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Secrets de Polichinelle (Les Italiens à Londres, Ophélie Gaillard, Pulcinella – Vincennes, 26 septembre 2021)

Ophélie Gaillard © site officiel d’Ophélie Gaillard

« Les Italiens à Londres »
Œuvres de Nicola Porpora, Francesco Geminiani, Haendel, Charles Avison et Johann Adolph Hasse

Orchestre Pulcinella
Ophélie Gaillard, violoncelle et direction

Sainte-Chapelle du Château de Vincennes, dimanche 26 septembre 2021.

 

Les travées de la Sainte-Chapelle du château de Vincennes étaient bien clairsemées en ce dimanche après-midi malgré la venue, pourtant prometteuse, d’Ophélie Gaillard, accompagnée de son orchestre Pulcinella, pour un programme tout entier consacré aux compositeurs italiens venus nombreux tenter leur chance, faire carrière, s’inspirer et réciproquement influencer la musique des îles britanniques de la première moitié du XVIIIème  siècle.

A quoi devons-nous imputer cette désertion des bancs ? A un temps maussade et précocement humide ? A une communication autour du concert réduite sa portion congrue ? A la billetterie des Monuments nationaux, affreusement complexe ?  Sans doute un peu des deux. Et finalement qu’importe tant la trentaine de privilégiés présents eurent l’occasion de profiter d’un cadre aussi intimiste que propice à l’écoute, presque un concert privé au cœur de l’un des plus haut lieux du patrimoine national.

Car ce voyage entre Italie et Angleterre fut l’occasion de quelques belles (re)découvertes, portées par un orchestre rompu à ce répertoire extraverti et si mélodique tandis que le violoncelle d’Ophélie Gaillard, au timbre intense, très boisé, bourré d’harmoniques, emplissait la voûte en toute majesté. L’ample réverbération en adoucissait les contours en un halo poétique quoiqu’un peu bourdonnant, qui conviendrait particulièrement bien à quelques motets…

Point n’est besoin de revenir sur la maîtrise espiègle du jeu d’Ophélie Gaillard, son énergie communicative, les articulations incisives et l’impétuosité servant avec brio ce répertoire spectaculaire et souriant. Après une belle entrée en matière avec un Adagio et Fugue pour cordes signé Hasse, on admire Porpora et son Concerto en sol majeur pour violoncelle, cordes et basse continue, aussi ravissant que divertissant.

Mais le véritable intérêt du programme réside à nos oreilles curieuses en les quelques courtes pièces troussées par Geminiani dans lesquelles le compositeur italien saisie toute la spécificité et rend hommage aux airs du folklore irlandais, contrée que côtoie ce résident de Dublin. Capacité à s’inspirer des airs qui l’entourent qui ne doit pas faire oublier  qu’il sut également s’inspirer du meilleur de la musique de la péninsule, à l’image de cette Follia très enlevée, extraite du concerto grosso n°12,  adaptée de Corelli (1653-1713), exécutée toute en rythme et en humour pour notre plus grand plaisir.

Signalons enfin, dans la vogue très anglaise des Concertos grosso, celui en ré mineur pour cordes de Charles Avison, compositeur tout britannique mais qui sait, notamment avec cette œuvre rendre un hommage aussi avoué que bienvenu à Scarlatti.

Charmant programme donc que cette prestation de l’orchestre Pulcinella dans le cadre très approprié du château de Vincennes, dont nous espérons que la Sainte Chapelle s’impose comme un lieu privilégié et reconnu de la pratique concertante de la musique baroque, notamment religieuse.

 

Pierre-Damien HOUVILLE

 

 

Étiquettes : , , , , Dernière modification: 28 septembre 2021
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