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Un tramway nommé désir : recréation du grand bassin de Le Nôtre (Saint-Germain-en-Laye)

Le projet de Tram 13 permettra de recréer le bassin central du Grand Parterre des jardins de Le Nôtre au Château de Saint Germain en Laye. On espère bien que les travaux ne vont pas conduire à des vibrations sous le jardin du Château, et l’on se réjouit que le couloir de correspondance avec le RER A ait contraint à l’ouverture d’une large tranchée sous le jardin, dans l’axe de l’ancien grand bassin disparu de Le Nôtre. Un tramway a parfois du bon.

“Je relis Les Caractères de La Bruyère. Si claire est l’eau de ces bassins, qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur.”
(André Gide, Journal, 26 septembre 1926)

 

Fig. 1 : Vue aérienne de la façade Sud du Château Vieux et du Grand Parterre de Le Nôtre © Antoine Grondeau avec son aimable autorisation. On voit bien l’emplacement vide du Grand bassin au centre, et en haut à gauche un petit bassin engazonné et doté d’une statue de l’Amour et la Folie dans la 2nde moitié du XIXème. L’autre petit bassin en haut à droite, vers la ville a été rétabli avec l’enfouissement du RER en 1972.

Saint-Germain-en-Laye. Un château insuffisamment connu et visité, et dont la désaffection date déjà du XVIIIème siècle, qui vit la destruction du fameux Château Neuf qui tombait en ruine, et dont les quelques vestiges, notamment des terrasses (récemment restaurées) ne permettent guère d’en imaginer la splendide fantaisie italianisante (cf. Fig. 3). 

Fig. 2 : Adam Pérelle, Vue du Château-Vieux du côté du jardin – Source : Fonds du Musée Nationale d’Archéologie de Saint-Germain-en-Laye © Valorie Gô

Rien, sinon des graviers. Voilà tout ce qu’il nous reste de la grande corbeille imaginée par Le Nôtre (cf. Fig. 1, 2, 3, 4 et 5) en plein dans l’axe Nord du Château Vieux. Mais, avant de déplorer la perte de ce grand bassin, revenons sur sa genèse voire même – de manière plus que provocative en un scoop journalistique du plus bel effet et dont nous sommes les premiers surpris –  sur sa supposée existence. Car l’histoire de ce Grand Parterre, tout comme le faucon maltais, est nimbée de mystère et faites de ce dont on fait les rêves. Aussi nous nous excusons d’avance pour toute erreur, approximation ou omission et appelons de nos vœux la poursuite des travaux scientifiques sur l’histoire des châteaux et jardins de Saint-Germain-en-Laye.

Nous sommes vers 1660. A Saint-Germain, extraordinaire site niché sur un plateau calcaire dominant la Seine de 60 mètres environ avec vue sur l’ouest parisien voit se côtoyer deux châteaux à l’orientation divergente (cf. Fig. 3) :

  • sur le site du premier château féodal des Capétiens, et avec des restes médiévaux toujours englobés dans la construction des Valois 1, le “Château Vieux”, splendeur de la Renaissance édifié notamment sous François Ier et achevé sous Henri II. Assez délaissé au Grand Siècle pendant la Fronde  (on se souvient de la fuite du Louvre et de l’arrivée misérable de la Reine et du Roi en 1649), les aménagements intérieurs ont ensuite été rénovés entre 1664 et 1680 par Louis XIV qui en fait l’une de ses demeures favorites. Hélas, le Roi décide de confier à Hardouin-Mansart en 1680 le soin d’y loger toute la cour, et ce dernier ajouta telles des coquilles d’escargots 5 grosses horreurs (pardon “pavillons”) défigurant le château Renaissance déjà composite en rompant la verticalité aérée des élévations. Très étrange décision que celle-là, prise tardivement en 1680, réalisée entre 1681 et 1685 alors que le Roi allait délaisser bientôt ce séjour pour Versailles dès mai 1682, et y laisser Jacques II Stuart en exil 2
  • sur le haut bord du plateau dominant la vallée de la Seine, un Palais d’Eté à l’italienne édifié sous Henri II, agrandi considérablement par Henri IV, avec ses superbes terrasses et grottes dominant le fleuve. Hélas, souffrant déjà de problème de fragilité du bâti dès Henri IV, fissuré dès Louis XIV, abandonné au XVIIIème siècle et menaçant ruine, la Révolution coupa court aux projets de reconstruction du Comte d’Artois et il servit de carrière de pierres après la vente des biens nationaux. En subsiste notamment le “Pavillon Henri IV”, le Mur des Lions et la Rampe des Grottes froidement et récemment restaurée.

