Gracieuses mais froides comme un printemps anglais…
… voilà l’impression que laissent, au bout de plus de deux heures d’écoute, ces Douze Sonates dites de Manchester redécouvertes relativement récemment dans les collections de la Bibliothèque Centrale de Manchester.
Musiques de la Ville Rouge
On connait assez mal les musiques de la brumeuse Europe du Nord, passées les Îles Frisonnes, la venteuse Héligoland et les côtes voisines du Danemark il est d’usage de croire à un désert primitif et obscur. Mais, au lendemain de la terrible et sanglante Guerre de Trente Ans (1618-1648), l’Allemagne et le monde baltique ont développé un style musical propre.
Diabolus in claritudo
Sous-titré Chansons et polyphonies des Dames trouvères, c’est à la découverte des chansons de trouvères (la version d’oïl des troubadours, il va sans dire) féminines que nous sommes conviés à travers ce petit bijou des Diabolus in Musica.
Ballade initiatique
Après des Sarcasmes sacrés quelque peu décevants, Arcana réédite à l’approche d’un nouveau printemps l’enregistrement de Ballades médiévales de l’Italie du Nord qui témoignent, à l’aube du Quatrocento, de l’émergence d’un nouveau style musical, l’Ars subtilior.
Nuits d’ivresse printanière
Du Scarlatti au clavecin, mais pas celui qu’on croît, car un Scarlatti peut en cacher un autre. Le sourire aux lèvres, tel que dépeint sans doute par Francesco Solimena sur la jaquette. Vous autres lecteurs qui vous délectez de l’intégrale de Scott Ross des Exercices de clavecin de Domenico serez peut-être surpris d’apercevoir dans les bacs (d’un disquaire de goût) cette réédition où Rinaldo Alessandrini se lance avec jubilation et nonchalance dans les pièces d’Alessandro Scarlatti, bien plus célèbre pour ses oratorios. La parution célèbre le 350ème anniversaire de la naissance du compositeur…
“Montre-toi plus humain que critique ; et ainsi tes plaisirs en seront plus grands” (D. Scarlatti, Préface des Essercizi per gravicembalo)
K119. Ce n’est pas encore le matricule de l’épopée dangereuse d’un sous-marin soviétique en perdition sous les pôles, mais une aventure tout aussi périlleuse dans les méandres scarlattiens. C’est sans compter l’énergie et la fantaisie de Bertrand Cuiller, qui se lance avec délectation dans l’écriture variée et imprévisible du compositeur, aidé en cela par le Bel Italien de Philippe Humeau, un clavecin coloré, résonnant, aux graves ventrus.
Une musique à se damner
Les motets de Giovanni Felice Sances, ressemblent à tout sauf à l’idée qu’un esprit contemporain pourrait se faire de la musique d’église. L’austérité, la gravité, ne sont pas de mise dans ses compositions. Car il y met en œuvre le principe essentiel de la Contre – Réforme : séduire le pêcheur corrompu en lui faisant entendre une musique céleste voluptueuse, lui apportant la félicité éternelle.
Une folle envie de découvrir
A la fin du XVIIe siècle, un orphelin d’une dizaine d’années chaparde des partitions…, non ce début n’est pas celui d’un roman de Dickens, mais une histoire véridique qui en dit long sur le tout jeune Jean-Sébastien Bach. Confié à son frère ainé à la mort de ses parents, le tout jeune garçon remarque un livre dans la bibliothèque de son frère contenant des œuvres de Froberger, Kerll ou Pachelbel.
Si lo la flour plus que ne puis dicter…
… la fleur, la femme-fleur, la fleur faite femme : c’est en effet une dialectique bien proustienne que nous présente ce recueil de douze pièces chantant la grâce féminine, tant d’esprit que de chair. Roses et lis ay veu en une flour qui moult flurrist et veut fructifier… ; Passerose de beaute la noble flour, margarite plus blanche que nul cygne…
Ay, ay !
Derrière les sonorités du Sud de Matheo Romero se cache en réalité le Liégeois de naissance Matthieu Rosmarin, dont le nom fut ibérisé vers 1594 lors de sa promotion comme chantre adulte à la Capilla flamenca de Madrid créée dès 1516. Bien en cour et musicien de talent, Romero fur nommé directeur de la Chapelle par Philippe III.
