux.

M.B. : Parmi les grandes réalisations des Passions, il y a la trilogie consacrée à Jean Gilles, mais aussi vos travaux sur Mondonville ou Antoine-Esprit Blanchard. Quels sont les moments qui vous ont le plus marqué ?

J-M. A. : Il y a eu les très beaux motets de Blanchard. Pour mémoire, un CD du concert a été enregistré par France Musique dans le cadre du festival Radio France-Montpellier. Ça a été une belle réussite. Et puis la dernière production importante, c’est la pastorale Daphnis et Alcimadure de Mondonville, l’unique opéra en occitan, que j’attendais de produire depuis très longtemps dans son intégralité. [NdLR : cf. interview dédiée à cette œuvre lors des concerts de 2022 ainsi que l’enregistrement paru chez Ligia].

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M.B. : Justement, en regroupant ces trois compositeurs, Gilles, Blanchard, Mondonville, pensez-vous qu’il existe un véritable « style occitan » ? Une couleur, une sensibilité, un rapport au texte particulier ?

J-M. A. : Je trouve qu’il y a quand même une couleur – c’est un mot un peu galvaudé, mais c’est ça – et une influence italienne. Mais je ne me sens pas très objectif pour parler de ça, je baigne tellement là-dedans ! (rires)

M.B. : Au contraire, vous êtes l’expert ! Quand on pense à Blanchard, il n’est pas qu’un compositeur versaillais de grands motets.

J-M. A. : Non, chez Blanchard, on sent vraiment l’école du Sud. Je trouve même des accents, chez lui, qu’on retrouve chez Gilles : des enchaînements de cadences, des formules harmoniques. Je suis sûr que c’est l’école de Guillaume Poitevin à Aix-en-Provence qui a joué un rôle fondamental. Ceci dit, ces formules-là, ces tournures dans les choix des degrés de l’harmonie, on ne les retrouve pas chez Mondonville. Il n’est pas passé par cette école-là. Il est « monté » très tôt à Paris a baigné dans les environnements musicaux qui alliaient les styles français et italiens. Il a su mener sa barque très intelligemment, surtout en pleine Querelle des Bouffons.

blanchard

M.B. : Comment se déroule votre travail de recherche en amont de ces projets ? Pour Jean Gilles, on se souvient d’un énorme travail sur l’instrumentarium, notamment autour du serpent.

J-M. A. : Prenons cet exemple du Requiem de Jean Gilles, cela permettra d’illustrer le travail en amont. D’abord, j’ai essayé de trouver les partitions. J’ai toujours rêvé de retrouver le manuscrit original à Toulouse, mais je suis maintenant persuadé qu’il a disparu. Même si j’ai tout remué auprès du clergé de la cathédrale Saint-Étienne, dans les archives, avec mon ami Jean-Christophe Maillard.

Par contre, il y a beaucoup de copies du Requiem. J’ai compilé un peu toutes ces éditions, je les ai comparées, j’ai essayé de faire une version qui soit une synthèse, en essayant de comprendre s’il y avait eu des ajouts ou des mises à jour, avant la version de Corrette éditée pour les obsèques de Rameau où il y a eu énormément de transformations. J’ai réussi à trouver une version qui ressemble un peu à celle éditée par le musicologue américain John Hajdu Heyer (en 1984) dont l’édition se fonde aussi sur les sources manuscrites conservées (notamment celles de la Bibliothèque nationale de France) pour restituer la partition au plus proche des intentions du compositeur.

Un autre exemple : j’ai eu la chance de pouvoir lire un article de Pierre Salies, un historien de la ville de Toulouse qui dirigeait une revue, Archistra. Sa fille, qui était violoniste au début de l’orchestre, m’a confié un des volumes dans lequel son père faisait une étude des musiciens de la cathédrale Saint-Étienne du temps de Gilles. Vous imaginez comme cela m’est précieux ! J’y ai lu qu’il y avait des serpentistes, des musiciens qui jouaient du serpent. Il fallait donc absolument qu’il y ait du serpent dans l’orchestre du Requiem de Gilles ! Nous avons enregistré les œuvres majeures de Jean Gilles en partenariat et avec le soutien du festival de La Chaise Dieu.

Jean gilles trilogie

M.B. : Après le grand moment de Daphnis et Alcimadure, on arrive au cap symbolique du millième concert, qui coïncide avec les quarante ans de l’ensemble. Comment abordez-vous cet événement qui marque aussi un passage de relais ?