Fig. 3 : Claude Chastillon (c. 1559 – 1616), Vue cavalière des châteaux et des terrasses de Saint-Germain-en-Laye. Source : Wilimedia Commons. L’on voit bien la Seine au premier plan avec le Château Neuf et ses terrasses à l’italienne, puis le Château Vieux, d’allure encore très médiévale dans sa silhouette, en forme de trapèze, à l’arrière-plan. Certaines compositions des jardins paraissent fantaisistes.

Génèse du Grand Parterre
Pour unifier les jardins et épurer la composition, le Nôtre va créer de 1663 à 1671 un axe Nord-Sud avec le Grand Parterre. Sur le site d’un vieux jardin clos de François Ier, sous les fenêtres mêmes de l’appartement du Roi, il nivelle le mur d’enceinte, érige une terrasse sur toute la longueur du bâtiment, abaisse de 30 cm le niveau du futur parterre : Le Nôtre crée en paysagiste une composition monumentale destinée à être vue à la fois des fenêtres du Château Vieux et de la nouvelle terrasse.

Elle sera rythmée de deux énormes parterres de broderies et trois bassins circulaires : un grand et deux petits. Le Nôtre fait en sorte que l’allée centrale semble se prolonger à perte de vue dans le parc. Pour cela, point de grille ou de murs, mais un saut de loup (fossé sec) qui ne bloque pas la perspective (cf. Fig. 2 et 4)

Fig 4 : Adam Pérelle (1638-1695), Veüe et perspective du Jardin de St Germain en Laye et de l’avenue pour aller à Maison. [Paris] : N. Poilly, s.d. [ca 1675] Musée d’archéologie nationale, Iconothèque – Source : Fonds du Musée Nationale d’Archéologie de Saint-Germain-en-Laye © Valorie Gô. On observe d’ailleurs au-delà du bassin central des allées latérales avec parterres en broderies et bassins annexes qui ne constituent un état imaginaire jamais réalisé (cf. plans infra).

Les difficultés d’approvisionnement en eau limitèrent le génie créatif de Le Nôtre à Saint-Germain en ce qui cascades, bosquets, miroirs, et autres jeux d’eau dont il était si friand. Du fait de la forte déclivité de la pente vers la Seine (30%), un dispositif de pompe similaire à la machine de Marly, (voire un réseau gravitaire de drainage des étangs, ou des tours-réservoirs en hauteur) auraient été les coûteux outils nécessaires pour alimenter bassins et jets. Hélas on n’en trouve trace, ni archéologique, ni archivistique.

Poussant le raisonnement plus loin, certains spécialistes semblent rouvrir le débat sur l’existence même du Grand Bassin, malgré les abondantes sources iconographiques contemporaines. En effet, l’on note comme dans toutes les gravures de Pérelle ou d’Aveline du temps (comme chez Du Cerceau et consorts) une propension à représenter un état idéal, ce dont témoignent par exemple les divergences entre elles (comparez les Fig. 2 et 5), et avec les plans. A propos de ces derniers, là encore, il faut prendre garde à différencier les états projetés des états réalisés, ou même des plans approximatifs gravés, à vocation plus décorative, et qui dont la précision n’est pas le premier chef. La dépiction de bassins inexistants et d’allée vers la forêt chez Pérelle est ainsi un état rêvé, une fantaisie de l’esprit, un semi-caprice architectural (Fig.4).

