
© Muse Baroque, 2026
Au cœur du bourg d’Ambronay, à deux pas de l’abbatiale, en descendant en contrebas, et en manquant de chuter dans une venelle en travaux, l’on trouve une élégante plaque gravée en latin sur la façade d’une longue demeure modeste, mais indubitablement ancienne. Piqués de curiosité, nous avons pris en photo la plaque puis patiemment retranscrit le texte à partir de photos (les parties usées sont hypothétiques) :
AEDIFICIVM CVM HORTO QVATVOR PAV-
PERIBVS EX GENS NOSTRA BRESSIA ET
PROB. MORIB. VSVM A NOBIS FVI ET VSVI DESTINATV
DOM. GASTON DE GOZON REGIS A CONSILIIS ET REX
IN OLLIVS SVB REGIMINIS TERRE ET BARON. BELLIMON-
TIS. AMICO DOMBAS DOMINO INSTRVCTVRVM ME ES-
SE NVT. ROUYER NOT. REGIO CONFECTO DIE I. M. IVNII
ANN. 1725 REEDIFICAT. EST ANN. 1726 CVRA ET
SYMPTI. DOMINOR. CAROLI EMMAN. DE MARRON SEI-
TVR. D. TYRRIS NERVIL. DOM. NICOLAI DE MARRON EQVITIS
TORQVATI BARON. MEILLONAC ET DOM. EIVS CONIVGIS ATQVE
D. MARIÆ AGRICOLÆ DE MARRON D. BELLIMI BARON. DOMIN. PETRÆ
CALOMONT ET BLANCHER DOMINI DVCIS DEDITI VTH IN LEGIONE
CONDEÆ QVATVOR SVCCESSOR. D. D. GOZON CVI EOS VNICI CV-
STODIS ET SVCC. SVOS VNIT STAMINA
D. DE BANA QUOTANNIS EROGARE VOLVIT SEX BICHETAS FRV-
MENTI SEX FABAR. SEX HORD. SEX FABA SOPHIM. ET SEX TVRRES
ET ESTVD MARMORIS CVM INSCRIP P. ADVERS. OPPI. PONI IVSSIT

© Muse Baroque, 2026
La traduction française serait celle-ci, en respectant la disposition ligne à ligne :
“Ce bâtiment avec jardin, destiné par nous à la résidence et à l’usage de quatre pauvres de notre pays de Bresse et de vertueuses mœurs,
que Messire Gaston de Gozon, conseiller du Roi et du Roi [Très-Chrétien],
sous l’administration du domaine et de la baronnie de Belmont, ami et seigneur de Dombes, s’était engagé à faire édifier
selon l’acte passé devant Mᵉ Rouyer, notaire royal, conclu le 1ᵉʳ jour du mois de juin
de l’an 1725, a été reconstruit en l’an 1726 par les soins et
aux frais des sieurs Charles-Emmanuel de Marron, seigneur de Tourris et Nervieux, Messire Nicolas de Marron, chevalier
de l’Ordre [du Roi], baron de Meillonnas et sa dame épouse, ainsi que
de Dame Marie-Agricole de Marron, baron de Belmont, seigneur de Pierre-Châtel et Blancher, le tout dévolu au sieur capitaine du régiment
de Condé, tous quatre successeurs du sieur de Gozon, qu’il a unis comme ses uniques gardiens et héritiers au fil de son existence,
et du domaine de Bana, il a voulu faire distribuer chaque année six bichets de froment, six de fèves, six d’orge, six de vesces et six tours [de grain],
et il a ordonné de placer ce marbre gravé avec cette inscription sur la façade faisant face au bourg.”
le mystère est levé, et la boule de gomme peut rouler… Il s’agit de l’Hôpital ou Hospice des Pauvres, un établissement de charité fondé en 1725 par Messire Gaston de Gozon, conseiller du Roi et seigneur de Dombes. Il était destinée à offrir le gîte, le couvert et un jardin à « quatre pauvres du pays de Bresse et de bonnes mœurs », d’où sa petite taille, et ne dépendait pas directement de l’Abbaye. cette institution privée témoigne de l’évergétisme du XVIIIᵉ siècle français. Selon la plaque, l’hospice fut reconstruit dès 1726 par les héritiers du fondateur — la prestigieuse famille de Marron, barons de Meillonnas et seigneurs de Belmont —, et doté d’une rente annuelle perpétuelle en grains (froment, fèves, orge et vesces) pour assurer la subsistance de ses hôtes. C’est ce bâtiment sans prétention qui se niche là.
Alors, la prochaine fois que vous allez à Ambronay, n’hésitez pas à faire un tour Passage des Conches !
Viet-Linh Nguyen
Étiquettes : Ambronay, festival Dernière modification: 24 septembre 2026