Et flûte ! (CPE Bach, Concerti – Kossenko, Arte dei Suonatori – Alpha)
Ce deuxième et dernier volume des concertos pour flûte de C. P. E. Bach, attendu après un brillant premier, ne déçoit pas. Dès les premières mesures, le caractère enflammé, Strum und Drang, transparaît ; mais dès l’entrée du soliste on entend que le disque ne sera pas non plus uniforme.
"Mortels dieux, révérez la divine harmonie"
Il a déjà été prouvé plusieurs fois que Bach ne pouvait assurément pas être humain, mais en réalité une incarnation de la musique ; nous ne nous attarderons donc pas à démontrer ce dernier point, pour davantage nous concentrer sur le quatrième tome des Concerts avec plusieurs instruments qu’Alpha et le Café Zimmermann consacrent au divin Cantor…
L’orgue est décidemment le roi des instruments
Les Orgues Bernard Aubertin de Saint-Louis-en-l’île avait déjà fait les délices suprêmes de votre humble serviteur, lorsque doucement mis en branle par Gustav Leonhardt, maître incontesté et incontestable de l’instrument, le mois dernier.Voici l’occasion donc de les entendre à nouveau, et dans un répertoire totalement différent
Une jeune fillette…
Ce Concert des violes a pour objectif de nous dévoiler une “anthologie du répertoire destiné aux ensembles de violes en France” de la fin du XVIème siècle à l’ultime opus qui leur est explicitement dédié, le Concert pour quatre parties de violes de Charpentier. Loin de l’idée reçue du consort de violes typiquement élisabethain, et de la musique pour viole française réduite à François Couperin, Monsieur de Sainte-Colombe, Marin Marais et Antoine Forqueray, Andrea De Carlo a cherché à puiser dans le répertoire instrumental du Grand Siècle, dans les danses et fantaisies…
Rendez-moi Ledroit
Avec ce CD s’achève la réédition des enregistrements d’Henri Ledroit chez Ricercar, et cette critique est presque inutile, car elle ne sera pas lue. En effet, les admirateurs du regretté contre-ténor se jetteront sur cette nouvelle parution – à moins qu’ils ne possèdent déjà ces pièces dans d’autres anciennes éditions – sans se poser plus d’interrogations.
Une bonne pêche pour le Dauphin !
L’Ensemble Pierre Robert – dont on connaît les affinités avec la musique religieuse du Grand Siècle, notamment depuis l’excellent Caeleste Convivium de Danielis (Alpha) – a rassemblé dans ce programme des pièces que Charpentier composa pour le fils du Soleil. Musicien de Madame de Guise, le compositeur n’avait pas à proprement parler de poste auprès du Dauphin…
La flûte de Céladon
Après un premier volume consacré aux brunettes et contredanses du XVIIIe siècle (À l’ombre d’un ormeau, Alpha 115), Les Musiciens de Saint-Julien s’attaquent dans ce nouvel opus à la musique gravitant autour de l’univers pastorale : flûte et musette jouées par François Lazarevitch sont à l’honneur avec les grands noms du répertoire baroque instrumental français
Nunc gaudere licet
Les Humeurs d’Orlande, qui est le sous-titre que propose Jean Tubéry à ce programme composé de motets de trois à six voix, pour la plupart inédits au disque, en révèle peut-être un peu plus sur cet enregistrement dont le titre premier peut frapper par son austérité.
Amour me paict d’une telle Ambroisie.
L’originalité, la fantasquerie et l’espièglerie de Roland de Lassus ne sont plus à démontrer — chaque nouvelle écoute du compositeur nous le prouve et révèle une fois de plus. Sa reconnaissance en son temps comme le plus que divin Orlande (dixit Monsieur de Ronsard in person), ainsi que son influence, sont également indéniables.
Ma, dove sta la stravaganza ?
A la première écoute, deux réflexions viennent à l’esprit : Tiens, un Vivaldi où le soliste n’est pas le violon, mais en général la flûte à bec et C’est curieux, j’avais cru lire Stravaganza sur la pochette ; or, en fait d’extravagances, le rendu semble plutôt timide et adouci.