Fig. 5 : Pierre Aveline (1656-1722), Vue et perpective du Château Vieux de Saint-Germain vu du jardin. Source : Fonds du Musée Nationale d’Archéologie de Saint-Germain-en-Laye © Valorie Gô.

Malheureusement, les comptes des bâtiments du Roi, passation de marchés, ou mémoires d’époque manquent. L’une des hypothèses serait ainsi que le Grand Bassin n’aurait jamais été construit, ou alors aurait été réduit simplement à sa margelle sans mise en eau. De manière similaire se pose la question des deux petits bassins proches du château. 

Qu’est devenu le Grand Parterre ? Des plans, des plans et encore de petits plans…
Or en mai 1682 Louis XIV se fixe définitivement avec la Cour à Versailles, quittant le climat sain et la vue de Saint-Germain-en-Laye pour des marais putrides remodelés par sa volonté herculéenne. Rapidement le Grand Parterre décline, trop coûteux à l’entretien pour nos Stuart en exil et les deux parterres sont engazonnés. 

Un plan de Le Nôtre (que nous n’avons pas pu consulter) signalerait que les bassins ne sont pas (encore) réalisés en 1685. Cependant, la Carte de la Forest Royalle de Saint-Germain-en-laye et ses Environs de Claude Caron, dressée en 1686 (Archives Nationales, N/II/Seine-et-Oise/107) et qui couvre aussi la ville, maison par maison, montre bien les 3 bassins. C’est un plan digne de confiance, puisque Caron était “géographe et arpenteur ordinaire du roi”, inspecteur des eaux et forêt. C’est en outre un Saint-Germanois qui acquit en en 1693 l’Hôtel de Fieubet (Archives Nationales, cote N/II/Seine-et-Oise/107.)

D’autres plans datés respectivement de janvier 1684, 1696 (tous deux aux Archives Nationales, cote 011720 B op. cit. in Hazlehurst, 2006), 1705 (Archives des Yvelines, cote 2Fi 9 également conservé à la BnF), et 1709 (Bibliothèque Nationale de France, cote GE DD-2987 (843 B)) représentent bien de manière concordante les 3 bassins, à un jet central. 

Fig. 6 : George Boissaye du Bocage (1626-1696), Plan general de St Germain en Laye et des environs tant du costé de la rivière que du costé de la Forest (1709) -Source : Gallica / BnFFi

Un autre plan non précisément daté du XVIIIème siècle de P.P.J. Jossigny et Duparc, conservé aux Archives des Yvelines (Cote : 2Fi 70), montre à l’inverse un vide à l’emplacement des 3 bassins et une forme différente des parterres pour s’en accommoder. Ce plan étaye la thèse des tenants de la non-construction des bassins puisqu’on se demande bien pourquoi on les aurait supprimés plutôt que laissés sans eau, ou transformés en ronds de verdure. Notre supposition toute personnelle serait tout simplement que les bassins auraient été recouverts ou comblés à une date indéterminée au XVIIIème siècle, afin de ne plus avoir les 3 structures vides. Une carte conservé à la BnF dont on nous dit qu’il daterait de vers 1700 sème cependant le trouble sur notre chronologie (cf. Fig 7).

Fig. 7 : Détail d’un plan des deux Châteaux de Saint-Germain-en-Laye (vers 1700 ?) conservé à la BnF comme le montre le logo de Gallica mais que nous n’avons pu retrouver, et qui montre l’absence des 3 bassins, et le tracé rectifié des parterres engazonnés. Source : Association des amis du quartier Lorraine. Tous détails sur son auteur et sa datation seront bienvenus .

