
“From Byrd”
William Byrd (1539-1623), Mass for 3 voices : Kyrie
Thomas Weelkes (1573-1623), Madrigals to 3-6 voices n°6 (1597) : “Cease sorrows now”
William Byrd, Mass for 3 voices : Kyrie (instrumental)
Lullaby (arrangement)
William Byrd, Psalmes, sonets and songs (1588) : “The Woods so wild”
William Byrd, Fitzwilliam Virginal Book, n°67
Thomas Weelkes, Ayres or Phantastick Spirits for Three Voices n°14 (1608) : “Four Arms”
Thomas Tomkins (1572-1656) : “A Sad paven, For these distracted times”
William Byrd, Mass for 3 voices : Gloria
Giles Farnaby (1560-1640), Fitzwilliam Virginal Book n°55 : For two virginals
Thomas Morley (1557-1602), Canzonets to Three Voices n°24 (1593) : “Springtime”
William Byrd, Mass for 3 voices : Sanctus, Benedictus
William Byrd, Graduala I (1605) : Memento salutis auctor
John Johson ( ?-1594), Marsh Lute Book : Rogero (arrangement)
William Byrd, Mass for 3 voices : Agnus Dei
Trio Musica Humana :
Martial Paulet, ténor, muselaar
Yann Rolland, contre-ténor
Igor Bouin, baryton
Elisabeth Geiger, muselaar
1 CD digipack, Seulétoile, 2026, 43’
Voici un disque que nous avions soigneusement laissé de côté, pour le plaisir d’y revenir. Du Trio Musica Humana (Martial Paulet, Yann Rolland et Igor Bouin)
Elisabeth Geiger, muselaarnous nous étions fait l’écho du concert au Temple du Foyer de l’Âme en octobre dernier. Les trois complices, suite à une rencontre initiée à la maîtrise de Notre-Dame de Paris, ont fondé cet étonnant trio qui depuis plus de quinze ans déjà s’aventure dans des projets audacieux et toujours surprenants, tel Bingo ! Un loto musical, leur nouveau spectacle décoiffant mis en scène par Corinne Benizio du duo Shirley & Dino…
Connaissant la vis comica dont ils sont capables, nous ne les attendions pas forcément dans ce registre bien plus tempéré du compositeur William Byrd (1539-1623) et de quelques autres de ses contemporains. Cet enregistrement évite les écueils de la facilité, tant ce répertoire madrigalesque de la musique anglaise, de la seconde moitié du seizième siècle et des débuts du dix-septième siècle, reste relativement confidentiel, du moins du côté continental de la Manche. C’est donc avec d’autant plus de plaisir que nous goûtons cette incursion dans la sobriété so british de la Mass for 3 voices (1591-1592) de William Byrd dont les différents chants se retrouvent hélas éclatés, laissant s’intercaler d’autres pièces, signées Thomas Weelkes, Thomas Tomkins, ou Thomas Morley, …sans qu’il ne faille voir dans cette récurrence du même prénom autre chose que le signe de la popularité de celui-ci en cette période élisabéthaine. Et notre Trio vocal devient parfois quatuor sur scène, s’associant la complicité d’Elisabeth Geiger au muselaar, et ancienne initiatrice de Martial Pauliat sur cet instrument qu’il pratique également. C’est l’occasion de quelques accompagnements et aussi de quelques exécutions solistes, du Kyrie instrumental de la messe pour trois voix de William Byrd, au gracieux et délicat For two virginals du compositeur Giles Farnaby (1560-1640), issu du Fitzwilliam Virginal Book (n°55) et pièce représentative de la musique anglaise de la fin de la Renaissance.
Mais c’est bien la musique de William Byrd qui sert de fil conducteur à cet enregistrement, et l’on admire l’intensité de cette Mass for 3 voices, à la beauté souveraine, offrant un dépouillement jamais synonyme de maigreur. C’est une épure apaisante, recherche d’une consolation divine. Le livret ose le parallèle entre cette œuvre et le Requiem de Gabriel Fauré, deux compositions portées par la même recherche de la grâce dans l’économie de moyens, sans rien concéder à la profondeur des sentiments, en une enjambée temporelle avec un parallèle hautement pertinent.
