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Pourquoi un 17 octobre ?

17 octobre 2020. Paris se confine, la Muse s’éveille. Que fait-elle donc là, sans cesse à contretemps, alors que les salles de concert, d’opéra, de spectacle, de théâtre baissent le rideau ou frappent des trois coups à des heures précoces ? Et quel esprit dérangé a t-il choisi une date si vierge de compositeurs, de première, pour une renaissance en discrète fanfare ? 

François Quesnel (1542–1619), Sacre du roi Louis XIII à Reims le 17 octobre 1610, plume et encre, 1610. Source : Gallica / BnF

17 octobre 2020. Paris se confine, la Muse s’éveille. Que fait-elle donc là, sans cesse à contretemps, alors que les salles de concert, d’opéra, de spectacle, de théâtre baissent le rideau ou frappent des trois coups à des heures précoces ? Et quel esprit troublé a t-il choisi une date si vierge de compositeurs, de premières représentations à l’Académie Royale de Musique, pour une renaissance en discrète fanfare ? 

410 ans ans plus tôt, pourtant, à Reims, cette semaine-là. L’enfant a 9 ans. Les rues sont joyeuses, chamarrées, emplies de splendides prélats, de doctes savants, de Suisses tout de velours tanné incarnat, blanc et bleu vêtus, d’une foule immense, déconfinée, heureuse d’admirer le cortège qui avance au long de rues tendus de tapisseries. Un chariot s’approche tiré par deux chevaux immaculés, une Nymphe en descend et la gracieuse jeune fille vient à genoux présenter les clefs de la ville, en récitant :

“Roi le premier des Rois, fils aîné de l’Église,
Et de ce roi sans pair, à qui tu symbolises,
En grâces, en vertus, en clémence, en vigueur,
Moi, fille de Remus, et ville de ton sacre,
En te donnant mes clefs, à tes pieds je consacre,
De tous mes citoyens, et les biens, et les cœurs.”

Deux jours après cette entrée majestueuse où le cortège royal passa en-dessous de pas moins de quatre arcs de triomphe, le dimanche 17 octobre, le Cardinal de Joyeuse, représentant l’archevêque de Reims absent, donne à Louis XIII la sainte onction, prend sur l’autel la grande couronne (il sera coiffé d’un petit modèle plus pratique), la soulève à deux mains sur la tête du Roi, sans le toucher, prononce quelques prières. Louis XIII se dirige vers le trône royal placé sous un dais, coiffé de la petite couronne, tenant le sceptre et la main de Justice, reçoit les hommages des pairs et ecclésiastiques. Dans la nef et au-delà, la foule crie sa joie et la musique du Roi se met à jouer des fanfares et airs dont une magnifique Pavane pour les hautbois qu’André Danican Philidor couchera dans son “Recueil De Plusieurs vieux Airs faits aux Sacres, Couronnements, Mariages et autres Solennitez, faits sous les Regnes de François 1er, Henry 3, Henry 4 et Louis 13, avec plusieurs Concerts… Recueilliz par Philidor l’Aisné en 1690” qui figure dans un superbe enregistrement de Savall (Alia Vox) plein de sève et de couleurs.

 

17 octobre 2020. Point d’archevêque, ni de cardinal, pas de cortège, d’arc de triomphe, de joyeusetés marquantes. Mais le cœur y est, gonflé d’ardeur et d’entrain à l’idée de reprendre du service, pour poursuivre ensemble le voyage de la Muse. Que la fête recommence !

 

M.B.

En savoir plus : Alexandre Le Noble, Histoire du sacre et du couronnement des rois et reines de France. Précédée d’une introduction dans laquelle l’auteur, après avoir considéré le sacre sous ses rapports politiques et religieux, fait un tableau général du mode d’inauguration du souverain, adopté chez les nations tant anciennes que modernes. Paris, imprimerie de Gaultier-Laguionie, 1825. Disponible en ligne ici.

Étiquettes : , , , Last modified: 21 octobre 2020
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