Régis Martin, l’architecte en chef des monuments historiques en charge de la reconstruction confirme qu’à ses yeux les 3 bassins ont bien existé, et en eau : “Le débat sur l’existence du grand bassin provient du fait que nous ne disposions pas d’archives écrites ou de prix faits relatifs à sa construction. Indépendamment des diverses perspectives gravées qui montrent les intentions du projet et l’esprit de la composition, nous connaissons plusieurs plans dont les couleurs et la chronologie comparative nous permettent de ne pas douter que les trois bassins dans leur forme, leur emplacement et leur mise en eau ont existé. Le dernier plan le plus complet, avec les trois jets des trois bassins en fonctionnement, date de 1709 (G. Boissaye du Bocage, plan général de St Germain en Laye et de ses environs [cf. Fig. 6]). A partir de cette date, les états successifs reflètent la simplification des jardins, puis l’abandon graduel du système hydraulique (qui nécessitait par nature le plus d’entretien). En 1768 les trois bassins avaient disparu”, ce qui est démontré par le plan masse du château et de la ville à cette date (Archives Nationales O1 1720b liasse 2).

Napoléon Ier projette d’installer un manège sur son emplacement mais il semble que les bassins aient déjà été comblés bien avant cette date. Il est en tout cas certain qu’en 1822 (plan général des eaux) puis 1844 (relevé par les ingénieurs des domaines de la Couronne), les bassins ont incontestablement disparus (cf. Fig 8).

Fig. 8 : Relevé par les ingénieurs des domaines de la Couronne à des fins de taxation, décembre 1844 – Source : Fonds du Musée Nationale d’Archéologie de Saint-Germain-en-Laye © Valorie Gô.

En 1847, l’établissement du chemin de fer atmosphérique amputa le parterre et petit bassin situés vers la grille, le grand bassin fut remplacé par un cercle de verdure surmonté d’un vase Medicis à une date indéterminée (cf. Fig. 9). De même l’un des petits bassins se vit remplacé par une composition florale entourant une sculpture de l’Amour et la Folie de Paul Darbefeuille (1852 – 1933). Là encore, nous avons notre ignorance quant à la date précise de cette installation. 

Enfin, plus près de nous, l’enfouissement du RER permit entre 1969-1972 le rétablissement des volumes du Grand Parterre, la démolition de la jolie petite gare en style “pastiche Trianon” (cf. Fig. 9) et le rétablissement du petit bassin près de la grille d’entrée des jardins. 

Vers le renouveau du Grand Bassin
Le projet de Tram 13 garantira une desserte qui ira de Saint-Cyr à Saint Germain dans un premier temps, puis de Saint Germain à Achères. A Saint-Germain-en-Laye, si l’on espère bien que les travaux ne vont pas conduire à des vibrations sous les jardins du Château, le couloir de correspondance avec le RER A conduit à l’ouverture d’une large tranchée sous le jardin, dans l’axe de l’ancien grand bassin central de Le Nôtre, ce qui autorise l’installation d’un local de fontainerie souterrain. 

Fig. 9 : Carte postale ancienne vers 1900 montrant la gare des Chemins de Fer de l’ouest (assez élégante) mais dont le tronçon découpa l’un des deux parterres en diagonale, saignée qui a été enterrée depuis grâce à l’établissement du RER souterrain inauguré en octobre 1972. D.R.

On va ainsi voir (re)paraître d’ici 2021 ce Grand Bassin de 50 mètres de diamètre (aussi grand que celui des Tuileries, plus grand même que celui de Latone à Versailles) en espérant que la qualité d’exécution de la margelle, mouluration notamment, sera digne du Grand Siècle. Quand on voit la piètre qualité de la recréation du Bosquet des Trois Fontaines à Versailles, il est permis d’être vigilant, mais cette margelle serait d’un profil relativement simple, “selon un dessin en doucine classique, réalisée en pierre de Saint-Maximin. La bordure intérieure recevra un profil à débordement apportant un détail de fonctionnement contemporain. Une bande engazonnée va ceinturer la périphérie de la margelle pour assurer la transition avec l’aire gravillonnée.” nous assure l’architecte. Il sera doté d’un jet central de 20 m mais aussi de 2 couronnes de jets formant gerbe centrale (cf. Fig. 10).

