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Du bout des doigts (Weiss, Pièces de luth, Diego Salamanca – Seuletoile)

Voici la première incursion discographique en solo pour le luthiste Diego Salamanca, dont le nom est familier aux mélomanes fans de l’Ensemble Pygmalion ou Correspondance. Et l’artiste, également passionné de photographie, a décidé d’enregistrer entre les vieilles pierres du donjon de Vez (Oise), entre froidure médiévale et art résolument moderne…

Silvius Leopold WEISS (1687-1750)
Pièces de luth 

Diego Salamanca, luth (facture non précisée, ce qui est dommage, on suppose un 13 chœurs germanique ?)

Enr. mars 2019, Seulétoile, 77’24.

Voici la première incursion discographique en solo pour le luthiste Diego Salamanca, dont le nom est familier aux mélomanes fans de l’Ensemble Pygmalion ou Correspondance. Et l’artiste, également passionné de photographie, a décidé d’enregistrer entre les vieilles pierres du donjon de Vez (Oise), entre froidure médiévale et art résolument moderne, un opus consacré à ce géant du luth qu’est Silvius Leopold Weiss, innovateur en termes de facture de l’instrument (ajout de 2 chœurs, de la “tête de cygne”, allongement du manche pour gagner davantage en tessiture), compositeur prolifique et reconnu de l’avant-dernière période faste de cet instrument qui résista tout de même jusqu’au préclassicisme. Si le livret en fait exagérément un créateur “malheureusement méconnu de la grande histoire de la musique”, ce auquel nous ne souscrivons guère (d’ailleurs la discographie de Weiss est pléthorique), il est vrai qu’au-delà des cénacles de théorbistes et luthistes, Weiss reste à l’ombre. La faute à sa production de plus de 600 pièces de luth, mais sans incursions dans d’autres genres ou instruments. Point d’opéras, de cantates, de musique de chambre…  Certes il y eu des concertos pour luth, mais ils se sont perdus dans la poussières des siècles. Weiss restera donc l’homme des cordes pincées.

Diego Salamanca rend hommage à cette figure qui guida son parcours de musicien. Son luth clair et très articulé, qui rappelle un peu en moins perçant celui d’Eugen Dombois, laisse transparaître son passé de guitariste dans une manière de détacher les arpèges et de leur conférer une ligne pointilliste et ondulante. Privilégiant l’aisance du discours à la verticalité fière, lyrique et mélodique, souvent attendrissant, Diego Salamanca aborde son parcours comme une confidence : si l’on se risquait à la comparer à ses confrères, on le décrirait moins noble et sophistiqué mais plus spontané qu’Hopkinson Smith (Astrée Auvidis), moins abstrait et intellectualisé que Jakob Lindberg (Dux / Bis), moins dansant et direct que Barto (Naxos). Sa discrète fluidité, sa fraîcheur naturelle, son épanchement bien tempéré, la franchise directe du jeu respirent un langage détendu et attentif, pudique et d’une indicible subtilité. Peut-être un peu plus de mise en valeur du spectre grave, et de soupirs dans le phrasé auraient été appréciable mais voici un disque qui émeut par sa sincérité, sa lumière, son éloquence modeste et coulante qui rend le contrepoint aimablement lisible. Un très beau disque, qui charme plus qu’il ne montre.

 

 

Viet-Linh Nguyen

 

Étiquettes : , , , , , Last modified: 12 mars 2021
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