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Le saviez-vous ? Stabat Mater de Pergolèse, un air de déjà-vu

 

Santa Maria ad Ogni Bene dei Sette Dolori à Naples, l’église a été amplement remanié à l’époque de Pergolesi au cours du XVIIIe siècle, notamment dans les années 1730 avec l’ajout de l’escalier extérieur. Détail du portail de la fin du XVIe siècle. Source : Wikimedia Commons (retravaillée)

Pergolèse. Au même titre que les Quatre Saisons, le moindre adolescent en goguette, peut fredonner “Staaaaabat M-a-ater do-lo-ro-sa” sans trop se souvenir où et quand Mirella Freni lui a gorgé les oreilles. Les versions de référence abondent (pour notre part on s’en tiendra à Gérard Lesne  & Véronique Gens dans une vision doloriste, intense et flottante chez Virgin, ou la version enflammée de Philippe Jaroussky sus la baguette mesurée de Fasolis chez Erato) et les commentateurs ressortent à qui mieux mieux les deux mamelles de Giovanni Battista : la gentillette et drôlette Serva Padrona (dont les minauderies de soubrettes amusent), et le Stabat Mater, lyrique, théâtral archaïsant, composé en 1736, chant du cygne, testament musical d’un compositeur de génie qui s’éteint à l’âge de 26 ans le 16 mars de cette même année, terrassé par sa phtisie. 

Alors novateur ou archaïque ce Stabat, mon capitaine ? Les deux pardi. Car il y a clairement un hommage et un air de déjà-vu à cette œuvre, puisqu’un Stabat a chassé l’autre. En effet, le motet de Pergolèse fut commandé à Pergolèse peu avant son départ pour le monastère de Puzzuoli près de Naples au début 1736, par le Duc de Maddaloni, son mécène et violoncelliste amateur.

Cette ultime œuvre du compositeur, devait remplacer le Stabat Mater d’Alessandro Scarlatti et en conserve à la fois l’effectif vocal pour deux voix chantées (traditionnellement soprano et alto, sans doute des castrats) et le petit ensemble instrumental  (violon 1, violon2, alto, basse, basse continue). Il devait être donné à Santa Maria dei Sette Dolori, où le duc possédait une chapelle votive et faisait exécuter des œuvres religieuses chaque troisième dimanche de septembre. Une origine lus controversée pencherait sinon pour une commande de 1734 d’une archiconfrérie de Naples, les Cavalieri de la Vergine dei Dolori toujours pour remplacer le Stabat Mater d’Alessandro Scarlatti. 

Déclamatoire et décoratif à la fois, traitant les deux voix comme un petit concertino comme Scarlatti, reprenant même des fragments mélodiques de son Stabat comme de son Salve Regina avec des procédés d’échos, oscillant entre dépouillement ample de la ligne mélodique et virtuosité, obtenant un tissu instrumental dense malgré la modestie des voix, le Stabat Mater de Pergolèse (comme son Salve Regina en fa mineur) rappelle incroyablement Alessandro. L’œuvre connut un succès immense dès l’époque, Bach l’adapta en la complexifiant en Psaume 51 (superbe version avec Maya Boog & Michael Chance chez DHM), on le joua jusqu’au Danemark dès 1745, tandis que le Concert Spirituel le tritura avec plus ou moins de bonheur (un enregistrement malheureux de Vincent Dumestre chez Alpha montre ce bidouillage avec enfants de chœurs moyennement convaincant), et que Paisiello en fit une version pour instruments à vent (on s’égare, on s’égare, il eut mieux valu qu’il continuât de fournir des motets pompeux pour le Premier Consul).

 

Viet-Linh Nguyen

Étiquettes : , , , , Last modified: 12 novembre 2021
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