La recréation de ce bassin, essentielle à structuration de la perspective du Grand Parterre, était un vieux serpent de mer. Les Amis du Vieux Saint-Germain avait tenté d’initier ce projet en 2004 déjà, et l’idée flottait dans la fumée de locomotive depuis 1972 et l’arrivée du RER souterrain mais c’est sous la mandature d’Arnaud Pericard, le maire de Saint-Germain-en-Laye, qu’il verra enfin le jour : “Le projet exceptionnel du Grand Bassin dans le Domaine national de Saint-Germain-en-Laye, c’est l’histoire d’un jardinier légendaire, d’un dessein inachevé et d’une volonté politique affichée. Ce bassin de 50 m sera le plus grand d’Ile-de-France. Je suis fier de porter ce projet contribuant au rayonnement de notre ville et de son patrimoine historique.” confie l’édile. Tout vient à point à qui sait attendre… La réalisation devrait coûter environ 3 millions d’euros, financés par le Ministère de la Culture, le groupe Suez et la ville, et par une souscription publique ouverte auprès de la Fondation du Patrimoine.

Fig. 10 : Visuel du futur bassin – Source : Fondation du Patrimoine / Mairie de Saint-Germain

Deux des trois mousquetaires réunis nous rappelleront ainsi un peu les fastes de ce château.  Même si le bien-fondé de la reconstitution/reconstruction demeure scientifiquement discutable s’il est avéré que ledit grand bassin n’a jamais existé, que la symétrie ne sera pas entièrement rétablie puisqu’il manquera l’un des petits bassins latéraux (sauf à déplacer à terme la sculpture de Darbefeuille et rétablir le dessin d’amortissement du parterre du côté du château). Mais entre un bassin et un vide de graviers, le choix esthétique est vite fait, et le XIXème siècle, si plein de néo et de mauvais goût avait au moins celui des proportions de l’architecture classique, et ne pouvait laisser un centre vide. On saluera donc le rétablissement du grand bassin de ce Grand Parterre bien morne aujourd’hui, qui redorera un peu le blason de ce jardin qui n’est hélas plus que l’évocation suggestive des grandes heures de Le Nôtre par manque de moyens et du fait du statut ambigu du Château-de-Saint-Germain, davantage musée que château. D’ailleurs, par jour de pluie, le spectre du bassin réapparaît (cf. Fig. 1) tel le fantôme d’Hamlet, regrettant les temps de sa splendeur révolue.

Toutefois, cette manne financière pourrait tout aussi être employée à d’autres projets. Ainsi, avec le pouvoir infini de l’imagination, on oserait refaire les parterres en broderies du Grand Parterre, les border de topiaires. Surtout, le chef d’œuvre de Le Nôtre – la Grande Terrasse – pourrait être rétabli dans son état XVIIème : on rêve d’enlever l’engazonnement et le garde-corps en fer forgé installé au XIXème siècle qui nuisent aux admirables effets d’optique du jardinier-paysagiste. 

Enfin, un tram peut en cacher un autre. Ce tramway nous rend un bassin mais est aussi l’implacable exécuteur de plus d’un millier d’arbres de la forêt, malgré une “lisière étagée” (sorte de dégradé sur 30 mètres de largeur) qui risque de défigurer l’Avenue des Loges, nom moderne du chemin de Maisons, prolongation dans le parc de l’allée centrale du Grand Parterre comme on le voit sur les plans et gravures d’époque (cf. Fig. 4 et 6). Le Nôtre avait d’ailleurs fait exprès de na pas ériger de grille mais des sauts de loup pour ne pas heurter le regarde et le laisser librement s’évanouir dans la fôret. “Il faut respecter la dimension historique de la forêt de Saint Germain-en-Laye, en particulier la perspective voulue par Le Nôtre qui s’appuie sur deux axes, la fameuse Grande Terrasse et l’actuelle Avenue des Loges, formant un V partant du château. Au-delà du classement en “forêt de protection” obtenu en 2019, il sera important que la délimitation en cours du domaine national de Saint-Germain-en-Laye prenne en compte toute cette perspective rappelle le correspondant de Sites & Monuments, Jean-Baptiste Galland, attentif à la défense du patrimoine.