J-M. A. : Oui, c’est un moment spécial. Pour le concert du 8 octobre prochain à Montauban, nous avons imaginé une soirée en deux temps, regardant vers le passé et le présent. La première partie aurait pu s’intituler « souvenirs et rétrospective ». Nous allons rejouer les premières œuvres qu’on avait interprétées en 1986-1987, à la naissance de l’orchestre : le concerto pour clavecin et deux flûtes à bec de Bach (transcription de son quatrième Concerto Brandebourgeois) et la suite de The Married Beau de Purcell. J’ai d’ailleurs la chance de rejouer le concerto de Bach avec Anne-Lise Labusquière, qui était là aux tout débuts ; et Philippe Humeau nous prête à nouveau un clavecin pour l’occasion. C’est génial ! Souvenirs, souvenirs… La deuxième partie sera tournée vers l’actualité des Passions, avec un concert consacré aux plus beaux airs d’opéra de Haendel avec la magnifique soprano Julia Wischniewski. Entre les deux, nous partagerons une coupe de champagne avec notre fidèle public pour célébrer cet anniversaire des Passions !

M.B. : Et l’avenir ? Au-delà de ce concert, une page se tourne. L’avenir des Passions est en pleine mutation. Pouvez-vous nous éclaircir sur ce qui se dessine ?

J-M. A. : C’est très simple. Face aux restrictions budgétaires que nous subissons tous je ne voulais pas que l’association qui gère Les Passions soit en difficulté. Il fallait trouver une formule plus pérenne, plus solide. Depuis quelques temps, nous travaillons beaucoup avec Anima Nostra, association basée elle aussi à Montauban, qui gère entre autres l’excellentissime chœur Dulci Jubilo dirigé par Christopher Gibert. J’ai une immense admiration et une amitié solide avec Christopher. Comme nous collaborons déjà sur des programmes, la solution s’est imposée d’elle-même : l’orchestre Les Passions ne s’arrête pas, c’est l’association qui le porte qui va cesser son activité et l’orchestre va rejoindre l’association Anima Nostra.

M.B. : Juridiquement ?

J-M. A. : Exactement. En termes juridiques, ce transfert s’appelle une dévolution. C’est-à-dire que le patrimoine de l’orchestre – notre clavecin, nos partitions, nos disques, notre “marque” entre guillemets –seront transférés vers Anima Nostra, qui pourra aussi récupérer les subventions de la Ville de Montauban et du Département de Tarn-et-Garonne. Cela assure une continuité aux Passions. Notre administrateur, Pierre-Bernard Kempf, prend sa retraite, et Aurélie Malka, notre chargée de production, sera embauchée par Anima Nostra pour continuer à s’occuper des Passions. Et j’espère bien que notre extraordinaire attachée de presse Catherine Kauffmann-Saint-Martin qui a fait un travail incroyable avec nous depuis le début pourra continuer de nous soutenir !

Daphnis Alcimadure Nin

Les Passions & le choeur Les Eléments en 2022 dpour Daphnis & Alcimadure © Patrick Nin

M.B. : Donc, ce n’est pas votre retraite de la direction ! On est rassurés ! Les Passions continuent d’exister.

J-M. A. : Non, non, je ne pars pas comme ça ! Les Passions resteront une structure indépendante, un orchestre baroque à côté de Dulci Jubilo. Christopher pourra très bien le diriger selon ses projets, mais il veut absolument que je continue à assurer mon rôle de directeur musical de l’orchestre. Je suis déjà à la retraite du Conservatoire de Montauban depuis cinq ans, mais je continuerai d’assurer la direction musicale des Passions, cette fois-ci sous l’égide d’Anima Nostra. Bien sûr, quand Christopher aura besoin d’un orchestre pour un programme avec Dulci Jubilo, il aura ce qu’il faut sur place. Quant aux Arts Renaissants à Toulouse, c’est un coup de main bénévole que je donne pour la programmation.

M.B. : Cette nouvelle nous réjouit ! Du coup, quels sont les projets à venir avec Les Passions ? Avez-vous de nouvelles pépites à défricher ?

