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José van Dam : l’adieu à un classique, humain, trop humain (1940-2026)

jose van dam

“La musique donne une âme à nos coeurs et des ailes à la pensée.” (Platon)

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José Van Dam © Naomi Baumgartl

Le monde lyrique vient de perdre l’un de ses piliers les plus nobles. José van Dam s’est éteint le 17 février 2026 à 85 ans, laissant derrière lui le souvenir d’une voix profonde, d’une intelligence textuelle rare et d’une humilité qui forçait le respect. Son nom reste indissociable des grands rôles du XIXe et du XXe siècle, mais il ne faut pas pour autant, et le Leporello immortalisé par Losey le prouve, oublier qu’il fut un chantre de l’école classique et qu’il fit même une incursion remarquée dans l’univers baroque. De ce pont, nous profitons pour partager avec les mélomanes quelques mots maladroits d’hommage à ce grand Maître de Musique.

Tout commence à Ixelles en 1940. Le jeune “Joseph Van Damme” entre au Conservatoire Royal de Bruxelles à seulement 17 ans. Son professeur, Frédéric Anspach lui inculque une éthique du “beau chant”, et le futur baryton-basse privilégiera une élocution d’une limpidité absolue, un refus du pathos et des effets faciles. Il le prouvera chez Mozart, l’un de ses compositeurs de prédilection, lui permettant de faire valoir l’équilibre entre puissance et humanité. Son ascension internationale passe par le Deutsche Oper de Berlin (1967-1973), où il s’impose comme un superbe classique, que ce soit dans le Figaro des Noces, le Leporello de Don Giovanni, Don Alfonso dans Cosi Fan Tutte. On le verra à La Scala, à Vienne en 1972, au Met en 1975. En 1973, le voici à Paris, Figaro parmi les Noces mises en scène si intelligemment par Streher et dirigées par Solti. Pour un parfum de ces années mozartiennes fastes, procurez-vous le live de la magnifique représentation des Noces à Salzbourg du 22 avril 1974 avec Freni, Von Stade, sous la houlette de Karajan. Son Figaro, drôle mais d’une grande noblesse, y est d’une rare évidence, avant le disque gravé chez Deutsche Grammophon (1978), à la direction plus froide. Rolf Liebermann le recommandera pour le rôle de Leporello dans le Don Giovanni réalisé par Joseph Losey, turné dans les villas palladiennes. Son Leporello gouailleur, pleutre, attachant, vocalement splendide (il aurait aussi pu être un excellent Don Juan, comme l’air du catalogue l’illustre) marquera le public populaire, grâce à ce film désormais mythique (1979), sous la baguette terne de Lorin Maazel mais au plateau superbe à l’exception d’un Ottavio faiblard (CBS/Sony). Ce fut un échec commercial. On retrouvera ses talents d’acteur dans le touchant Maître de Musique dirigé par Gérard Corbiau (1989) où il incarne Joachim Dallayrac, fameux et tyrannique baryton, recherchant la perfection chez ses deux uniques élèves, pour transmettre son savoir avant son trépas.

Bien qu’il n’ait pas fait carrière dans le répertoire plus ancien, José van Dam possédait les qualités requises par le baroque : une diction cristalline, une capacité à orner sans dénaturer la ligne, une musicalité souple et sobre. Certes, qui se souvient son incursion chez Rameau ? Sous la direction d’Harnoncourt, il fut un Pollux de haute tenue dans Castor et Pollux pour le label Teldec (1972), mais l’interprétation a terriblement vieilli. Il fut aussi un serviteur dévoué de Bach, notamment dans la Passion selon Saint Matthieu (chez EMI et Erato), où sa voix apportait une chaleur intense aux arias de basse, ancrant la spiritualité dans une matière d’une densité incroyable.

Arrêtons là notre court hommage, car José Van Dam, s’il était un grand, très grand musicien, contemplait la musique depuis l’autre versant des Siècles, sans clavecin, sans viole, sans basse chiffrée. Qu’importe. Au commencement était le Verbe. Et il savait le faire chanter avec une tendresse de galant homme à nulle autre pareille.

Viet-Linh Nguyen

Étiquettes : , , , , Dernière modification: 22 février 2026
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