Saluons donc le début de renaissance du Grand Parterre, en espérant que la cohérence du domaine, des jardins et de l’ancien parc seront assurés, et que ce jardin de Le Nôtre, souvent trop délaissé oublié au profit des fastes de Versailles, Vaux-le-Vicomte, Chantilly, Fontainebleu voire Sceaux saura autant charmer les visiteurs qu’il consola les Stuart exilés. 

 

Viet-Linh NGUYEN & Camille d’HAUTEFEUILLE

 

En savoir plus :

  • Georges Houdard, Les Châteaux de Saint-Germain-en-Laye (1124-1789), Saint-Germain-en-Laye, 1909-1912 (somme irremplaçable quoique datée, et obsolète sur bien des dates du Château Neuf en raison de matériau redécouverts ultérieurement, et au style érudit mais bavard. On attend de pied ferme la parution d’un nouvel ouvrage scientifique pour le remplacer, couvrant à la fois l’histoire architecturale et des décors des Château Vieux, Château Neufs et jardins.
  • Franklin Hamilton Hazlehurst, Des Jardins d’illusion : Le génie d’André Le Nostre, Somogy, 2006. (excellent sur les effets d’optique de la Grande Terrasse).
  • Monique Kitaeff, Le Château-Neuf de Saint-Germain-en-Laye [article disponible ici], in Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot Année 1999, pp. 73-139
  • Emmanuel Lurin (coll), Le Château-Neuf de Saint-Germain-en-Laye, Les Presses franciliennes, 2010 (épuisé).
  • C. Leon, Le château de Saint-Germain-en-Laye au Moyen Age : Histoire et évolution architecturale d’une résidence royale XIIe-XIVe siècles, Les Presses franciliennes, 2008. (non consulté mais la couverture illustre bien les parties médiévales de Château Vieux).
  • Une note bien illustrée sur le site des Amis du Musée d’Archéologie Nationale de Saint-Germain-en-Laye sur le Grand Parterre.

Nos chaleureux remerciements vont à la Fondation du Patrimoine, la Mairie de Saint-Germain-en-Laye, Mme Corinne Jouys Barbelin, conservateur du patrimoine, responsable du service des Ressources documentaires du Musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, M. Regis Martin, architecte en chef des Monuments historiques, M. Jean-Baptiste Galland, délégué de la SPPEF / Sites et Monuments & Mme Isabelle Gérard, membre de l’association des amis du quartier Lorraine et de l’association Patrimoine Environnement qui nous ont aimablement reçus et aidés dans nos recherches.

 

 

  1. cf. les pittoresques gravures d’Israël Sylvestre vers 1650. Même dans le bâtiment actuel, la grosse tour carrée et les étages inférieurs en gros parements surmontés de machicoulis ne laissent pas de doute sur le caractère défensif des constructions. Voir la publication de C. Leon citée en bibliographie 
  2. au XIXème l’architecte Eugène Millet, élève de Viollet-le-Duc, en charge de la restauration du Château recréa un état imaginaire en restituant l’homogénéité d’un état Renaissance qui n’avait jamais existé, détruisant les ajouts malheureux de Hardoin-Mansart et améliorant le pan coupé terminant la Salle des Fêtes de la façade ouest par l’ajout d’un pavillon à deux tourelles. Si tout cela n’est pas très conforme à notre actuelle Charte de Venise (1964), ces recréations avaient plus de sens que certaines récentes bidouilles versaillaises inexcusables
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