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Eloge de la mollesse

Billet d’humeur

Aureus à l’effigie d’Othon, Département des Monnaies, médailles et antiques de la Bibliothèque nationale de France. Source : Wikimedia Commons

L’autre jour, nous écoutions un vieil enregistrement de l’Ottone de Haendel, très british, avec James Bowman, le King’s Consort (Hyperion), pas la testostérone concentrée d’Il Pomo d’Oro excellement dirigée par Petrou (Decca). Deux sentiments contradictoires nous assaillirent : une envie de botter le train à nos Angloys si placides, sirotant leur thé en vieilles rombières alors que le sort du trône d’Italie, divers plans matrimoniaux, batailles, prisons ponctuent un argument bien alambiqué. Une sorte de délassement serein aussi, à l’idée d’une interprétation si datée et si calme, évanescente et tout en sfumato à l’opposé des tendances actuelles dans les productions d’opéra à la course effrénée, ponctuée d’ornements pyrotechniques (et scandé aussi de moments rêveurs si étirés que les draps se déchirent pour faire sensible et penseur, et contraster avec la speed-run susmentionné). N’a t-on pas longtemps crucifié à tort et à raison Jean-Claude Malgoire, Sigiswald Kuijken, Nicolas McGegan, Alan Curtis voire William Christie pour leur immobilisme chez ce caro Sassone

Alors oui, on s’ennuie ferme, et l’action patine. Dramatiquement, la terre est plate. Mais vocalement c’est beau et poétique, “gentillet” parfois, presque naïf. Et pour peu que l’on ne s’inflige pas les 3 heures d’intégrale (pour ça, retournez chez Petrou), ou qu’on souhaite du contemplatif, le mou, ça a parfois du bon.

Viet-Linh NGUYEN

Étiquettes : , , , Last modified: 1 décembre 2020
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