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Le latin : à la jésuite ou à la française ?

Dans le cadre de notre débat sur la prononciation dite restituée, abordons, après le cas du français et de l’anglais la noble langue des Romains et de l’Eglise…

Nous avons là affaire à un autre problème puisque le latin est une langue morte (sauf au Vatican, et encore). Diverses prononciations s’affrontent telles latin à la française, latin jésuite, latin classique. L’habitude est de prononcer le latin à la jésuite (latin d’Eglise) dans les enregistrements d’œuvres religieuses et sacrées. 

Egid Verhelst, Egid (1733-1818), Jésuite en habit de ville vers 1787-1790, eau forte aquarellée, Bibliothèque numérique de Rouen – Source : Gallica / BnF

Dans le cadre de notre débat sur la prononciation dite restituée, abordons, après le cas du français et de l’anglais la noble langue des Romains et de l’Eglise…

Nous avons là affaire à un autre problème puisque le latin est une langue morte (sauf au Vatican, et encore). Diverses prononciations s’affrontent, telles latin à la française, latin jésuite, latin classique. L’habitude est de prononcer le latin à la jésuite (latin d’Eglise) dans les enregistrements d’œuvres religieuses et sacrées. 

Cela est très compréhensible mais il faut noter que la France ne le prononce pas comme les autres pays d’Europe continentale. A l’âge baroque, le latin à la française, celui de la chapelle de Versailles et des grands centres religieux du royaume est le suivant (nous évitons à dessein la notation phonétique par commodité de lecture pour nos lecteurs) :

  •  “ae” se prononce “é” (et non pas “a-é”) : Patrae = patré
  • “cc” se prononce “ss” (et non pas “ch”) : “incessabili” comme dans incessamment.
  • “in” ou “im” se prononce “un” (et non pas “inn” ou “imm”)
  • “es” se prononce “esse”
  • “un” se prononce “on” ou “un” selon les cas
  • “au” se prononce “o”

Ces quelques grandes lignes permettent de comprendre qu’il s’agit à peu près de prononcer le latin comme si c’était du français. 

Hervé Niquet ou William Christie ont repris le latin à la française dans leurs enregistrements de grands motets. On entend donc “Te Dé-ume lodamusse” (Te Deum laudamus) ou encore “Tibi chérubim” (tibi Cherubim et non “tch”).

A nos yeux, la démarche est cette fois cohérente et louable et représente un nouveau pas vers une pratique de la musique baroque non seulement plus “authentique” mais surtout remise dans son contexte, ici le cadre géographique hexagonal et l’affirmation du gallicanisme. Et alors qu’une tragédie lyrique exige une intelligibilité immédiate du texte, il n’en est pas de même pour un texte liturgique ou para-liturgique, qui s’inscrit dans le cadre d’un rituel ou d’un motet sacré.

Viet-Linh Nguyen

 

Last modified: 19 juillet 2020
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