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Bling bling galant (Per il salterio, La Gioia Armonica – Ramée)

Per il salterio
Angelo Conti : Sonate pour tympanon et basse continue en sol majeur
Carlo Monza : Sonate pour tympanon et basse continue en do majeur
Anonyme :  Sonate pour tympanon et basse continue en sol majeur
Carlo Monza : Sonate pour tympanon et basse continue en sol majeur
Baldassare Galuppi :  Sonate pour clavecin en ré majeur
Pietro Beretti : Sonate pour tympanon et basse continue en sol majeur
Carlo Monza : Sonate pour orgue en sol majeur
Angelo Conti : Sonate pour tympanon et basse continue en sol majeur

La Gioia Armonica
Margit Übellacker, tympanon
Jürgen Banholzer, orgue et clavecin

1 CD, enr. août 2019, Ramée, 78’41.

Il faut parfois admirer la vitalité de certains labels discographiques. L’on ignore si Ramée dispose d’un directeur commercial, mais si tel est le cas en tout cas ce dernier a réussi sans nul doute à se laisser convaincre par le directeur artistique. Car cette publication aussi élégante que confidentielle est de celle que la musicalité transcende au-delà de la simple curiosité. Car il fallait oser dédié l’essentiel de ce parcours à un duel entre le noble clavecin et l’aimable tympanon, bien connu des voyageurs d’Europe de l’Est et appartenant à la grande famille des cithares. Pourvu d’une petite caisse de résonance trapézoïdale voire triangulaire, de plusieurs chœurs de cordes frappées ou pincées, le salterio italien (tympanon français, cimbalom hongrois, dulcimer anglais, santur perse…) est un type particulier dérivant de la grande famille des psaltérions (psalterio en grec), qui existe sous diverses formes depuis le Moyen-Age et continue sa carrière d’accompagnateur privilégié de musique folklorique ou populaire. 1 

Le tympanon se perfectionnera au XVIIIe siècle et ses cordes étaient soit pincées avec le bout des doigts, soit des plectres, soit frappé avec deux petits marteaux. Étrangement, il existe réellement un répertoire particulier, qui fait explicitement appel à cet instruments aux sonorités cristallines et perlés, instrument obligé dans certains air, instruments possibles dans d’autres, instrument soliste de concerti même. L’on se dit que cette sonorité délicate, un peu maniérée, digne d’un sourire argentin de coquette convient particulièrement aux œuvres de style galant.

C’est le cas. En effet, ce sont elles qui peuplent l’enregistrement. L’apport de l’exotique tintement du tympanon est particulièrement réussi et quoique les œuvres d’Angelo Conti ne dénotent pas une inspiration tellurique, l’on se laissera facilement prendre à tant de gracieuseté. Margit Übellacker fait montre d’un toucher très articulé, d’une modération souriante et  les tempi généreux voire souvent languissant de La Gioia Harmonica plongent l’auditeur dans une oisiveté ouatée et doré, parfois un peu dansante. L’on confessera ainsi un faible pour  pour la production de Carlo Monza, à l’écriture plus franche et plus extravertie : le Presto de la Sonate pour tympanon et basse continue en sol majeur, sautillant et vif, illustre une facette plus sanguine de l’instrument. Toutefois il nous en coûte de dire que l’insertion malheureuse d’une sonate pour clavecin de Baldassare Galuppi constitue un contre-argument de taille à la défense des qualités du tympanon. En effet, Maître Galuppi est indubitablement bien supérieur à Monza ou encore Conti et les musiciens n’ont pas osé le transposer puisque le salterio serait incapable d’un tel ambitus, d’une telle virtuosité, et d’un tel volume. Jürgen Banholzer, au jeu assuré et brillant, démontre sans difficulté l’indiscutable supériorité du clavecin en termes de contrepoint et de complexité des textures est éclatante. Toutefois, l’on avouera sans fausse modestie et par exemple à l’écoute de cette sonate en sol majeur de Pietro Beretti, carré et franche, que les sonorités extrêmement articulée du tympanon, leur confinement dans les aigus, la faible résonnance bourrée d’harmoniques, s’avèrent somme toute bien sympathiques. Pour prendre le thé ou passer l’été cet opus fera les délices d’une écoute détendue et sans nuages.

 

 

Viet-Linh Nguyen

  1. Le vocabulaire est rapidement facteur de confusion, car au sens strict le “tympanon” (pourtant psalterio en grec ou salterio en italien) n’est pas exactement synonyme du “psaltérion” français, la différence principale étant que l’interprète frappe les cordes avec un marteau, et non pincée, mais les deux termes sont parfois interchangeables. Nous privilégierons “tympanon” dans cet article, alors que les interprètes, même en français préfèrent conserver le vocable italien de salterio.
Étiquettes : , , , , Last modified: 9 janvier 2022
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