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Marseille : confinement sous peine de mort (1720-1722)


Michel Serre (1658–1733), Vue de l’hôtel de ville de Marseille pendant le peste de 1720 (1721), huile sur toile 306,0 × 277,0 cm, Musée des beaux-arts de Marseille – Source : Wikimedia Commons

Alors que nous sommes replongés dans l’éloge du quotidien, et que notre univers s’est réduit à quelques mètres carrés, et les confins du monde à un rare kilomètre, nous avons tout de même échappé à des mesures encore plus draconiennes. 

31 juillet 1720 : le parlement de Provence isole Marseille face à la peste qui sévit depuis la fin juin, rapportée par le navire le Grand Saint-Antoine de retour de Smyrne et ayant fait escale près de foyers à risque à Seyde, Tripoli (au Liban) ou Chypre. Début août, on dépasse les 100 morts quotidiens, début septembre les 1000 décès. Les portes des remparts sont closes, des barricades bloquent les faubourgs, tout échange économique ou déplacement des Marseillais avec les alentours est interdit. 

La peste de Marseille – Vue du côté du Cours – Dessinée sur le Lieu en 1720. Estampe conservée à la BnF. Source : Gallica / BnF

Le 3 septembre, alors que la maladie fait des ravages, Versailles décide d’envoyer un militaire reprendre les choses en mains : le maréchal de camp Charles-Claude Andrault de Langeron, maréchal de camp et chef d’escadre de galères à Marseille. La commission du Roi lui donne localement les pleins pouvoirs pour “commander en ladite Ville de Marseille tant aux habitants qu’aux gens de guerre”, bien que la municipalité coexiste dans cette situation d’exception. Le militaire fait les choses comme à la guerre : 89 postes de garde sont mis en place, et le territoire isolé de tout l’arrière-pays, sous peine de mort. Pour circuler en ville, un “billet de santé” signé du prêtre ou du commissaire de quartier doit attester que le porteur est sain. Les maisons infestées sont marquées d’une croix rouge et les malades en quarantaine. Enfin tous les espaces publics sont fermés, églises y compris.  D’août à octobre, 6 hôpitaux de peste ou “maisons de convalescence” (à l’appellation bien optimiste) sont mis en place, avec des taux de mortalités terrifiants supérieurs à 90%. La maladie s’étant répandue jusqu’à Orange (30 000 à 40 000 personnes ont fui dès juillet), une ligne de blocus de la Provence est installée. Un quart de l’armée royale est appelée pour faire respecter les mesures. 

Après le pic d’août-septembre 1720, une accalmie puis une rechute en mai 1722 (200 morts supplémentaires), la maladie recule enfin et le blocus est finalement levé en décembre 1722 pour Marseille puis en mai 1723 pour la Provence. Au prix de 120 000 provençaux morts dont 50 000 marseillais, la moitié de la population de la ville. [M.B.]

En savoir plus :

  • C. Carrière, M. Courdurié, F. Rebuffat, Marseille, Ville morte. La peste de 1720, Autre Temps éditions, Marseille, reed. 2008.
  • F. Beauvieux, “Marseille en quarantaine : la peste de 1720” in L’Histoire, Mai 2020. 
  • Le site de l’INRAP sur les charniers de la peste à Marseille

 

Étiquettes : , , Last modified: 3 novembre 2020
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