Si la sérénité et l’apaisement semblent irriguer cette Messe à trois voix de William Byrd, parfaitement rendue par le Trio Musica Humana, le calme n’est sans doute qu’apparent, tant le compositeur évolue dans une période troublée, politiquement et encore plus religieusement de l’histoire de l’Angleterre. Protégé, choyé par la reine Elisabeth Ière, qui apprécie sa musique lors des concerts donnés à la Chapelle royale, William Byrd, catholique de naissance, évolue dans un contexte encore marqué par la réforme religieuse quelques années plus tôt initiée par Henri VIII, créant l’Eglise d’Angleterre, véritable schisme vis-à-vis de l’obédience romaine. Hormis la parenthèse catholique de Marie Ière (1553-1558), l’Eglise Anglicane s’impose, confortée par la volonté, l’action et le long règne (1558-1603) d’Elisabeth Ière. Période trouble, marquée par la répression, parfois sanglante, les exils ou les relégations et dont les pièces de William Shakespeare, tout à fait contemporaines des compositions de William Byrd, se font l’écho, tantôt en filigrane, tantôt de façon plus clairvoyante. Byrd traverse cette période en gardant les faveurs royales dans un contexte marqué par la peur et l’opprobre, obtenant à partir de 1575 le privilège royal lui permettant de composer, jouer et vendre sa musique et « compose » au sens figuré avec le pouvoir royal, ce qui ne l’empêche pas de publier des compositeurs catholiques, à l’exemple de Thomas Campion (1567-1620…encore un Thomas).
Les trois voix de Martial Paulet, Yann Rolland et Igor Bouin apaisent et réconfortent avec une expressivité extraordinaire de simplicité et d’humanité rayonnante. On se laisse porter par ce climat de foi simple, dénuée d’atours et de tout accent de pénitence sacrificielle, qui nous cueille dans la fragilité de nos sentiments. Tout est affaire d’équilibre et notre trio sait en prendre la juste mesure, d’autant que, par définition, chacune des voix n’est portée que par un seul chanteur. Dans cet exercice sans filet, d’une confondante clarté et humilité, les trois membres du groupe excellent, ciselant leurs lignes, parfaitement posés et chacun à l’écoute des deux autres en un contrepoint éblouissant de transparence. On ne peut que redire notre admiration devant cette synergie parfaitement audible sur les plus émouvants chants de la messe, le Sanctus ou encore le Benedictus, compositions d’une grande intériorité introspective, auxquelles il ne faudrait pas oublier un Gloria très bel et complexe exercice d’enchevêtrement des lignes vocales.
L’autre intérêt de ce disque que de nous proposer quelques incursions chez des compositeurs contemporains, mais dont le nom est moins passé à la postérité, que ce soit Thomas Weelkes (1573-1623), représentatif de cette école anglaise du début du dix-septième siècle s’épanouissant notamment dans le madrigal et dont il nous est donné l’occasion d’entendre le très beau “Cease sorrows now” (1597). Un compositeur dont le relatif oubli n’a d’égale que la renommée dont il jouissait de son vivant. Mais aux autres pièces de Weelkes présentes sur ce disque, nous préférons nous attarder sur “A Sad paven, for these distracted times” (1649), composition de Thomas Tomkins (1572-1656), probable élève de William Byrd à qui il dédia l’une de ses compositions avec la mention sans équivoque « A mon ancien et très respecté maître, William Byrd ». Parmi les derniers représentants d’une musique anglaise de la Renaissance qui ne succombe pas encore aux charmes d’un baroque venu du continent (et principalement d’Italie), cette pavane triste est à apprécier pour sa simplicité première, très finement ornementée, conservant un caractère à la fois ancillaire et champêtre du plus bel effet.
Ce premier disque du Trio Musica Humana nous invite à une très belle redécouverte du répertoire anglais de la toute fin de la Renaissance : précision, clarté et relief caractérisent cet enregistrement, que nous espérons être le premier, mais pas le dernier, de notre trio humaniste.
Pierre-Damien HOUVILLE
Technique : captation très claire et homogène.
Étiquettes : Angleterre, Bouin Igor, Byrd, Farnaby Giles, Geiger Elisabeth, Johson, Morley Thomas, Muse : argent, Paulet Martial, Rolland Yann, Seulétoile, Tomkins Thomas, Trio Musica Humana Dernière modification: 4 mai 2026
