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Sublimement daté (Monteverdi, Selva Morale & Spirituale – Corboz, Erato)

Parfois, en faisant son ménage de printemps, l’on tombe sur de vieilles galettes, de grosses galettes, des LP édités entre 1967 et 1969 chez Erato, énormes coffrets reprenant la quasi intégrale – sans les messes – du recueil de la Selva Morale et Spirituale de Monteverdi (imposant recueil de 40 œuvres édité par Monteverdi en 1641). Y sont aussi adjoints des œuvres du recueil ultérieur de 1650.


Claudio MONTEVERDI (1657-1643)

Selva Morale et Spirituale

Alto – Claudine Perret, Magali Schwartz
Bariton – Philippe Huttenlocher
Basse – François Loup, Oscar Lagger

Ensemble Vocal De Lausanne
Sopranos Vocals – Wally Staempfli, Yvonne Perrin
Tenors – Eric Tappy, Olivier Dufour, Pierre-André Blaser, Vincent Girod

Ensemble Instrumental De Lausanne
Trombone – Jacques Barraud, Roland Schnorhk
Violons : Anne-Gabrielle Bauer, Ilse Mathieu, Jean-Pierre Moeckli
Basson – Assaf Bar-Lev
Violoncelles – Françoise Winzap, Marçal Cervera
Orgue – André Luy, Dante Granato

Dirigé par Michel Corboz
Réédition coffret 6 CDs, Erato, enr. 1967-1969.

Sublimement daté
Parfois, en faisant son ménage de printemps, l’on tombe sur de vieilles galettes, de grosses galettes, des LP édités entre 1967 et 1969 chez Erato, énormes coffrets dirigés par Michel Corboz reprenant la quasi intégrale – sans les messes – du recueil de la Selva Morale et Spirituale de Monteverdi (imposant recueil de 40 œuvres édité par Monteverdi en 1641). Y sont aussi adjoints des œuvres du recueil ultérieur de 1650.

Alors, on hésite à descendre ce mammouth historique dans sa cave, et d’envoyer se rhabiller la soupe des instruments modernes de l’Ensemble Vocal et Instrumental de Lausanne, le chœur à 11 voix pléthorique, l’approche pâteuse, lourde et emphatique qu’une prise de son bien cotonneuse enveloppe de son ouate embrouillée. Et puis ces dérives un peu opératiques, ces tempi de patachons. Allez, vlan, à l’index !

Et puis, entre des passages à l’interprétation totalement obsolète, et qu’un Christie ou qu’un Konrad Junghanel (Harmonia Mundi) ont définitivement relégués au niveau de curiosité interprétative, on goûte soudain des moments de pure grâce, souvent en petits effectifs : mysticisme intense, naturel de la ligne, beauté des aigus, noblesse de la déclamation d’Eric Tappy, inoubliable Orfeo de la version de Corboz de 1968 qui pâtit de la même inégalité (Erato).

C’est ainsi une interprétation sensible, intelligente, modeste, avec des pépites comme ce trop bref Sancta Maria pour soprano et alto, un Salve Regina pour alto, ténor et basse délicatement ciselé telle une dentelle gothique… En fait, tous les motets à voix seule, deux ou trois voix, malgré des articulations trop démonstratives, un phrasé languissant, une prononciation peu idiomatique, dénotent une très belle musicalité, concentrée, attentive au contexte liturgique, hédoniste dans sa recherche des harmonies.

Certes, la Pianto della Madonna ou le Lasciate mi morire (parodie du lamento d’Ariana) trop connus ont vu depuis de meilleurs jours. Mais, de manière sélective, la vision certes musicologiquement bien dépassée et un peu lourde de Corboz n’est pas tout à fait de celle que l’on peut si facilement dédaigner, et le coffret touchant et précurseur échappera aux oubliettes souterraines.

Viet-Linh NGUYEN

Étiquettes : , , , , , Last modified: 27 juin 2020
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