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Music for the Funeral of Queen Elisabeth

« In the midst of life we are in death »

Cecil Beaton, Coronation Day (1953). Photo: Royal Collection Trust/© Her Majesty Queen Elizabeth II

Elle aura régné plus longtemps que Victoria, et moins que Louis XIV. Elle aura traversé deux siècles, franchi un millénaire, affronté la guerre, perdu les Indes avant même son couronnement, connu la décolonisation, rétrocédé Hong Kong, vu enfin son île reprendre son splendide isolement du continent, malgré le tunnel ombilical à la Jules Verne qui la relie désormais à l’Europe. Le ballet millimétré des royales funérailles se met en branle en cette monarchie européenne, parmi les dernières du genre. Il fait revivre les fastes de la Mort en une archaïque parade de hérauts en tabards, trompettes à manches flottantes, officiers chamarrés en grand uniforme, hallebardiers en morion et corselet tout droit sortis de la Guerre Civile. Notre République médusée, à la fois envieuse et critique, contemple sa rivale de toujours arborer le crêpe noir et proclamer le deuil national, unie dans la déploration du royal trépas et la nostalgie d’une puissante Albion désormais fantasmée.

Devant tant de pompe funèbre, nous n’avons pu nous empêcher de songer à la musique.

Certes, les goûts personnels de la défunte Reine (une liste officielle a été dévoilée en 2016) laissent peu de place à la musique baroque et même classique : on y trouve davantage Vera Lynn, Fred Astaire, Dolores Gray, une marche militaire. Y figurent tout de même deux hymnes religieux traditionnels : « Praise My Soul, The King of Heaven » et « The Lord is My Shepherd ». Lors des funérailles, l’usage conduit à supposer que les anthems tels « Jerusalem », « I Vow to Thee, My Country » ou « Thou knowest, Lord » seront chantés. Mais l’on aimerait que des passages d’autres œuvres majeures, de circonstance, telles les sombres pages purcelliennes de la Music for the Funeral of Queen Mary (1695) [qui ne furent d’ailleurs pas jouées à l’époque lors de la cérémonie, de Purcell ne retentirent que les Marche et Canzona pour trompettes à coulisse], ou l’extraordinaire fresque théâtrale de « The ways Zion do mourn » composé par Haendel pour les funérailles de la Reine Caroline (1737). Pour les réminiscence d’une autre Elisabeth enterrée en 1603, l’on trouvera certainement le parfum de l’âge d’or et le soulagement après les frayeurs de l’Invincible Armada auprès des verticales polyphonies de Morley, ou encore de quelques Burial Sentences de Tomkins (1572-1656) dont la noble déploration apporterait un réconfort d’une pureté douce sous les voûtes de Westminster. [M.B.]

 

En savoir plus :

  • Matthias Range, British Royal and State Funerals: Music and Ceremonial Since Elizabeth I, Boydell Press, 2016.
Last modified: 11 septembre 2022
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