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Puissamment ancré dans son impuissance

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Mars. Et ça repart ? Et bien non, le Dieu de la Guerre ne foudroie guère, et l’on ne voit que le chemin qui poudroie et l’herbe qui verdoie. A ce rythme, nos salles d’opéras seront autant de jachères, et nos hémicycles musicaux seront aussi désertés que la représentation nationale, lors des nocturnes de sessions ordinaires. Parce que la peur de la mort empêche les fruits de la vie. Parce que la précaution infinie et excessive conduit à la paralysie, parce que l’équité de traitement des gestionnaires conduit à se bousculer dans les transports en commun mais refuse le sage et immobile espacement des corbeilles et des parterres.

Désœuvrés, écumant nos fonds de tiroirs nous sommes tombés sur un vieux 33 tours de la Callas avec une jaquette presque décalée “Callas sings Mozart, Beethoven & Weber Arias” digne d’un disque de pop. Vous ne le connaissiez pas ? C’est une curiosité, pas issue de la meilleure période de la Cantatrice (décembre 1963), ni de son répertoire de prédilection. Son Elvira mozartienne est aussi touchante que maladroite, la voix est usée, les articulations hors style. Comme quoi, il y a des moments où même les plus grands sont à contre-emploi.

Mais revenons à nos fulminations. En novembre 1936, à la Chambre des Communes, l’homme au cigare pestait : “Tout le monde voit bien ce qui se passe : le gouvernement n’arrive pas à se décider, ou alors il ne peut amener le premier ministre à se décider. Le voilà donc qui poursuit sa démarche singulière, décidé seulement à être indécis, résolu à l’irrésolution, solidement partisan de la fluidité, puissamment ancré dans son impuissance.” Et l’on sait bien ce qu’il advint.

Viet-Linh NGUYEN

Last modified: 5 avril 2021
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