J-M. A. : Oui ! Avec Dulci Jubilo, nous partageons actuellement un programme qui a un grand succès : « 1643, l’héritage italien ». 1643 est une date importante : c’est l’année de la mort de Monteverdi et de la naissance de Charpentier. C’est aussi la mort de Louis XIII, de Frescobaldi, la naissance de Newton… J’aime bien donner ces repères au public. Dans ce programme pour six chanteurs de Dulci Jubilo et quatre instrumentistes des Passions (deux violons, viole de gambe et orgue …et par moments ma flûte à bec), nous faisons dialoguer les Litanies à la Vierge de Monteverdi avec celles de Charpentier. Et pour faire la transition, nous avons choisi Carissimi et son oratorio Jephté daté de 1648. Carissimi est un peu dans l’héritage de Monteverdi et il a été le professeur de Charpentier à Rome : la filiation est parfaite. Ce programme symbolise un peu notre collaboration, d’ailleurs nous nous partageons la direction.

L’année prochaine, nous allons monter le célèbre Te Deum H.146 de Charpentier pour marquer le coup avec une œuvre plus grand public.

M.B. : Un grand classique ! Avec quoi pensez-vous le coupler ?

J-M. A. : Nous complèterons le programme avec deux motets de Campra (encore la musique du Sud !). Le sublime De Profundis et un Cantate Domino que j’ai édité il y a deux ans.

Jean-Marc Andrieu lors des représentations de Daphnis & Alcimadure à Montauban © Jacques Combalbert, 2023

M.B. : Est-ce que des projets discographiques sont prévus dans cette nouvelle configuration ?

J-M. A. : Pour le moment non, je n’ai pas de projet défini. Si des productions méritent d’être gravées, nous les enregistrerons, certainement à la suite des concerts, c’est une formule moins onéreuse. À ce sujet, nous avons eu la triste nouvelle du décès d’Eric Baratin il y a peu… Nous avons énormément travaillé avec lui ; nous avons fait treize disques ensemble (label Ligia). Il était extrêmement efficace et passionné, c’était un grand professionnel à qui l’on doit beaucoup. Il nous manquera.

M.B. : Après quarante ans d’aventures musicales, il doit y avoir des souvenirs marquants. Auriez-vous une petite anecdote à partager pour finir cette grande rétrospective de la vie des Passions ?

J-M. A. : (sourire) J’en ai une qui me vient à l’esprit : nous donnions en concert un programme de duos de Purcell avec Isabelle Poulenard et Guillemette Laurens. Je jouais de la flûte à bec pour les accompagner sur quelques morceaux. Je suis parti un peu vite de la maison, et en arrivant sur le lieu du concert, je m’aperçois que je n’ai pas la bonne flûte dans mon sac ! J’avais embarqué par mégarde une flûte à 440 Hz au lieu de 415 Hz ! J’ai dû passer tout le concert à transposer un demi-ton plus bas en direct… J’en ai encore les oreilles qui fument ! Ça s’est plutôt bien passé, personne n’a rien remarqué, mais j’ai eu très chaud !

M.B. : Un grand merci Jean-Marc pour cet échange. A bientôt !

J-M. A. : Merci à vous. Je voudrais aussi en profiter pour remercier et dire un grand bonjour amical à tous les musiciens, mes fidèles compagnons de route, Flavio Losco violoniste, Yasuko Uyama-Bouvard organiste et claveciniste, Etienne Mangot violoncelliste et gambiste, ainsi que toute la bande des Passions que j’aimerais tous nommer et qui a fait de cette aventure ce qu’elle est.

La fine équipe des Passions Mexique

La fidèle équipe des Passions en 2019 lors d’une tournée au Mexique : (de gauche à droite) Fabienne Azéma, Catherine Kauffmann-Saint-Martin, Jean-Marc Andrieu, Aurélie Malka, Pierre-Bernard Kempf © Les Passions

 

Propos recueillis par Viet-Linh Nguyen le 14 septembre 2026.

Pour aller plus loin :

  • Le site officiel des Passions – Orchestre Baroque de Montauban et la 12ème édition du Festival Passions Baroques : www.les-passions.fr
  • Le concert anniversaire des 40 ans aura lieu le 8 octobre 2026 au Théâtre Olympe de Gouges de Montauban (82)
  • Les concertos pour flûte à bec, Telemann et Sammartini le 18 octobre à 17h au Festival Les Muses en Dialogue, Église de St Martin de Londres (34)
  • Le programme « 1643, l’héritage italien » sera donné dans le cadre de la saison des Arts Renaissants le 10 novembre 2026 à Saint-Pierre-des-Cuisines de Toulouse.
  • Le site officiel de l’ensemble Anima Nostra : https://animanostra.fr

 La fine équipe des Passions Mexique

Étiquettes : , Dernière modification: 21 septembre 2026
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