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Versailles : Macron à la Lanterne

Emmanuel Macron se repose au Pavillon de la Lanterne à Versailles. 

Nous avons dès lors chercher à en savoir plus sur ce pavillon de chasse, et avouons n’avoir trouvé que les mêmes maigres éléments. Cet humble pavillon de chasse, édifié près de l’ancienne et admirable Ménagerie de Le Vau qui hélas se dégradait dès le règne de Louis XV près de la branche sud du Grand Canal aurait été édifié vers 1787 pour le prince de Poix. Le terrain, jouxtant la Ménagerie royale, avait été offert à son père le Comte de Noailles par Louis XV.

« Ici, vous êtes le colocataire de Louis XIV, de Dieu et du Soleil » (André Malraux)

La résidence de la Lanterne, à Versailles le 28 octobre 2008 lors de la conférence de presse de Nicolas Sarkozy et Gordon Brown – Cliché : PATRICK KOVARIK / AFP

Il n’entre pas dans le cadre de nos pages de se prononcer sur la retraite du Président et sa convalescence Covid. Et nous précisons d’emblée que ce Macron à la Lanterne, tapageur et journalistique à souhait (que voulez-vous, il faut bien attirer le Lecteur par un amuse-bouche avant qu’il ne s’intéresse à des nourritures plus substantielles), n’est nullement un appel révolutionnaire à brancher de l’aristocrate ou du gouvernant, mais un simple fait : Emmanuel Macron se repose au Pavillon de la Lanterne à Versailles. 

Nous avons dès lors chercher à en savoir plus sur ce pavillon de chasse, et avouons n’avoir trouvé que les mêmes maigres éléments. Cet humble pavillon de chasse, édifié près de l’ancienne et admirable Ménagerie de Le Vau – qui hélas se dégradait dès le règne de Louis XV – près de la branche sud du Grand Canal, aurait été édifié vers 1787 pour le prince de Poix. Le terrain, jouxtant la Ménagerie royale, avait été offert à son père le Comte de Noailles par Louis XV.

Philippe Louis de Noailles, prince de Poix, fut dans sa brillante carrière militaire colonel au régiment de Noailles-dragons en 1774, ainsi qu’à partir de 1775 capitaine des gardes du corps du roi (3e compagnie puis 2e compagnie) puis encore maréchal de camp en 1788. Dans sa carrière civile, il occupa les charges d’intendant et gouverneur de Versailles en survivance de son père en 1767, et en exercice de 1778 à 1789. Il fut aussi capitaine des chasses des villes, châteaux et parcs, gouverneur du Marly et dépendances depuis 1766. Pendant la tourmente révolutionnaire, il fut parmi les monarchistes modérés, plutôt réformistes, député de la noblesse avant d’émigrer lorsque la Révolution bascula dans sa phase sombre. 

La résidence de la Lanterne, à Versailles le 28 octobre 2008 lors de la conférence de presse de Nicolas Sarkozy et Gordon Brown – Cliché : PATRICK KOVARIK / AFP

Mais là s’arrêtent nos superficielles et vaines recherches : rien dans la base des Monuments Nationaux (le bâtiment ne semble pas même classé malgré son indéniable intérêt architectural). D’un beau et sobre style français post-Ange-Jacques Gabriel, le corps central de ce bâtiment modeste consiste en un rez-de-chaussée et un étage sous combles. La façade comporte 7 travées, celle du centre étant légèrement ressautée en avant-corps, surmontée d’un fronton et avec des modénatures plus riches. L’ampleur des proportions, et la qualité d’exécution des sculptures dénotent une qualité d’exécution digne des bâtiments royaux, et bien plus luxueux que d’autres pavillons de chasse, tels le Pavillon du Butard (La Celle-Saint-Cloud, en vente par l’Etat) voire celui de la Muette pourtant assez cossu (Saint-Germain-en-Laye). 36 fenêtres lui donnent son surnom de maison de verre : la Lanterne.

Deux ailes, plus tardives, des “longères” encadrent désormais une cour d’honneur. Nous passerons sur les aménagements tardifs de Michel Rocard et avouons ne nous intéresser guère aux frasques de “La garçonnière de la République” (E. Lanez, Grasset, 2017), des cours de tennis aux nuits de noces, des enterrements aux exhumations de chien. 

Vue aérienne du Pavillon de la Lanterne – Source Google Earth / France TV/ France Info (avant que le site ne soit désormais pixellisé).

Hélas, on ne sait pas grand chose de la décoration intérieure, et notamment si cheminées et boiseries d’époque subsistent. Sans doute guère, puisque sous la IVe République, le pavillon fut occupé par l’ambassadeur des Etats-Unis en France, mais qu’à compter de 1959, une fois affecté au Premier ministre, le bâtiment est rénové par Michel Debré et son épouse en conservant un style Empire puis par André Malraux lorsqu’un attentat de l’OAS détruit le 7 février 1962 son duplex de Boulogne-Billancourt. Il y restera 7 ans, et la décoration de La Lanterne fut « son divertissement de chaque instant, de toutes nos fins de semaine » selon Alain Malraux, introduisant un canapé, et créant même un salon de musique, faisant livrer à cette fin par le Mobilier National un “ensemble de Paris” de Raoul Dufy comprenant un paravent, un canapé, deux grands fauteuils, quatre petits fauteuils et quatre chaises. Malraux quittera La Lanterne à l’automne 1967, et nous nous sommes déjà aventurés bien trop loin de nos terres de prédilection, pour ne pas discrètement laisser ce pavillon à son mystère.

Camille d’Hautefeuille

Étiquettes : , , , Last modified: 23 décembre 2020
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