Les surprises de l’amour
C’est en termes discourtois mais néanmoins réalistes que le roi du Portugal Dom Joao V (1706-1750) désigna sa fille Donha Maria Barbara quand elle s’en allait convoler avec le Prince des Asturies Don Fernando. Si bien des chocs physiques étaient de coutume à l’époque baroque du fait des mariages arrangés par procuration, ce fut sans doute le caractère, les talents et l’érudition de la princesse portugaise qui conquirent le cœur de son époux et le regard de l’Histoire…
“Les hommes rêvent du retour plus que du départ.” (Paulo Coelho)
Alors que la maison de Pietro Trapassi dit Métastasio au cœur de Rome tombe en lambeaux sous le poids de l’oubli général, sort dans les bacs un recueil musical qui réunit trois compositeurs napolitains dont deux furent de ses plus grands orfèvres : Porpora et Leo.
Canzona, canzona
Trabaci, un nom qui sonne comme l’appellation sucrée d’une ville d’Italie, alors que les premières notes d’une Gagliarda énergique et souriante font songer irrésistiblement à du Frescobaldi sous le toucher coloré et ductile de Lydia Maria Blank. Trabaci, auteur prolifique célèbre à l’époque pour sa musique pour clavier, et dont la jeunesse reste nimbée de mystère, Trabaci enfin organiste de l’Oratorio dei Filippini, puis de la Chapelle des Vice-Rois de Naples.
Cantica Sacra
Des Cantica Sacra, l’auditeur se souvient peut-être qu’un enregistrement en avait été donné par le Ricercar Consort en 1992, avec entre autres Greta de Reyghere, Hervé Lamy, et Max Van Egmond, Philippe Pierlot et Sophie Watillon… Enregistrement d’ailleurs publié chez Ricercar, comme le présent : que l’on ne s’y trompe pas, celui-ci n’est pas une réédition de l’ancienne version.
Galimatias en rondeau
La Holland Baroque Society a choisi de bâtir chacun de ses projets artistiques en compagnie d’un directeur musical chaque fois différent. C’est au tour d’Alexis Kossenko, flûtiste et musicologue dont le répertoire s’étend de la Renaissance au XXéme siècle, de diriger la phalange hollandaise autour de ce programme dédié à l’un des caméléons de la musique baroque : Georg Philipp Telemann.
Ecce quod natura
Pour les mélomanes du XXIe siècle, le nom de Gilles Binchois se rattache avant tout à des chansons d’amour courtois, dont une quarantaine a traversé les siècles jusqu’au nôtre. Issu d’un milieu bourgeois, Gilles de Binche aurait dans sa jeunesse porté les armes avant de se consacrer à la vie religieuse.
"When Laura smiles…"
Faire des tubes de John Dowland un disque — que tout jeune étudiant en élisabethainisme a déjà croisé au moins une fois dans sa vie pour la plupart, constitue un pari osé et dangereux. Mais ce n’est pas un crime. Surtout quand ce qui nous est donné à entendre n’est pas mauvais, pour user d’une litote, comme c’est ici le cas.
“Mais ce qui reste est l’œuvre des poètes” (F. Hölderlin, Souvenir)
Une parenthèse pour commencer, celle qui nous pousse à louer ces jaquettes traditionnelles ornées de toiles de maîtres, où de caractères typographiques avec d’élégants empattements énoncent le programme. Certes, le docte et élitiste concerti, quadro, sonate con basso di viola solista cède la place au plus resserré Viola di gamba qui claque comme une promesse exotique…
Desmazures digne d’un palais
Voici un enregistrement qui remplira d’aise les amateurs de musique du Grand Siècle. Comme l’explique avec une érudition fluide Josep Dolcet dans les notes accompagnatrices, la présence de Philippe V sur le trône de Madrid n’entraîna pas l’importation et la vogue du style français dans la Péninsule, du fait notamment des goûts personnels du monarque.
“J’aimerais mieux avoir peint la chapelle Sixtine que gagné bien des batailles même celle de Marengo ” (Gustave Flaubert)
Et bien la voici cette Chapelle Sixtine colorée, avec ses corps virils et musclés, son mouvement, l’effroi de son Jugement dernier, ses corps contorsionnés en apesanteur ! Nos confrères semblent unanimes, et comme un chevalier banneret à l’appel de son suzerain, nous nous alignerons avec eux cette fois-ci en bataille…
“Armide enfin lève les yeux…”
Il est intéressant parfois, quand on aime le répertoire baroque, de s’arrêter un peu sur le merveilleux et la magie dans cet art qui nous passionne. Si la présence des scènes de démons, des destructions massives de cités entières, les tempêtes et la magie sont des poncifs de l’opéra de l’âge moderne, le personnage de l’enchanteresse plus que sorcière est essentiel au monde musical baroque.
“Personne, me semble-t-il, / N’accorde de valeur à aucun don de Nature, / Pour valable qu’il soit, / S’il ne se trouve coloré / Par l’obscure et ténébreuse clarté de Fortune”
La première messe écrite par un seul homme ! Pensez-donc si c’est une date. Dans l’histoire des productions humaines, les moments où l’artisanat succède victorieusement à l’industrie ne sont pas si courants… Alors redisons-le : bien avant la Messe en si, de qui vous savez, et le Requiem, de qui vous voulez, il y eut cette Messe de Notre-Dame, de Guillaume de Machaut.
Danse thérapeutique
Chaque année Alpha réédite un CD phare accompagnant son catalogue qui devient de plus en plus époustouflant tant il allie audace et beautés visuelle et auditive. Le choix de cette année met en pleine lumière un enregistrement de 2001 (déjà !) qui est devenu culte et qu’il fait bon de réécouter.
“Le déguster comme un bon vin”
Après sa dernière escapade mystique en terre orientale (Laudes, Zig Zag Territoires), Doulce Mémoire renoue par cet enregistrement avec la musique à danser du XVIème siècle qui a marqué ses débuts. Période florissante et généreuse, la Renaissance a permis aux différents divertissements de prendre un essor considérable.
Menus plaisirs
Ce disque rassemble deux types de pièces : d’un côté des parodies spirituelles et de l‘autre des chansons anticléricales sur des airs connus du XVIIIe siècle qu’on appelle vaudevilles — s’y ajoutent encore quelques pièces instrumentales…
MDCLXX
Rome, en 1670, sort d’une longue période pendant laquelle, sous l’impulsion de papes tels qu’Urbain VIII, Innocent X ou Alexandre VII, a émergé un florissant décor baroque. Eglises et basiliques, places monumentales et fontaines, palais et villas, oratoires et colonnes votives, tout n’est plus que mouvements et chantournements, baldaquins torses et encorbellements, frontons festonnés et tympans ornés de mille fioritures.
Sauce piquante : “Convidando está la noche aquí de musicas varias.” (Sor Juana Ines de la Cruz)
La découverte de la musique baroque des Amériques n’est plus à faire, des ensembles tels que Elyma de Gabriel Garrido, Le Concert des Nations de Jordi Savall ou L’Arpeggiata de Christina Pluhar se sont chargés de débusquer et de ramener des lointaines jungles, missions et villes ensoleillés ces petits bijoux ciselés dans les forges syncrétiques du Nouveau Monde.
Une mezzo au royaume du baroque français au XVIIIème siècle
Quel plus improbable équipage pour explorer le répertoire français du XVIIIème siècle qu’un chef anglais (certes, assurément le plus français de tous !) et une mezzo suédoise formée à Londres ? Car la tragédie lyrique française exige à peu près la même maîtrise de la diction de la langue que le théâtre de Racine ou de Corneille.
