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S’enfuir de Paris par la Porte de la Conférence ?

Alors que nous étions dans une interminable “conf call” et autres “visio conf”, télétravail oblige, notre esprit vagabond nous a mené sur les rives de la Seine, et sur les traces de cette belle porte, dite de La Conférence, et qui se situait après les Tuileries, à l’ouest de Paris, sur la rive droite de la Seine.

« Nous avons à louer Dieu de la résolution que Sa Majesté prit de sortir de Paris, car la suite a fait voir clairement que nous nous y fussions trouvés bientôt enveloppés et que le complot était fait pour s’assurer de la personne du Roi » (Mazarin).

Fig. 1 : Silvestre, Israël (1621-1691), La Porte de la Conférence, gravure vers 1650-1660 – Musée Carnavalet sous licence CC.

Alors que nous étions dans une interminable “conf call” et autres “visio conf”, télétravail oblige, notre esprit vagabond nous a mené sur les rives de la Seine, et sur les traces de cette belle porte, dite de La Conférence, et qui se situait après les Tuileries, à l’ouest de Paris, sur la rive droite de la Seine. En réalité il s’agit de la Porte des Tuileries, et son surnom de Porte de la Conférence vient du fait que durant le siège de Paris, les députés de la Ligue sortirent par ladite porte pour se rendre à Suresnes négocier avec les représentants du Roi Henri IV, le 19 avril 1593. Elle marqua la limite Ouest de Paris jusqu’à la Révolution mais fut hélas démolie en 1730. Une plaque figure quai des Tuileries, vers l’Orangerie.

Mais en réalité, les Ligueurs ne sortirent point là, mais plus haut, vers l’actuel Arc de Triomphe du Carrousel du temps de la muraille de Charles V. La porte s’appelait la Porte-Neuve, démolie en 1670. Entre 1632 (édification de la Porte des Tuileries par un  certain Pidoux1) et 1670 subsistèrent donc les deux portes. Vraiment ? compliquons encore les choses : dès 1566, il y avait bien une porte primitive à cet endroit, en avant de la Porte-Neuve2), et donc nos Ligueurs, finalement, ont bien franchi une “Porte de la conférence” reliée à l’enceinte bastionnée commencée en 1563 et connue sous le nom d’ “enceinte des fossés jaunes”.

En 1649, durant la Fronde, c’est par la porte des Tuileries (ci-dessus représentée par la charmante gravure d’Israel Sylvestre en figure 1 dans son état postmédiéval) que logiquement Anne d’Autriche s’enfuit du Louvre, dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649, avec un Louis XIV âgé de 11 ans, s’échappant pour Saint-Germain-en-Laye où rien n’était meublé pour accueillir l’enfant-roi et la reine.

Fig 2 : Adam Perelle, La Porte de la Conférence ainsi appellée à cause que l’on y tint quelques assemblées du tems de la ligue, son véritable nom est la porte des Thuilleries, elle a été rebasties de neuf du regne de Louis 13 l’an 1633, un peu avant que d’entrer par cette porte on a veue admirable de la ville de paris comme vous le voyez icy. – Source : Wikimedia Commons. La représentation la plus fiable de cette porte.

En 1663, la porte est reconstruite en style plus monumental  (Fig. 2 et 3). Même si Pérelle en accentue la perspective et en déforme les proportions (voyez les liliputiens qui se trouvent devant), la représentation de l’édifice semble fidèle et détaillée. Fait intéressant dans le remploi des éléments de la porte antérieure (ce qui redonne l’échelle réelle), on observe que le rhabillage a conservé la structure, avec les rainures servant à loger les flèches des deux ponts-levis (charretier et piéton), mais les pavillons accolés, le fronton, les cheminées et bossages remettent l’ensemble au goût du jour. Côté campagne, la porte remplit bien sa fonction défensive : une levée de terre permet d’accéder à un pont dormant puis les ponts-levis. A gauche de la porte, la face du bastion.

Au moment de la construction du Mur des Fermiers généraux, en 1785, une partie de Chaillot est rattachée à Paris, dont la limite de Paris est décalée vers l’actuelle rue Beethoven. Aujourd’hui, le quai et le port de la Conférence en rappellent encore le nom. [M.B.]

Fig 3: Attribué à Pieter Casteels, La porte de la Conférence, vers 1685. Huile sur toile d’après Perelle jolie composition mais avec des détails architecturaux plus approximatifs. Paris, musée Carnavalet sous licence CC0.

En savoir plus :

  • Guy le Halle, Histoire des Fortifications de Paris, éditions Horvat,1995
  • Renaud Gagneux, Denis Prouvost, Emmanuel Gaffard, Sur les traces des Enceintes de Paris, Parigrammes, 2004.
  • M. F. Hoffbauer (dir), Paris à travers les âges aspects successifs des monuments et quartiers historiques de Paris depuis le XIIIe siècle jusqu’à nos jours fidèlement restitués d’après les documents authentiques, Paris, Librairie de Firmin Didot, 1885 (nombreuses rééditions de ce monumental classique)
  • Israël Silvestre. Vues de Paris, réunies par Jean-Pierre Babelon, Berger-Levrault, 1977.
  1. il ne s’agit pas de l’architecte mais du nom d’un prête-nom de l’entrepreneur des travaux.
  2. sur le plan de Vassalieu de 1609 on distingue une sorte de tour et un pont à 3 arches.
Étiquettes : , , , , , , , Last modified: 30 novembre 2020
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